Conseils de gestion

Le cash flow statement, ou tableau des flux de trésorerie, est le document que les investisseurs ouvrent juste après le pitch deck. Le compte de résultat dit si votre startup gagne de l'argent sur le papier ; le bilan dit ce qu'elle possède et ce qu'elle doit. Seul le tableau des flux explique d'où vient le cash, où il est parti et combien de mois il vous reste. Pour une startup en perte, c'est souvent le seul état financier qui raconte vraiment l'histoire.
Pourtant, beaucoup de fondateurs le découvrent la veille d'une due diligence, quand un analyste demande pourquoi le burn affiché dans le reporting ne correspond pas à la variation de trésorerie bancaire. Dans ce guide, vous verrez comment lire les trois blocs (activité, investissement, financement), ce que dit le cadre français et le cadre IFRS, puis comment construire le tableau pas à pas à partir d'un cas chiffré de startup SaaS.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups et scale-ups, nous construisons ce tableau pour les clôtures annuelles, les data rooms et les reportings investisseurs. Les méthodes ci-dessous sont celles que nous appliquons sur le terrain.
Un cash flow statement retrace, sur une période donnée, l'ensemble des entrées et sorties de trésorerie d'une entreprise, classées par nature. Il part d'une trésorerie d'ouverture, explique chaque mouvement et aboutit à la trésorerie de clôture. Contrairement au compte de résultat, il ignore les écritures purement comptables (amortissements, provisions) et tient compte des décalages de paiement entre facturation et encaissement.
Pour un dirigeant de startup, il répond à trois questions concrètes :
Le tableau des flux est aussi la base de calcul de la plupart des indicateurs suivis par les fonds : net burn, runway, free cash flow, conversion cash de l'EBITDA. Si vous suivez déjà votre cash burn et votre runway, le cash flow statement en est la version auditable et réconciliée avec la comptabilité.
La réponse dépend de la taille de l'entreprise et du référentiel. Dans les comptes annuels établis selon le Plan comptable général, le règlement ANC n° 2022-06 relatif à la modernisation des états financiers, applicable aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025, prévoit que l'entité peut présenter dans l'annexe un tableau des flux de trésorerie, accompagné des informations relatives à son élaboration. C'est donc une faculté, pas une obligation, pour la grande majorité des startups. Lors de la première présentation, la colonne comparative de l'exercice précédent peut être omise (version commentée du règlement ANC 2022-06).
L'obligation existe en revanche pour les sociétés commerciales visées par l'article L. 232-2 du Code de commerce. Elles doivent établir un tableau de financement en même temps que le bilan annuel, ainsi qu'un plan de financement prévisionnel et un compte de résultat prévisionnel. Selon l'article R. 232-2 du Code de commerce, sont concernées les sociétés qui comptent, à la clôture, 300 salariés ou plus ou dont le chiffre d'affaires net atteint 18 000 000 €. L'obligation cesse lorsque ni l'une ni l'autre condition n'est remplie pendant deux exercices successifs.
Le PCG laisse le choix de la forme du tableau de financement : tableau des emplois et des ressources ou tableau des flux de trésorerie. Les modèles indicatifs publiés par l'ANC précisent qu'il est préconisé d'établir le tableau de financement sous la forme d'un tableau des flux de trésorerie.
Même sans obligation légale, le tableau des flux est attendu dès qu'un investisseur entre au capital. Les fonds le demandent dans le reporting trimestriel, les banques et Bpifrance l'utilisent pour apprécier la capacité de remboursement, et un acquéreur le reconstituera de toute façon lors de la due diligence financière. Mieux vaut qu'il soit préparé par vous, avec vos explications, et rangé dans votre data room de levée de fonds.
Quel que soit le référentiel, le tableau est structuré en trois catégories de flux, dont la somme donne la variation de trésorerie de la période. Lire un cash flow statement consiste d'abord à regarder le signe et l'ordre de grandeur de chaque bloc, puis à descendre dans le détail.
C'est le cœur du tableau. Il mesure le cash généré ou consommé par l'activité courante : encaissements clients, paiements fournisseurs, salaires, charges sociales, impôts. En méthode indirecte, il part du résultat, neutralise les éléments sans effet sur la trésorerie pour obtenir la marge brute d'autofinancement, puis intègre la variation du besoin en fonds de roulement. Pour une startup en phase de traction, ce flux est généralement négatif ; ce qui compte, c'est sa trajectoire trimestre après trimestre.
