Prendre rendez-vous

Entrepreneuriat & croissance

DCF : valoriser une entreprise par les flux de trésorerie actualisés

Date
23.10.2026
Durée
17 minutes
DCF : la méthode pas à pas (free cash flows, WACC, valeur terminale) avec un exemple chiffré de scale-up SaaS. Valorisez votre entreprise avec rigueur.
Dirigeant analysant la valorisation d'une entreprise par la méthode DCF des flux de trésorerie actualisés

Le DCF (discounted cash flows, ou actualisation des flux de trésorerie) est la méthode de valorisation qui répond à la question la plus simple qui soit : combien vaut aujourd'hui l'argent que cette entreprise va générer demain ? Là où les multiples comparent votre société à d'autres, le DCF part de votre propre business plan et le traduit en une valeur, en tenant compte du temps et du risque.

C'est aussi la méthode la plus exigeante. Un DCF mal construit peut justifier n'importe quel prix, car quelques dixièmes de point sur le taux d'actualisation ou la croissance à l'infini suffisent à déplacer la valeur de plusieurs millions d'euros. Les investisseurs, les acquéreurs et les experts indépendants le savent : ils regardent moins le chiffre final que la cohérence des hypothèses.

Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups et scale-ups, nous construisons et challengeons des modèles DCF pour des levées de fonds, des cessions et des opérations de capital-investissement. Ce guide vous donne la méthode DCF pas à pas, du free cash flow au WACC et à la valeur terminale, avec un exemple chiffré complet sur une scale-up SaaS.

Qu'est-ce que la méthode DCF et sur quel principe repose-t-elle ?

La méthode DCF repose sur une idée centrale de la finance : un euro reçu dans cinq ans vaut moins qu'un euro reçu aujourd'hui. D'abord parce que l'euro disponible aujourd'hui peut être placé, ensuite parce que l'euro futur est incertain. La valeur d'une entreprise est donc égale à la somme de ses flux de trésorerie futurs, chacun ramené en valeur actuelle par un taux qui reflète le temps et le risque.

Concrètement, on distingue deux périodes. La période explicite, généralement de 5 à 7 ans (parfois 10 ans pour une société en hypercroissance), pendant laquelle on projette les flux année par année à partir du business plan. Puis la période au-delà, résumée dans une valeur terminale qui suppose que l'entreprise atteint un régime de croisière.

La formule générale s'écrit ainsi : Valeur d'entreprise = somme, pour chaque année t de 1 à n, des FCF de l'année t divisés par (1 + WACC) puissance t, plus la valeur terminale divisée par (1 + WACC) puissance n. Le résultat est une valeur d'entreprise (enterprise value), c'est-à-dire la valeur de l'outil économique pour l'ensemble des financeurs, actionnaires et prêteurs. Pour obtenir la valeur des actions, il faut ensuite retrancher la dette nette.

DCF method valuation : pourquoi les investisseurs l'utilisent

Dans la littérature anglo-saxonne, la « DCF method valuation » est considérée comme l'approche intrinsèque par excellence : elle ne dépend pas du niveau, parfois euphorique, parfois déprimé, des marchés au moment de l'opération. Elle oblige à expliciter chaque hypothèse : vitesse de croissance, marge cible, intensité capitalistique, besoin en fonds de roulement. C'est ce qui en fait un outil de négociation : si un acquéreur conteste le prix, la discussion porte sur des hypothèses identifiables plutôt que sur un multiple abstrait.

Le DCF est aussi l'une des méthodes que les évaluateurs retiennent dans une approche multicritère, aux côtés des multiples boursiers ou transactionnels. L'Autorité des marchés financiers encadre d'ailleurs le travail des experts dans sa recommandation sur l'expertise indépendante dans le cadre d’opérations financières. Pour une vue d'ensemble des autres approches, consultez notre guide comment valoriser une entreprise.

La méthode DCF en 6 étapes

1Business plan

Projeter chiffre d'affaires, marges, investissements et BFR sur 5 à 7 ans.

2Free cash flows

Calculer chaque année le flux disponible pour l'ensemble des financeurs.

3WACC

Estimer le coût moyen pondéré du capital : coût des fonds propres et de la dette.

