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Le secondary market private equity désigne l'ensemble des opérations où un investisseur rachète une participation existante, parts de fonds ou actions d'une société non cotée, plutôt que de financer une augmentation de capital. Longtemps réservé à quelques fonds spécialisés, ce marché est devenu un outil courant de liquidité pour les LP, les sociétés de gestion et, de plus en plus, les fondateurs de startups et de scale-ups.
Pour un dirigeant, l'enjeu est concret : obtenir une partie de la valeur créée sans attendre une introduction en Bourse ou une cession totale qui peut prendre dix ans. Pour un investisseur, c'est l'occasion d'entrer sur des actifs connus, souvent à un prix inférieur à leur valeur comptable. Ce guide explique les trois mécanismes du private equity secondary market (LP-led, GP-led, cessions de fondateurs), la formation du prix, la fiscalité et la méthode pour mener une opération sans abîmer la gouvernance.
Chez DIGIFEC, nous accompagnons des fondateurs et des fonds sur ces opérations, de la modélisation de la décote à la documentation de la cession. Les exemples qui suivent sont tirés de situations types que nous rencontrons en SaaS, en deeptech et en fonds de capital-risque.
Le marché primaire du capital-investissement, c'est le moment où l'argent entre dans le système : un LP s'engage dans un fonds, un fonds souscrit à une augmentation de capital. Le marché secondaire, c'est tout ce qui se passe ensuite, lorsque ces positions changent de mains avant leur échéance naturelle. Si vous découvrez la classe d'actifs, commencez par notre article sur la définition et le fonctionnement du private equity.
La raison d'être de ce marché tient à une caractéristique structurelle : le private equity est illiquide. Un fonds fermé immobilise l'engagement de ses investisseurs pendant toute sa durée de vie, et les parts d'une société non cotée n'ont ni cotation ni carnet d'ordres. Le secondaire crée une liquidité négociée, au cas par cas, là où la Bourse offre une liquidité permanente.
Dans une opération primaire, l'argent finance la société ou le fonds. Dans une opération secondaire, il rémunère le vendeur. Cette distinction a des conséquences comptables, fiscales et de gouvernance : la société émettrice n'encaisse rien, le capital social ne bouge pas, mais l'actionnariat change et la valeur de référence peut évoluer.
Dans un secondaire, le vendeur ne lève pas d'argent pour la société : le prix va dans sa poche. Rien n'entre au bilan de la startup, la trésorerie et le runway ne bougent pas. C'est pour cette raison que les investisseurs du primaire scrutent chaque opération : ils veulent s'assurer que l'équipe dirigeante reste motivée et que le prix pratiqué ne dégrade pas la valorisation de référence.
Le private equity secondary market s'organise autour de trois familles d'opérations, qui n'impliquent ni les mêmes vendeurs, ni les mêmes actifs, ni les mêmes documents. Le tableau ci-dessous les résume avant de les détailler une à une.
| Type | Qui vend ? | Ce qui est cédé | Initiateur | Enjeu principal |
|---|---|---|---|---|
| LP-led | Un investisseur de fonds (LP) : assureur, family office, fonds de fonds, particulier fortuné | Des parts de fonds, avec les engagements restant à appeler | Le LP | Liquidité anticipée, rééquilibrage de portefeuille |
| GP-led | Les LP du fonds historique qui choisissent de sortir | Un ou plusieurs actifs transférés dans un véhicule de continuation | La société de gestion (GP) | Prolonger la détention d'un actif performant, gérer le conflit d'intérêts |
| Secondaire direct | Fondateurs, salariés, business angels, fonds early-stage | Des actions de la société elle-même | Le vendeur ou la société (tender offer) | Liquidité partielle sans introduction en Bourse ni cession totale |
Les acheteurs sont des fonds secondaires dédiés, des fonds de fonds, des investisseurs institutionnels, des family offices et, pour les secondaires directs, des fonds de croissance qui veulent augmenter leur exposition à une société déjà connue. Les intermédiaires, banques d'affaires et conseils spécialisés, organisent les processus concurrentiels sur les opérations les plus importantes.
Le secondaire LP-led est la forme historique. Un investisseur qui a souscrit des parts d'un fonds fermé cède sa position à un acheteur, qui reprend à la fois les parts déjà libérées et les engagements non appelés. Pour comprendre la mécanique d'appels et de distributions, consultez notre guide sur la structure et le cycle de vie d'un fonds d'investissement.
