Entrepreneuriat & croissance

La France deeptech n'est plus un pari de chercheurs isolés : c'est devenu l'un des moteurs de l'innovation française, avec des startups qui conçoivent des ordinateurs quantiques, des lanceurs spatiaux, des biomédicaments ou des semi-conducteurs. Derrière les annonces de levées spectaculaires, la réalité financière de ces entreprises reste pourtant singulière : des années de R&D avant le premier euro de chiffre d'affaires, des besoins en capital très supérieurs à ceux d'un logiciel, et une dépendance forte aux financements publics.
Ce guide dresse un panorama complet de l'écosystème deeptech en France en 2026 : qui sont ces startups de rupture, quels acteurs les accompagnent, comment s'enchaînent les financements de la maturation à la série B, et comment le crédit d'impôt recherche, le CII et le statut JEI financent concrètement la recherche longue. Un cas pratique chiffré vous montre comment calculer votre CIR et son effet réel sur votre runway.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups et aux entreprises innovantes, nous accompagnons des fondateurs issus de laboratoires qui découvrent en même temps la levée de fonds, la fiscalité de l'innovation et le pilotage de trésorerie. Les enjeux ci-dessous sont ceux que nous traitons avec eux au quotidien.
Le terme « deeptech » désigne des startups qui proposent des produits ou des services fondés sur des innovations de rupture, issues le plus souvent de la recherche scientifique. Là où une startup du numérique innove par l'usage ou le modèle d'affaires, une deeptech lève un verrou technologique : un nouveau matériau, un procédé chimique, un qubit plus stable, un dispositif médical inédit.
Pour orienter ses financements, Bpifrance a formalisé un référentiel deeptech lors du lancement de son Plan Deeptech en 2019. Un projet est considéré comme deeptech lorsqu'il réunit quatre critères :
La différence se lit d'abord dans le compte de résultat et le plan de trésorerie.
| Dimension | Startup SaaS | Startup deeptech |
|---|---|---|
| Origine de l'innovation | Usage, produit, modèle d'affaires | Recherche scientifique, verrou technologique levé |
| Premier chiffre d'affaires | Souvent dès les premiers mois | Après plusieurs années de R&D, prototypes et pilotes |
| Structure de coûts | Équipe produit et acquisition client | Chercheurs, équipements, essais, propriété intellectuelle |
| Indicateurs suivis | MRR, churn, CAC, LTV | Jalons techniques, maturité technologique (TRL), burn, runway |
| Poids du non-dilutif | Complément | Pilier du plan de financement (subventions, avances, CIR) |
| Profil des levées | Tours rapprochés, croissance mesurable | Tickets lourds, cycles longs, investisseurs spécialisés |
| Risque dominant | Marché et exécution commerciale | Technologique, industriel, puis commercial |
Le Plan Deeptech, présenté par Bpifrance le 30 janvier 2019 et aujourd'hui intégré à France 2030, avait pour ambition initiale de soutenir plus de 1 500 startups deeptech à l'horizon 2023. Les derniers chiffres publiés par Bpifrance sur la page du Plan Deeptech montrent un écosystème qui a changé d'échelle.
startups deeptech actives
levés par les startups deeptech en 2025
emplois directs
des levées sur des technologies stratégiques (25 % en 2019)
Source : Bpifrance, Plan Deeptech, chiffres clés 2025.
Bpifrance recense également 15 licornes deeptech et 5,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires cumulé. Pour mesurer le chemin parcouru, les startups deeptech françaises avaient levé 1,5 milliard d'euros en 2019, selon l'Observatoire Deeptech de Bpifrance, qui notait déjà qu'elles représentaient un tiers des montants levés alors qu'elles comptaient pour moins de 10 % des startups.
Le mouvement le plus marquant est la concentration des investissements sur les technologies dites souveraines. Bpifrance identifie cinq filières qui structurent la deeptech France :
Une startup deeptech ne naît presque jamais seule. Elle s'inscrit dans une chaîne d'acteurs qui va du laboratoire au fonds de croissance, et savoir mobiliser chacun d'eux au bon moment fait partie du métier de fondateur.
Les organismes de recherche et les universités sont la source de la plupart des technologies. Les structures de transfert de technologie (offices de transfert, SATT) financent la maturation, négocient les licences de brevets et entrent parfois au capital. Selon un panorama publié par Bpifrance, 47 % des startups deeptech passées par une structure de transfert ont levé des fonds, contre 23 % pour celles qui se sont développées seules.