Ce bloc regroupe les acquisitions et cessions d'actifs durables : matériel, logiciels, frais de développement immobilisés, dépôts de garantie, prises de participation. Le montant retenu est celui réellement décaissé sur la période : une immobilisation livrée en décembre mais payée en janvier figure dans la variation des dettes sur immobilisations. Un flux d'investissement fortement négatif n'est pas un mauvais signe en soi ; il doit simplement être cohérent avec la feuille de route produit.
On y trouve les augmentations de capital, les émissions et remboursements d'emprunts, et les dividendes versés. Pour une startup, c'est souvent le seul bloc positif : il montre comment la consommation des deux premiers blocs a été couverte. Les investisseurs y vérifient la part de dette dans le financement et l'échéancier des remboursements à venir.
Le flux d'activité peut être présenté de deux façons. La méthode directe liste les encaissements et décaissements bruts par grandes catégories : encaissements clients, paiements fournisseurs, salaires versés. La méthode indirecte part du résultat et l'ajuste des éléments non monétaires et de la variation du BFR. La norme internationale IAS 7 admet les deux méthodes pour le flux d'activité ; les investissements et le financement sont présentés en flux bruts dans tous les cas.
Dans la pratique des comptes annuels, la méthode indirecte domine, car elle se construit directement à partir du bilan et du compte de résultat. Les deux modèles indicatifs du PCG partent d'ailleurs de résultats comptables : l'un du résultat net, l'autre du résultat d'exploitation, avec dans ce second cas une ligne distincte pour les charges financières versées, les produits financiers reçus et l'impôt sur les sociétés versé.
La méthode directe reste toutefois précieuse en pilotage. Votre prévisionnel de trésorerie mensuel est par nature un tableau direct : il se lit en encaissements et décaissements, comme votre relevé bancaire. La bonne pratique consiste à piloter en méthode directe au mois et à produire le cash flow statement en méthode indirecte à la clôture, puis à rapprocher les deux. Si l'écart entre les deux versions dépasse quelques pourcents de la variation de trésorerie, il y a une erreur de classement à chercher.
Pour construire le tableau en méthode indirecte, vous avez besoin de trois documents : le bilan de clôture, le bilan d'ouverture (ou celui de l'exercice précédent) et le compte de résultat de la période. Le grand livre sert ensuite à isoler les mouvements qui ne se lisent pas dans les soldes, comme les acquisitions et cessions d'immobilisations ou les emprunts souscrits et remboursés au cours de l'année.
Résultat net de l'exercice (ou résultat d'exploitation selon le modèle retenu).
Ajouter dotations, retirer reprises, plus-values et quote-part de subventions : on obtient la marge brute d'autofinancement.
Comparer bilan N et N-1 : stocks, créances, dettes d'exploitation, produits constatés d'avance.
Acquisitions, cessions, dépôts de garantie, frais de développement immobilisés, variation des dettes sur immobilisations.
Augmentations de capital, emprunts reçus et remboursés, dividendes versés.
Ouverture + variation = clôture. Tout écart signale une erreur de classement ou un oubli.
Le point de départ est une définition claire de la trésorerie. En pratique, on retient les disponibilités et les placements très liquides, diminués des concours bancaires courants. Une fois cette définition fixée, elle doit rester constante d'un exercice à l'autre et être indiquée dans l'annexe : c'est l'une des informations relatives à l'élaboration du tableau que demande le PCG.
La règle est simple mais source d'erreurs fréquentes : une hausse d'actif d'exploitation consomme du cash (signe négatif), une hausse de passif d'exploitation en libère (signe positif). Si vos créances clients passent de 300 000 € à 480 000 €, la variation de 180 000 € vient en diminution du flux d'activité. Si vos produits constatés d'avance progressent de 240 000 €, ils l'augmentent d'autant. Les dépréciations de l'actif circulant sont exclues des dotations retraitées et traitées dans la variation du BFR, en montant net.
Prenons Datalys, éditeur SaaS B2B fictif, qui clôture son exercice 2025 au 31 décembre. Ses données de départ sont les suivantes :
On part de la perte de 1 200 000 €. On ajoute les dotations aux amortissements (+150 000 €) et aux provisions (+30 000 €), qui ne sont pas sorties de la banque. On retire la plus-value de cession (-10 000 €), car le prix encaissé sera présenté en investissement, et la quote-part de subvention virée au résultat (-20 000 €), qui n'est pas un encaissement de l'exercice. Résultat : -1 200 000 + 150 000 + 30 000 - 10 000 - 20 000 = -1 050 000 € de marge brute d'autofinancement.