Le point de départ est la NAV (valeur liquidative) communiquée par la société de gestion à la dernière date de reporting. Le prix s'exprime en pourcentage de cette NAV : à 90 %, l'acheteur paie 90 centimes par euro de valeur déclarée. La décote reflète le délai depuis la dernière valorisation, la qualité du portefeuille, la maturité du fonds et le poids des engagements restants.
Le transfert suppose généralement l'accord de la société de gestion, prévu par le règlement du fonds. Le GP vérifie l'éligibilité de l'acheteur, les contrôles réglementaires et sa capacité à répondre aux appels de fonds. Cette étape, souvent sous-estimée, peut rallonger le calendrier de plusieurs semaines.
Un family office détient des parts d'un fonds de capital-risque pour un engagement de 5 000 000 €. Il a déjà versé 3 500 000 € et il reste 1 500 000 € à appeler. La dernière NAV de sa quote-part s'élève à 4 200 000 €. Un acheteur secondaire propose 85 % de la NAV.
La décote n'est donc pas une perte sèche : le vendeur achète de la liquidité et se libère de ses engagements.
Dans un secondaire GP-led, c'est la société de gestion qui prend l'initiative. Le cas le plus répandu est le fonds de continuation : le GP transfère une ou plusieurs participations d'un fonds arrivé en fin de vie vers un nouveau véhicule, qu'il gère également, financé par des investisseurs secondaires. Les LP historiques choisissent entre la sortie au prix proposé et le réinvestissement dans le nouveau véhicule.
Le GP identifie une participation à fort potentiel que la durée du fonds ne permet plus de porter.
Une fairness opinion ou un processus concurrentiel fixe un prix de transfert défendable.
Un acheteur secondaire négocie le prix et les termes du nouveau véhicule.
Chaque LP choisit : encaisser le prix ou rouler sa quote-part dans le véhicule.
Le GP réinvestit une partie de son carried ou de ses fonds propres pour aligner les intérêts.
Le véhicule détient l'actif plusieurs années, avec un nouveau carried et du capital frais si besoin.
L'objectif est de conserver un actif encore en phase de création de valeur alors que la durée du fonds impose de liquider. Plutôt que de vendre à un tiers dans des conditions de marché défavorables, le GP prolonge la détention, apporte parfois du capital frais pour financer une croissance externe et offre une sortie aux LP qui en veulent une.
Le GP se trouve des deux côtés de la transaction : il vend pour le compte de l'ancien fonds et achète pour le compte du nouveau. Les bonnes pratiques de marché visent à neutraliser ce conflit :
La question du carried est centrale : le transfert peut déclencher un intéressement dans l'ancien fonds, puis un nouveau carried dans le véhicule de continuation. Notre article sur le carried interest et le calcul de la waterfall détaille ces mécanismes.
Le troisième segment intéresse directement nos lecteurs : le secondaire direct, c'est-à-dire la cession d'actions d'une startup ou d'une scale-up par un actionnaire existant. Il concerne les fondateurs, mais aussi les premiers salariés titulaires d'actions issues de BSPCE ou d'actions gratuites, et les business angels qui souhaitent recycler leur capital.
Un fondateur dont l'essentiel du patrimoine est bloqué dans sa société peut être tenté de vendre trop tôt une offre de rachat moyenne. Une liquidité partielle et encadrée réduit cette pression et aligne l'équipe sur un objectif de sortie ambitieux. Les investisseurs y voient aussi la possibilité de renforcer leur participation sur un actif qu'ils connaissent.
En contrepartie, ils encadrent le montant : la part cédée reste en général limitée, afin que le fondateur conserve une exposition forte au résultat final. Il est courant que l'opération s'accompagne d'un engagement de rester, voire d'un ajustement du vesting. Notre article sur le pacte d'associés et le founders agreement détaille les clauses qui s'appliquent.