4Valeur terminale

Capturer la valeur au-delà de l'horizon explicite (Gordon-Shapiro ou multiple de sortie).

5Actualisation

Ramener flux et valeur terminale en valeur d'aujourd'hui pour obtenir la valeur d'entreprise.

6Bridge et sensibilités

Passer à la valeur des titres (dette nette) et tester les hypothèses clés.

Comment calculer les free cash flows d'un DCF ?

Le flux actualisé dans un DCF n'est ni le résultat net ni l'EBITDA : c'est le free cash flow to the firm (FCFF), le flux de trésorerie disponible pour l'ensemble des apporteurs de capitaux, avant tout remboursement ou paiement d'intérêts. On le calcule à partir du résultat d'exploitation, en raisonnant comme si l'entreprise n'avait aucune dette, afin de ne pas compter deux fois le coût du financement, déjà intégré dans le taux d'actualisation.

La formule standard est la suivante :

  • EBIT (résultat d'exploitation)
  • moins l'impôt normatif calculé sur l'EBIT (et non l'impôt réellement payé, qui dépend des frais financiers)
  • plus les dotations aux amortissements et provisions, charges non décaissées
  • moins les investissements (capex), y compris les frais de développement immobilisés
  • moins la variation du besoin en fonds de roulement (BFR)

Pour approfondir la notion, notre article sur le free cash flow d'une startup en croissance détaille la lecture de cet indicateur au quotidien.

Quel taux d'impôt retenir ?

En France, le taux normal de l'impôt sur les sociétés est de 25 %. Un taux réduit de 15 % s'applique, jusqu'à 42 500 € de bénéfice, aux PME dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas 10 000 000 € et dont le capital, entièrement libéré, est détenu à au moins 75 % par des personnes physiques (conditions détaillées sur entreprendre.service-public.gouv.fr). Dans un DCF à long terme, on retient le plus souvent le taux normal pour la période de croisière, car l'avantage du taux réduit devient marginal quand le résultat grossit, et il disparaît si des fonds entrent au capital et font passer la détention par des personnes physiques sous les 75 %.

Une startup qui a accumulé des déficits reportables paiera moins d'impôt les premières années bénéficiaires. Cet avantage fiscal a une valeur réelle : vous pouvez soit l'intégrer dans les flux de la période explicite, soit le valoriser à part. L'essentiel est de ne pas l'oublier, ni de le compter deux fois.

Le BFR, angle mort des modèles SaaS

Un éditeur SaaS qui facture ses abonnements annuels d'avance encaisse avant de livrer le service : son BFR est souvent négatif. Chaque euro de croissance du chiffre d'affaires génère alors de la trésorerie supplémentaire, ce qui améliore le free cash flow. À l'inverse, une société industrielle ou une marketplace qui stocke ou paie ses fournisseurs avant d'être réglée consomme du cash en grandissant. Modéliser le BFR en jours de chiffre d'affaires ou en pourcentage du chiffre d'affaires évite les incohérences.

Comment estimer le WACC, le taux d'actualisation du DCF ?

Le WACC (weighted average cost of capital, ou coût moyen pondéré du capital, CMPC) est le rendement minimal exigé par l'ensemble des financeurs. Il pondère le coût des fonds propres et le coût de la dette après impôt, selon la structure financière cible de l'entreprise :

WACC = Ke × E/(D+E) + Kd × (1 - taux d'IS) × D/(D+E)

Où Ke est le coût des fonds propres, Kd le coût de la dette avant impôt, E la valeur des fonds propres et D la dette nette. La déduction fiscale des intérêts explique le facteur (1 - taux d'IS) : la dette coûte moins cher que son taux facial.

Le coût des fonds propres avec le MEDAF

Le coût des fonds propres se calcule le plus souvent avec le MEDAF (modèle d'évaluation des actifs financiers, ou CAPM) : Ke = taux sans risque + bêta × prime de risque du marché. Pour une PME non cotée ou une startup, on ajoute fréquemment une prime spécifique qui reflète la taille, l'illiquidité des titres, la dépendance à un dirigeant ou à un client.