Incubateurs et Pôles universitaires d'innovation complètent ce dispositif, avec un apport décisif sur deux points sensibles : la propriété intellectuelle (qui détient quoi, à quelles conditions) et la place du chercheur dans la société.
Bpifrance opère le Plan Deeptech et propose une gamme complète : subventions, avances, obligations convertibles, programmes d'accompagnement et investissement en fonds propres via son équipe Deeptech Venture, qui gère plus d'un milliard d'euros et investit des tickets de 1 à 20 M€ du seed à la série C. Le programme Deeptech Seed prépare pendant quatre mois les fondateurs à leur première levée, pour des startups dont la technologie atteint un niveau de maturité TRL 4 à 6 et qui visent au moins 300 k€ de financement dilutif.
Pour les entreprises plus avancées, l'État a lancé en 2023 le programme French Tech 2030, qui accompagne une centaine d'acteurs émergents alignés sur les objectifs de France 2030, avec un critère d'au moins 5 M€ de financements obtenus sur les trois dernières années.
Le financement d'une deeptech se construit comme un empilement : chaque étape technique mobilise un mélange de fonds propres, d'aides publiques et de crédits d'impôt. L'enjeu est d'enchaîner ces sources sans rupture de trésorerie.
Projet issu d'un laboratoire, accompagné par une structure de transfert ou un incubateur. Preuve de concept.
Bourse French Tech EmergencePremiers prototypes, dépôt de brevets, statut JEI, CIR remboursable. Love money et business angels.
CIR, JEI, OC French Tech SeedDémonstrateur, premiers pilotes industriels, levée seed auprès de fonds spécialisés.
Aide au développement deeptech, seed VCIndustrialisation, premiers contrats, recrutement massif. Co-investissement public possible.
Fonds Deep Tech 2030, VC deeptechUsine, international, tours de croissance, dette et partenaires industriels.
Fonds thématiques, corporate ventureAu tout début, la Bourse French Tech Emergence finance la maturation et la validation technico-économique d'un projet deeptech pour une entreprise immatriculée depuis moins d'un an (voir notre article sur les conditions et le dossier de la Bourse French Tech). Plus tard, l'Aide au développement deeptech finance des programmes de recherche industrielle et de développement expérimental avant le lancement commercial, sous forme mixte de subvention et d'avance récupérable : nous la détaillons dans notre guide sur l'aide au développement deeptech de Bpifrance.
Point commun à ces dispositifs : aucune dépense engagée avant la date de dépôt de la demande n'est retenue. Déposer son dossier avant de signer un contrat de sous-traitance ou de commander un équipement est donc une règle de base.
Les obligations convertibles French Tech Seed amplifient une levée seed réalisée auprès d'investisseurs privés, pour des startups de moins de trois ans labellisées par un apporteur d'affaires du réseau ou lauréates des concours d'innovation. Elles portent un taux de 7 % par an capitalisé sur cinq ans et peuvent être converties lors d'une augmentation de capital d'au moins 2 M€. Concrètement, une startup qui lève 200 000 € auprès de business angels peut solliciter jusqu'à 400 000 € d'OC, dans le respect du plafond du dispositif.
| Dispositif | Montant | Nature et conditions clés |
|---|---|---|
| Bourse French Tech Emergence (Bpifrance) | jusqu'à 90 000 € | Subvention pour les petites entreprises immatriculées depuis moins d'un an, projet qualifié deeptech, jusqu'à 50 % des dépenses (70 % selon la catégorie), programme de 12 à 18 mois |
| OC French Tech Seed | 50 000 € à 500 000 € | Obligations convertibles pour startups de moins de 3 ans, dans la limite de 2 € d'OC pour 1 € levé en fonds propres, taux de 7 % par an capitalisé, durée 5 ans |
| Aide au développement deeptech (ADD) | jusqu'à 2 000 000 € | Subvention et avance récupérable combinées, PME et ETI jusqu'à 2 000 ETP, programme de 36 mois maximum |
| Fonds Deep Tech 2030 (Bpifrance) | 1,5 à 10 M€ | Co-investissement en séries A et B sur les verticales de France 2030 (quantique, spatial, robotique, matériaux, nucléaire…) |
| Crédit d'impôt recherche | 30 % des dépenses | Jusqu'à 100 M€ de dépenses (5 % au-delà), remboursement immédiat possible pour les JEI et les entreprises nouvelles |
| Crédit d'impôt innovation | 20 % des dépenses | PME uniquement, dépenses plafonnées à 400 000 € par an, applicable jusqu'au 31 décembre 2027 |
Pour une deeptech, la fiscalité de l'innovation n'est pas un bonus de fin d'exercice : c'est une source de financement récurrente qui peut représenter une part importante des dépenses de recherche. Encore faut-il l'anticiper, la documenter et l'intégrer au prévisionnel de trésorerie.