1. Un tour primaire est-il en cours ou imminent ?
2. La part cédée reste-t-elle modeste au regard de votre détention ?
3. Le pacte prévoit-il préemption, agrément ou droit de sortie conjointe ?
4. Avez-vous chiffré l'impôt et choisi le bon niveau de détention (direct ou holding) ?
Le prix d'un secondaire ne se lit pas dans un cours de Bourse : il se négocie à partir d'une référence, puis s'ajuste en fonction de la nature des titres et du contexte. Sur un secondaire direct, la référence est le prix par action du dernier tour. Sur un secondaire LP-led, c'est la dernière NAV.
| Facteur | Effet sur la décote | Ce que regarde l'acheteur |
|---|---|---|
| Ancienneté du dernier tour ou de la dernière NAV | Décote plus forte si la référence date | Évolution de l'ARR, du burn et du runway depuis la référence |
| Nature des titres | Ordinaires moins chères que les préférentielles | Préférence de liquidation, rang dans la waterfall, droits attachés |
| Taille du bloc | Petit bloc minoritaire = moins de pouvoir | Droits d'information, siège ou observateur au board |
| Engagements non appelés (LP-led) | Plus il en reste, plus l'acheteur exige un rabais | Capacité à honorer les appels futurs |
| Concentration du portefeuille | Un fonds concentré se vend avec plus de décote | Poids des deux ou trois premières lignes dans la NAV |
| Qualité de l'information | Information pauvre = prime de risque | Data room, reporting trimestriel, comptes certifiés |
Les investisseurs du dernier tour détiennent généralement des actions de préférence avec une préférence de liquidation, des droits anti-dilution et des droits de gouvernance. Les fondateurs détiennent des actions ordinaires. À la sortie, les premières sont servies avant les secondes : il est donc logique qu'une action ordinaire vaille moins qu'une action de préférence émise au même moment. Plus la société a levé et plus la préférence est lourde, plus l'écart se creuse dans les scénarios de sortie modestes.
Un secondaire pratiqué très en dessous du dernier tour peut être perçu comme un signal négatif par le marché et compliquer le tour suivant. Certains investisseurs refusent pour cette raison les secondaires trop décotés, ou demandent que le prix reste confidentiel. À l'inverse, un secondaire réalisé au prix du tour sur des actions ordinaires peut poser une question d'avantage consenti si l'acheteur est un salarié ou un dirigeant : la cohérence des prix doit être documentée.
La fiscalité dépend d'abord de la personne qui vend. Une cession réalisée par une personne physique relève du régime des plus-values de cession de valeurs mobilières. Une cession réalisée par une holding relève de l'impôt sur les sociétés, avec un régime spécifique pour les titres de participation sous conditions. Le choix entre détention directe et holding se prépare donc bien avant l'opération.
Depuis le 1er janvier 2026, le taux des prélèvements sociaux sur les revenus de placement est porté à 18,6 %. Combiné à l'impôt sur le revenu au taux forfaitaire de 12,8 %, le prélèvement forfaitaire unique applicable aux plus-values de cession de valeurs mobilières atteint 31,4 %, comme l'indique la fiche officielle de Service-Public sur les plus-values de cession de valeurs mobilières.
Le contribuable peut opter pour le barème progressif. Cette option est globale : elle vaut pour l'ensemble des revenus mobiliers et des plus-values de l'année, comme le précise la fiche Service-Public sur les revenus d'épargne et de placements. Pour les titres acquis avant le 1er janvier 2018, elle ouvre droit à un abattement pour durée de détention sur la base de l'impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux restant calculés sur la totalité du gain. Pour un fondateur fortement imposé, le PFU reste souvent plus favorable. Une contribution exceptionnelle sur les hauts revenus peut s'ajouter selon le revenu fiscal de référence de l'année de la cession.
Lorsque les titres ont été apportés à une holding, la plus-value d'apport peut bénéficier d'un report d'imposition, et la cession par la holding relève de l'impôt sur les sociétés. Ce schéma est encadré, notamment en cas de cession rapide des titres apportés. Nous détaillons les conditions dans notre article sur le régime d'apport-cession du 150-0 B ter. Un apport décidé la veille d'un secondaire n'apporte en général pas l'avantage espéré : il se prépare plusieurs mois à l'avance.
Les actions issues de l'exercice de BSPCE ou de l'attribution d'actions gratuites suivent des règles propres, avec une distinction entre le gain d'acquisition et la plus-value de cession. Avant d'ouvrir une tender offer aux salariés, vérifiez pour chaque bénéficiaire la date d'attribution, la date d'exercice ou d'acquisition définitive et la période de conservation éventuelle : l'impôt et les prélèvements dus peuvent varier fortement d'un salarié à l'autre.