  • Taux sans risque : rendement des obligations d'État de long terme (pour la France, l'OAT à 10 ans), relevé à la date d'évaluation.
  • Bêta : sensibilité du secteur au marché, estimée à partir de sociétés cotées comparables, puis ajustée de leur endettement.
  • Prime de risque du marché : surplus de rendement attendu des actions par rapport au sans-risque, issu de bases de données ou d'études de place.
  • Prime spécifique : jugement de l'évaluateur, à justifier ligne par ligne.

Comment calculer la valeur terminale dans un DCF ?

La valeur terminale DCF représente la valeur de tous les flux au-delà de la période explicite. Dans une entreprise en croissance, elle pèse couramment plus de la moitié de la valeur totale, d'où l'importance de la calculer avec rigueur. Deux méthodes coexistent.

La méthode de Gordon-Shapiro (croissance à l'infini)

On suppose que le free cash flow croît indéfiniment à un taux constant g : Valeur terminale = FCF de l'année n+1 / (WACC - g), avec FCF n+1 = FCF n × (1 + g). Le taux g doit rester modeste et cohérent avec la croissance économique de long terme et l'inflation : une entreprise ne peut pas croître plus vite que l'économie pour l'éternité. Un taux de croissance proche du WACC fait exploser la valeur et signale une erreur de modélisation.

Le flux de la dernière année doit aussi être normatif : marge stabilisée, capex au niveau de renouvellement (proche des amortissements, un peu au-dessus si l'entreprise continue de croître), variation de BFR cohérente avec g. Si l'année 5 est encore une année d'hypercroissance, prolongez la période explicite plutôt que de capitaliser un flux atypique.

La méthode du multiple de sortie

On applique à l'EBITDA (ou au chiffre d'affaires) de la dernière année un multiple observé sur des sociétés ou transactions comparables. Cette approche est très utilisée par les fonds, qui raisonnent en prix de revente. Elle a un défaut : elle réintroduit les conditions de marché dans une méthode censée être intrinsèque. Les deux méthodes se recoupent utilement : calculez le multiple d'EBITDA implicite de votre valeur de Gordon et comparez-le aux références de votre secteur, que vous trouverez dans notre article sur le multiple d'EBITDA par secteur.

Exemple de DCF chiffré pas à pas : une scale-up SaaS

Prenons une scale-up SaaS B2B fictive qui réalise 3,00 M€ de chiffre d'affaires sur l'exercice écoulé. Le business plan prévoit une croissance de 33 % puis 40 %, 30 %, 25 % et 20 % sur les cinq prochaines années, avec une marge d'EBITDA qui passe de -5 % à 22 %. Les hypothèses sont volontairement simples pour rendre le calcul lisible ; toutes les valeurs sont illustratives.

Étape 1 : projeter les free cash flows

Le chiffre d'affaires atteint 4,00 M€ en année 1, puis 5,60, 7,28, 9,10 et 10,92 M€. Les amortissements représentent 3 % du chiffre d'affaires et les capex 4 %, car l'éditeur immobilise une partie de ses développements. Le BFR est négatif, à -5 % du chiffre d'affaires : la croissance dégage donc de la trésorerie. L'impôt normatif est calculé à 25 % de l'EBIT positif ; nous ignorons ici les déficits reportables pour simplifier.

Construction des free cash flows (en M€)
PosteA1A2A3A4A5
Chiffre d'affaires4,005,607,289,1010,92
Marge d'EBITDA-5 %5 %12 %18 %22 %
EBITDA-0,200,280,871,642,40
Dotations aux amortissements (3 % du CA)-0,12-0,17-0,22-0,27-0,33
EBIT-0,320,110,661,372,08
Impôt normatif (25 % de l'EBIT positif)0,00-0,03-0,16-0,34-0,52
+ Dotations aux amortissements0,120,170,220,270,33
- Capex (4 % du CA)-0,16-0,22-0,29-0,36-0,44
- Variation du BFR (BFR négatif : ressource)+0,05+0,08+0,08+0,09+0,09
Free cash flow-0,310,110,501,021,54

Hypothèses illustratives. Chiffre d'affaires de l'année précédente : 3,00 M€. BFR égal à -5 % du chiffre d'affaires (abonnements facturés d'avance). Arrondis au centième.