La comparaison des bilans donne : créances clients +180 000 € (effet -180 000 €), produits constatés d'avance +240 000 € grâce aux abonnements annuels payés d'avance (effet +240 000 €), dettes fournisseurs +60 000 € (effet +60 000 €), dettes fiscales et sociales +40 000 € (effet +40 000 €), créance de crédit d'impôt recherche non encore remboursée +200 000 € (effet -200 000 €). Variation totale : -180 000 + 240 000 + 60 000 + 40 000 - 200 000 = -40 000 €. Le flux d'activité ressort donc à -1 050 000 - 40 000 = -1 090 000 €.
Côté investissement : 350 000 € de frais de développement activés, 60 000 € de matériel, 30 000 € de dépôt de garantie, compensés par 25 000 € de prix de cession, soit -415 000 €. Côté financement : 2 000 000 + 300 000 - 80 000 = +2 220 000 €. La variation de trésorerie est de -1 090 000 - 415 000 + 2 220 000 = +715 000 €, et la trésorerie de clôture de 900 000 + 715 000 = 1 615 000 €, montant qui doit correspondre exactement aux disponibilités du bilan, nettes des concours bancaires courants.
| Flux de trésorerie liés à l'activité | |
|---|---|
| Résultat net | -1 200 000 € |
| + Dotations aux amortissements (dont frais de développement) | +150 000 € |
| + Dotations nettes aux provisions | +30 000 € |
| - Plus-value de cession des serveurs | -10 000 € |
| - Quote-part de subvention d'investissement virée au résultat | -20 000 € |
| Marge brute d'autofinancement | -1 050 000 € |
| - Hausse des créances clients | -180 000 € |
| + Hausse des produits constatés d'avance (abonnements annuels) | +240 000 € |
| + Hausse des dettes fournisseurs | +60 000 € |
| + Hausse des dettes fiscales et sociales | +40 000 € |
| - Hausse de la créance de CIR sur l'État | -200 000 € |
| Flux net de trésorerie généré par l'activité | -1 090 000 € |
| Flux de trésorerie liés aux opérations d'investissement | |
| - Frais de développement immobilisés | -350 000 € |
| - Matériel informatique | -60 000 € |
| - Dépôt de garantie des bureaux | -30 000 € |
| + Prix de cession des serveurs | +25 000 € |
| Flux net lié aux opérations d'investissement | -415 000 € |
| Flux de trésorerie liés aux opérations de financement | |
| + Augmentation de capital (tour seed) | +2 000 000 € |
| + Émission d'emprunt (prêt d'amorçage) | +300 000 € |
| - Remboursements d'emprunts | -80 000 € |
| Flux net lié aux opérations de financement | +2 220 000 € |
| Variation de trésorerie | +715 000 € |
| Trésorerie d'ouverture | 900 000 € |
| Trésorerie de clôture | 1 615 000 € |
Le free cash flow simplifié (flux d'activité + flux d'investissement) atteint -1 505 000 €, soit un net burn moyen d'environ 125 400 € par mois (1 505 000 / 12). Rapporté à la trésorerie de clôture, cela donne un runway d'environ 1 615 000 / 125 400 ≈ 13 mois, avant prise en compte des remboursements d'emprunt futurs et de l'encaissement attendu du CIR. Pour approfondir la lecture de cet agrégat, consultez notre article sur le free cash flow d’une startup en croissance.
Les modèles du PCG donnent la structure, mais ne tranchent pas toutes les situations propres aux entreprises innovantes. Le tableau ci-dessous reprend le classement le plus courant en pratique dans les comptes établis en normes françaises ; l'essentiel est d'appliquer le même traitement d'un exercice à l'autre et de l'expliquer dans l'annexe.
| Opération | Bloc retenu en pratique | Point d'attention |
|---|---|---|
| Encaissement d'abonnements annuels payés d'avance | Activité (via la variation des produits constatés d'avance) | Améliore le flux d'activité sans créer de chiffre d'affaires supplémentaire |
| Remboursement du crédit d'impôt recherche | Activité (variation de la créance sur l'État) | Le décalage entre comptabilisation et encaissement pèse sur le BFR |
| Frais de développement immobilisés | Investissement | Déplace une partie du burn hors du flux d'activité |
| Levée en actions ordinaires ou de préférence | Financement (augmentation de capital) | Retenir le montant encaissé sur la période, prime d'émission comprise |
| BSA AIR souscrit | Financement | Documenter le classement des fonds reçus dans les capitaux propres ou les autres fonds propres |
| Prêt d'amorçage ou prêt d'honneur bancaire | Financement | Présenter séparément émission et remboursements, sans compensation |
| Dépôt de garantie des bureaux | Investissement (immobilisation financière) | Souvent oublié, il apparaît alors comme un écart inexpliqué |
| Intérêts d'emprunt payés | Activité (modèle PCG à partir du résultat net) | Classement différent en IFRS 18, voir plus bas |
Les startups qui préparent un tour avec des fonds internationaux, une entrée en bourse ou une intégration dans un groupe coté rencontrent rapidement la norme IAS 7 « Statement of Cash Flows ». Elle retient les mêmes trois catégories : operating, investing et financing. Les flux d'activité sont ceux des principales activités génératrices de revenus ; les flux d'investissement portent sur l'acquisition et la cession d'actifs à long terme ; les flux de financement sont ceux qui modifient les capitaux propres apportés et les emprunts.