Prenons une scale-up SaaS B2B qui boucle une série B. Le prix par action de préférence du tour est fixé à 40 €. Le fondateur détient directement 1 200 000 actions ordinaires souscrites à la création au prix de 0,10 € par action. Le lead accepte de consacrer une partie de son ticket au rachat de titres du fondateur, à hauteur de 8 % de sa détention, avec une décote de 20 % pour tenir compte de la nature ordinaire des titres.
Après l'opération, le fondateur conserve 1 104 000 actions, soit 92 % de sa détention initiale. Il a sécurisé environ 2,1 M€ nets avant contribution exceptionnelle et frais, tout en gardant l'essentiel de son exposition à la sortie. Côté société, rien ne change en trésorerie : seule la table de capitalisation est mise à jour, avec un transfert d'actions ordinaires vers le lead, qui peut demander leur conversion en actions de préférence si les statuts le permettent.
Deux variantes méritent d'être simulées avant de signer. Si la décote passe à 30 %, le prix tombe à 28 € et le net diminue d'environ 263 000 €. Si les titres avaient été apportés à une holding suffisamment en amont, l'arbitrage entre réinvestissement et distribution changerait totalement la lecture du net disponible.
Qu'il s'agisse d'un LP qui cède une ligne de fonds ou d'un fondateur qui vend une partie de ses actions, la méthode suit la même logique : préparer l'information, purger les droits, documenter le prix, anticiper l'impôt.
Pour un dirigeant, le secondaire est un outil de gestion patrimoniale et de rétention. Il permet de diversifier un patrimoine concentré, de financer un projet personnel sans pression sur les décisions stratégiques, et de récompenser les premiers salariés sans attendre la sortie. Bien calibré, il renforce l'alignement plutôt qu'il ne l'affaiblit.
Pour un investisseur, le secondaire offre une visibilité supérieure au primaire : les actifs sont identifiés, l'historique de performance existe, et la durée résiduelle de détention est plus courte. Il permet aussi d'entrer à prix décoté et de diversifier par millésime. Ses limites sont réelles : information parfois partielle, dépendance aux valorisations du GP et concentration possible sur quelques lignes.
Le secondary market private equity couvre trois réalités distinctes : la revente de parts de fonds par les LP, les fonds de continuation pilotés par les GP et les cessions d'actions par les fondateurs et les premiers actionnaires. Dans tous les cas, la réussite repose sur une référence de prix défendable, une lecture attentive des droits contractuels et une simulation fiscale faite avant la signature.
Pour un fondateur, un secondaire bien dimensionné sécurise une partie de la valeur créée sans affaiblir l'alignement avec les investisseurs. Pour un investisseur, il ouvre l'accès à des actifs connus à prix négocié. Si vous préparez une levée assortie d'une liquidité partielle ou une cession de titres, l'équipe DIGIFEC peut modéliser la waterfall, chiffrer votre net et coordonner l'opération : découvrez notre accompagnement des startups dans leurs levées de fonds.
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C'est le marché sur lequel s'échangent des participations existantes dans le non coté : parts de fonds de private equity cédées par des LP, actifs transférés par une société de gestion dans un fonds de continuation, ou actions de startups vendues par leurs fondateurs, salariés ou premiers investisseurs. Contrairement au primaire, l'argent versé rémunère le vendeur et non la société ou le fonds, dont la trésorerie reste inchangée.
Dans un LP-led, c'est un investisseur du fonds qui décide de revendre ses parts, avec les engagements restant à appeler, à un acheteur secondaire. Dans un GP-led, c'est la société de gestion qui initie l'opération, le plus souvent en transférant un ou plusieurs actifs vers un fonds de continuation. Les LP historiques choisissent alors entre encaisser le prix proposé et réinvestir dans le nouveau véhicule.
Oui, à condition de respecter les statuts et le pacte d'associés : droit de préemption, clause d'agrément, sortie conjointe ou inaliénabilité. Le format le plus simple consiste à adosser la cession à un tour de financement, le lead rachetant une partie des titres. Les investisseurs acceptent généralement une part limitée, pour que le fondateur reste fortement exposé à la réussite de la société.
S'il détient ses titres en direct, la plus-value est soumise au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, sauf option globale pour le barème progressif. Une contribution exceptionnelle sur les hauts revenus peut s'ajouter. Si les titres sont détenus par une holding, la cession relève de l'impôt sur les sociétés.