Le détail de l'année 5 : EBITDA de 10,92 × 22 % = 2,40 M€, moins 0,33 M€ d'amortissements, soit un EBIT de 2,08 M€. L'impôt normatif s'élève à 2,08 × 25 % = 0,52 M€. On réintègre les amortissements (+0,33), on retranche les capex (-0,44) et on ajoute la ressource de BFR (+0,09) : le free cash flow ressort à 1,54 M€.

Étape 2 : calculer le WACC

Hypothèses retenues : taux sans risque de 3,5 %, bêta de 1,5, prime de risque de marché de 6 % et prime spécifique de 4 % liée à la taille et à l'illiquidité. Le coût des fonds propres vaut 3,5 % + 1,5 × 6 % + 4 % = 16,5 %. La structure cible comprend 20 % de dette à 5,5 % avant impôt, soit 5,5 % × (1 - 25 %) = 4,125 % après impôt.

WACC = 16,5 % × 80 % + 4,125 % × 20 % = 13,2 % + 0,825 % = 14,025 %, arrondi à 14 %. Ces paramètres sont des hypothèses de l'exemple : dans un dossier réel, chacun doit être sourcé à la date d'évaluation.

Étape 3 : calculer la valeur terminale

Avec une croissance à l'infini de 2,5 % : FCF de l'année 6 = 1,538 × 1,025 = 1,577 M€. Valeur terminale = 1,577 / (14 % - 2,5 %) = 1,577 / 0,115 = 13,71 M€ en fin d'année 5. Rapportée à l'EBITDA de l'année 5 (2,40 M€), elle représente un multiple implicite d'environ 5,7 fois, un niveau prudent qu'il faudra confronter aux transactions du secteur.

Étape 4 : actualiser et additionner

Actualisation des flux au WACC de 14 %
AnnéeFree cash flowFacteur 1/(1,14)^nValeur actuelle
A1-0,31 M€0,8772-0,27 M€
A20,11 M€0,76950,08 M€
A30,50 M€0,67500,34 M€
A41,02 M€0,59210,61 M€
A51,54 M€0,51940,80 M€
Somme des flux actualisés1,56 M€
Valeur terminale (fin A5)13,71 M€0,51947,12 M€
Valeur d'entreprise8,67 M€

Les écarts d'un centième proviennent des arrondis : le calcul est mené sans arrondi intermédiaire.

La somme des flux actualisés de la période explicite atteint 1,56 M€. La valeur terminale actualisée vaut 13,71 × 0,5194 = 7,12 M€. La valeur d'entreprise ressort à 8,67 M€, soit environ 2,2 fois le chiffre d'affaires de l'année 1.

Point de vigilance : le poids de la valeur terminale

Dans notre exemple, la valeur terminale représente 82 % de la valeur d'entreprise. C'est fréquent pour une société en croissance, mais cela signifie que l'essentiel du prix repose sur deux paramètres : le taux de croissance à l'infini et le WACC. Documentez-les avec autant de soin que le business plan lui-même.

Étape 5 : passer à la valeur des titres

La société dispose de 3,50 M€ de trésorerie, issue de sa dernière levée, et porte 2,00 M€ d'emprunts bancaires. La dette nette est donc négative (trésorerie nette de 1,50 M€), ce qui augmente la valeur revenant aux actionnaires.

De la valeur d'entreprise à la valeur des titres

Valeur d'entreprise (DCF)8,67 M€
+ Trésorerie disponible+3,50 M€
- Dette bancaire et prêts-2,00 M€
- Autres éléments assimilés à de la dette (exemple : dividendes votés, provisions à caractère de dette)0,00 M€
Valeur des fonds propres10,17 M€

La valeur des fonds propres, environ 10,2 M€, est la base d'une négociation : c'est elle que l'on compare à une valorisation pré-money proposée par un investisseur. Pour articuler ce chiffre avec un tour de table, relisez notre guide sur la valorisation pré-money et post-money.

Pourquoi une analyse de sensibilité est-elle indispensable ?