La grande évolution à venir est la norme IFRS 18, qui remplace IAS 1 pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027 et modifie IAS 7. Pour les entités sans activité principale spécifique (la plupart des startups non financières), elle supprime les options de classement : intérêts et dividendes reçus en investissement, intérêts et dividendes payés en financement. En méthode indirecte, le point de départ devient le résultat opérationnel défini par IFRS 18, et non plus le résultat net.
| Critère | PCG (règlement ANC 2022-06) | IAS 7 avant IFRS 18 | IAS 7 modifiée par IFRS 18 |
|---|---|---|---|
| Statut dans les comptes individuels | Facultatif dans l'annexe, sauf tableau de financement des sociétés visées par L. 232-2 | État financier à part entière | État financier à part entière |
| Point de départ en méthode indirecte | Résultat net ou résultat d'exploitation (modèles indicatifs) | Résultat (pratiques variées) | Résultat opérationnel |
| Intérêts payés | Activité dans les deux modèles indicatifs | Activité ou financement au choix | Financement |
| Intérêts et dividendes reçus | Activité | Activité ou investissement au choix | Investissement |
| Dividendes versés | Financement | Activité ou financement au choix | Financement |
| Entrée en vigueur | Exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025 | En vigueur | Exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027 |
Un fonds qui analyse vos cash flow statements sur trois ou quatre exercices cherche moins le montant absolu que la cohérence de la trajectoire avec le plan présenté lors de la levée. Voici la grille de lecture que nous retrouvons dans la plupart des due diligences, et que vous retrouverez à la préparation d'une série A.
Ces contrôles se préparent en amont. Intégrer un tableau des flux trimestriel à vos tableaux de bord financiers permet d'arriver en due diligence avec une série historique déjà expliquée, plutôt que de reconstituer trois ans de flux dans l'urgence.
Sur les tableaux que nous reprenons lors de missions de due diligence ou de changement de cabinet, les mêmes erreurs reviennent régulièrement :
Le cash flow statement explique la variation de votre trésorerie en trois blocs : ce que l'activité consomme, ce que vous investissez, et comment vous le financez. En France, il reste facultatif dans l'annexe des comptes annuels pour la plupart des startups, mais il est incontournable dès qu'un investisseur, une banque ou un acquéreur analyse vos chiffres. Construit en méthode indirecte, rapproché de votre prévisionnel mensuel et documenté dans l'annexe, il devient la base fiable de votre burn, de votre runway et de votre free cash flow.
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Le tableau de financement est le document exigé des sociétés commerciales visées par l'article L. 232-2 du Code de commerce. Il peut prendre deux formes : tableau des emplois et des ressources ou tableau des flux de trésorerie. Le cash flow statement correspond à cette seconde forme, que les modèles indicatifs du PCG publiés par l'ANC préconisent. Pour une startup, c'est aussi le format attendu par les investisseurs.
Non, dans la plupart des cas. En comptes annuels PCG, le tableau des flux est facultatif dans l'annexe depuis le règlement ANC 2022-06, applicable aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025. L'obligation d'établir un tableau de financement vise les sociétés commerciales de 300 salariés ou plus ou dont le chiffre d'affaires net atteint 18 millions d'euros. Les investisseurs le demandent néanmoins presque toujours.
La méthode indirecte est la plus utilisée pour les comptes annuels, car elle se construit à partir du bilan et du compte de résultat. La méthode directe, qui liste encaissements et décaissements, convient mieux au pilotage mensuel et au prévisionnel de trésorerie. L'idéal est de suivre la trésorerie en méthode directe au mois, de produire le tableau annuel en méthode indirecte, puis de rapprocher les deux versions.
Additionnez le flux net d'activité et le flux net d'investissement, puis divisez par le nombre de mois de la période. Dans notre exemple, -1 090 000 € et -415 000 € donnent -1 505 000 € sur douze mois, soit environ 125 400 € par mois. Divisez ensuite la trésorerie de clôture par ce montant pour estimer le runway, en tenant compte des remboursements d'emprunt et des encaissements attendus.