Selon l'article 244 quater B du code général des impôts, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2026, le CIR est égal à 30 % des dépenses de recherche jusqu'à 100 millions d'euros, et 5 % au-delà. Les dépenses de fonctionnement sont retenues forfaitairement : 40 % des dépenses de personnel de recherche et 75 % des dotations aux amortissements des équipements affectés à la recherche. Les subventions publiques reçues pour les projets de recherche sont déduites de la base.
Le CIR s'impute sur l'impôt dû ; l'excédent est en principe remboursé au bout de trois ans. Mais plusieurs catégories peuvent demander un remboursement immédiat : les jeunes entreprises innovantes, les entreprises nouvelles détenues majoritairement par des personnes physiques ou des fonds d'investissement, et les entreprises créées depuis moins de deux ans. Pour le détail des dépenses éligibles et des nouveautés, consultez notre article sur le crédit d'impôt recherche 2026 et son calcul.
Le CII prend le relais lorsque les travaux sortent de la recherche pour entrer dans la conception de prototypes ou d'installations pilotes d'un produit nouveau. Réservé aux PME, il s'élève à 20 % des dépenses en métropole, dans la limite de 400 000 € de dépenses par an, pour les dépenses exposées jusqu'au 31 décembre 2027, comme le rappelle la fiche officielle du CII. Une même dépense ne peut pas être retenue à la fois au CIR et au CII : la frontière entre recherche et innovation doit être tracée projet par projet.
Le statut JEI est la pièce maîtresse du dispositif pour une deeptech. Pour une entreprise créée depuis le 1er janvier 2023, il suppose d'être une PME de moins de 8 ans, de consacrer au moins 20 % de ses charges à la R&D, d'être détenue à 50 % au moins par des personnes physiques ou des entités assimilées (dont les sociétés d'investissement) et d'exercer une activité réellement nouvelle. Il ouvre droit, comme l'indique la fiche Service Public dédiée, à une exonération de cotisations patronales d'assurances sociales et d'allocations familiales sur les rémunérations du personnel de R&D, dans la limite de 8 401,58 € par mois et par personne et de 240 300 € par établissement et par an.
Attention : les JEI créées à partir du 1er janvier 2024 ne bénéficient plus de l'exonération d'impôt sur les bénéfices. Une catégorie de jeune entreprise de croissance (JEC) permet par ailleurs d'accéder au régime avec un effort de R&D compris entre 5 % et 20 % des charges, sous réserve de critères de performance (notamment un doublement des effectifs). Pour sécuriser votre éligibilité, voir notre guide statut JEI 2026 : conditions, avantages et sécurisation.
Le livre des procédures fiscales prévoit une procédure de rescrit sur l'éligibilité d'un projet de recherche au CIR, et l'administration met à disposition un modèle de demande d'avis pour le statut JEI. Aucune de ces démarches n'est obligatoire, mais une réponse favorable protège l'entreprise en cas de contrôle et constitue un document précieux dans une data room.
Prenons QuantOptic, startup fictive de photonique quantique créée en 2025 sous forme de SAS, issue d'un laboratoire public et qualifiée JEI. Elle a levé 2,4 M€ en seed et compte six personnes affectées à la recherche. Voici ses chiffres pour l'année civile 2026.
La base s'établit à 540 000 + 216 000 + 120 000 + 90 000 − 90 000 = 876 000 €. Le CIR 2026 vaut 876 000 × 30 % = 262 800 €. Rapporté aux dépenses de recherche réellement décaissées (660 000 € de personnel et d'équipement, hors forfait), il représente près de 40 % de l'effort de R&D : c'est l'effet du forfait de fonctionnement.
QuantOptic dispose de 2,4 M€ de trésorerie au 1er janvier 2026 et brûle en moyenne 210 000 € par mois, net des encaissements. Sans aucun crédit d'impôt, son runway est de 2 400 000 / 210 000 = 11,4 mois : la trésorerie s'épuise en décembre 2026.