Un DCF donne un chiffre précis, mais cette précision est trompeuse. La bonne pratique consiste à présenter une fourchette à partir d'une matrice de sensibilité croisant les deux paramètres les plus influents : le WACC et le taux de croissance à l'infini.

Sensibilité de la valeur d'entreprise (en M€)
WACC \ croissance à l'infinig = 2,0 %g = 2,5 %g = 3,0 %
12 %10,611,111,7
14 %8,38,79,0
16 %6,87,07,2

Même business plan, seuls le taux d'actualisation et le taux de croissance terminal varient.

Dans notre exemple, passer d'un WACC de 14 % à 12 % fait gagner environ 2,4 M€ de valeur d'entreprise (de 8,7 à 11,1 M€), soit près de 28 %. Passer à 16 % en fait perdre 1,7 M€. La croissance terminale pèse moins, mais un demi-point déplace tout de même la valeur de 0,3 à 0,6 M€. Ce sont ces chiffres qui structurent la négociation.

Au-delà de la matrice : les scénarios

Pour une startup, la sensibilité au taux ne suffit pas. Le vrai risque porte sur le business plan lui-même. Construisez trois scénarios (prudent, central, ambitieux) en faisant varier la croissance, la marge cible et le churn, puis pondérez-les par des probabilités réalistes. Cette approche par scénarios est plus défendable devant un investisseur qu'un taux d'actualisation gonflé artificiellement pour compenser des prévisions optimistes.

DCF ou multiples : quelle méthode choisir selon votre entreprise ?

Le DCF n'est pas toujours la méthode principale. Sa fiabilité dépend directement de la visibilité sur les flux futurs. Pour une startup sans chiffre d'affaires, les flux des cinq premières années sont négatifs et toute la valeur repose sur la valeur terminale : le DCF devient alors un exercice de cohérence plus qu'un outil de prix.

DCF ou multiples : quelle méthode selon le profil ?
Profil d'entreprisePertinence du DCFMéthode de recoupement
PME rentable et stableÉlevée : flux prévisiblesMultiples d'EBITDA de transactions comparables
SaaS en croissance (ARR > quelques M€)Bonne, avec un horizon long (7 à 10 ans)Multiples d'ARR, règle des 40
Startup pré-revenus / deeptechFaible seule : flux trop incertainsMéthode VC, DCF par scénarios pondérés
Entreprise en retournementUtile si plan de redressement crédibleActif net réévalué, valeur de liquidation

Pour un éditeur de logiciels, les multiples d'ARR restent la référence des investisseurs, mais le DCF permet de vérifier qu'ils sont soutenables au regard des marges futures. Notre article dédié à la valorisation SaaS détaille ces spécificités.

Quelles sont les erreurs fréquentes dans un DCF ?

Les mêmes erreurs reviennent dans la plupart des modèles que nous relisons. Elles ne sont pas toujours grossières, mais leur effet cumulé peut doubler ou diviser par deux la valeur.

  1. Actualiser l'EBITDA au lieu du free cash flow : on oublie l'impôt, les investissements et le BFR, et la valeur est mécaniquement surévaluée.
  2. Mélanger les approches : actualiser des flux après intérêts (flux pour l'actionnaire) au WACC, ou des flux avant intérêts au coût des fonds propres. Chaque flux a son taux.
  3. Une croissance terminale trop élevée : un g supérieur à la croissance de long terme de l'économie revient à supposer que l'entreprise finira plus grosse que le pays.
  4. Une année terminale non normative : capitaliser un flux encore marqué par l'hypercroissance, des capex très faibles ou une ressource de BFR exceptionnelle.
  5. Oublier des éléments de dette dans le passage à la valeur des titres : comptes courants d'associés, dividendes votés non versés, obligations convertibles, compléments de prix dus.
  6. Double comptage du risque : prévisions déjà décotées et taux d'actualisation majoré d'une forte prime.

Comment construire et défendre un DCF face à un investisseur ?

Un DCF n'est convaincant que s'il est relié à des données vérifiables. Voici la méthode que nous recommandons avant de présenter une valorisation à un fonds, un acquéreur ou un expert.