Le CIR 2026 de 262 800 € ne sera déclaré qu'avec le solde d'impôt de l'exercice, au printemps 2027. Même remboursé immédiatement grâce au statut JEI, il arrivera après l'épuisement de la trésorerie. En revanche, si la startup encaisse en 2026 le CIR de ses dépenses 2025, par exemple 120 000 €, son runway passe à 2 520 000 / 210 000 = 12 mois. Le gain est réel mais limité : le CIR finance le passé, pas le mois en cours.
Trois leviers s'offrent alors au CFO : lancer la levée suivante au moins neuf à douze mois avant la date d'épuisement, étudier une avance sur CIR (Bpifrance propose une offre de ce type dans son catalogue), ou décaler certaines dépenses non critiques. La méthode de calcul du burn et du runway est détaillée dans notre article cash burn et runway : piloter la trésorerie de votre startup.
L'equity story d'une deeptech s'articule autour de jalons vérifiables : preuve de concept, prototype, démonstrateur en environnement réel, premier pilote client, industrialisation. Chaque tour doit financer un jalon précis qui augmente la valeur de l'entreprise et réduit le risque pour le tour suivant. L'échelle de maturité technologique (TRL) est le langage commun avec les fonds spécialisés.
Le business plan doit montrer comment les fonds propres déclenchent du non-dilutif : OC French Tech Seed adossées à la levée, aides Bpifrance avec leur calendrier de versement par tranches, CIR et CII encaissés avec décalage. Un investisseur appréciera de voir que chaque euro levé en equity mobilise des financements publics complémentaires, à condition que leur calendrier soit réaliste.
Au-delà des comptes, la due diligence d'une deeptech porte sur la chaîne de propriété intellectuelle (contrats avec le laboratoire, licences, inventions des salariés), sur la documentation des dossiers CIR et JEI, et sur les conditions attachées aux aides publiques, notamment le remboursement des avances. Un dossier CIR fragile peut peser sur la valorisation, car l'investisseur intègre le risque de redressement.
La deeptech concentre des risques que les autres startups connaissent moins. Voici les écueils que nous rencontrons le plus souvent chez les fondateurs issus de la recherche.
L'écosystème deeptech français n'a jamais été aussi dense : des milliers de startups actives, des milliards d'euros levés et un arsenal public complet, de la Bourse French Tech Emergence à l'Aide au développement deeptech en passant par le CIR, le CII et le statut JEI. Mais ces leviers ne financent la rupture que s'ils sont enchaînés au bon moment, documentés avec soin et intégrés à un plan de trésorerie réaliste.
Le rôle de la direction financière d'une deeptech est précisément d'aligner jalons techniques, levées et financements non dilutifs. Pour sécuriser vos crédits d'impôt et votre statut JEI, découvrez notre accompagnement en optimisation fiscale des entreprises innovantes (CIR, CII, JEI) : l'équipe DIGIFEC vous aide à transformer votre effort de recherche en financement.
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Bpifrance qualifie de deeptech un projet qui réunit quatre critères de son référentiel : un lien fort avec la recherche, la capacité à lever des verrous technologiques, un avantage concurrentiel fortement différenciant et un go-to-market long et complexe, donc capitalistique. Cette qualification conditionne l'accès à plusieurs dispositifs, comme la Bourse French Tech Emergence.
Le CIR est égal à 30 % des dépenses de recherche éligibles jusqu'à 100 millions d'euros, puis 5 % au-delà (taux majorés en outre-mer). Les frais de fonctionnement sont retenus forfaitairement : 40 % des dépenses de personnel de recherche et 75 % des dotations aux amortissements. Les subventions publiques reçues pour les projets de recherche sont déduites de la base. Une JEI ou une entreprise nouvelle peut en demander le remboursement immédiat.
Oui. Le statut de jeune entreprise innovante ouvre droit à une exonération de cotisations patronales d'assurances sociales et d'allocations familiales sur les rémunérations du personnel de R&D, dans la limite de 8 401,58 € par mois et par salarié et de 240 300 € par établissement et par an. Il permet aussi de demander le remboursement immédiat du CIR. Les deux régimes se cumulent et constituent souvent le premier financement d'une deeptech.
Tout dépend du stade. La Bourse French Tech Emergence finance jusqu'à 90 000 € pour une entreprise de moins d'un an. Les OC French Tech Seed vont de 50 000 € à 500 000 €, dans la limite de 2 € pour 1 € levé en fonds propres. L'Aide au développement deeptech peut atteindre 2 millions d'euros sous forme de subvention et d'avance récupérable. En capital, le fonds Deep Tech 2030 investit des tickets de 1,5 à 10 M€.