Checklist de la méthode DCF

  • Partir des comptes réels : un historique fiable de deux ou trois exercices, des comptes clôturés et un suivi mensuel de l'ARR, du churn et des coûts d'acquisition.
  • Relier chaque hypothèse à un indicateur opérationnel : nombre de commerciaux, taux de conversion, panier moyen, rétention nette. Une croissance de 40 % doit s'expliquer, pas se décréter.
  • Séparer clairement les onglets : hypothèses, compte de résultat, flux, WACC, valeur terminale, bridge, sensibilités. Aucune valeur saisie en dur dans les formules.
  • Documenter le WACC : date et source du taux sans risque, échantillon de comparables pour le bêta, justification de la prime spécifique.
  • Recouper systématiquement : multiple implicite de la valeur terminale, comparaison avec les transactions récentes, cohérence avec la dernière levée.
  • Présenter une fourchette et non un point unique, accompagnée de la matrice de sensibilité.
  • Tester le scénario de stress : que vaut l'entreprise si la croissance est deux fois plus lente et la levée suivante retardée ?

En résumé : réussir votre DCF

Le DCF valorise une entreprise par ce qu'elle produira réellement : des flux de trésorerie, actualisés à un taux qui rémunère le risque. Sa force tient à la transparence des hypothèses ; sa faiblesse, à leur sensibilité. Un modèle solide repose sur des free cash flows bien construits (impôt normatif, capex, BFR), un WACC documenté, une valeur terminale normative et recoupée, un bridge complet vers la valeur des titres et une matrice de sensibilité.

Retenez surtout que le chiffre final compte moins que la capacité à le défendre ligne par ligne. Vous préparez une levée, une cession ou l'entrée d'un fonds et souhaitez un DCF crédible et challengé ? Découvrez notre accompagnement des startups dans leurs levées de fonds : l'équipe DIGIFEC construit avec vous le business plan, le modèle de valorisation et les argumentaires pour vos investisseurs.

À lire aussi

Nos clients

Foire aux questions

Qu'est-ce que le DCF en finance ?

Le DCF, pour discounted cash flows, est une méthode de valorisation qui estime la valeur d'une entreprise en actualisant les flux de trésorerie disponibles qu'elle générera à l'avenir. Chaque flux est ramené en valeur d'aujourd'hui avec un taux, le WACC, qui reflète le coût du capital et le risque. On ajoute une valeur terminale pour la période au-delà de l'horizon de prévision, puis on retranche la dette nette pour obtenir la valeur des actions.

Comment calculer la valeur terminale d'un DCF ?

La méthode la plus courante est celle de Gordon-Shapiro : on divise le free cash flow de l'année suivant la période explicite par la différence entre le WACC et le taux de croissance à l'infini. Par exemple, un flux de 1,58 M€, un WACC de 14 % et une croissance de 2,5 % donnent 1,58 / 0,115, soit environ 13,7 M€. Cette valeur est ensuite actualisée à la date d'évaluation. On peut la recouper avec un multiple d'EBITDA de sortie.

Quel taux d'actualisation utiliser dans un DCF ?

Pour actualiser des free cash flows avant frais financiers, on utilise le WACC, coût moyen pondéré du capital. Il combine le coût des fonds propres, souvent estimé avec le MEDAF et une prime spécifique pour les sociétés non cotées, et le coût de la dette après impôt. Une PME rentable affiche un WACC plus faible qu'une startup, dont le risque d'exécution justifie un taux nettement plus élevé.

La méthode DCF est-elle adaptée à une startup ?

Elle l'est avec précaution. Pour une startup sans revenus, les flux des premières années sont négatifs et la valeur terminale concentre presque toute la valeur, ce qui rend le résultat très sensible aux hypothèses. On l'utilise alors en complément de la méthode VC ou des multiples, souvent sous forme de scénarios pondérés. Pour une scale-up SaaS disposant d'un ARR significatif, le DCF devient en revanche un outil solide de recoupement.

Background Image
Chaque croissance commence par une décision.Parlez-nous de votre vision, de vos objectifs ou de vos enjeux financiers : nous vous aidons à structurer la suite.Prenons rendez-vous et accélérons votre trajectoire.
Contactez nos experts