Entrepreneuriat & croissance

Ce guide s’adresse aux fondateurs en phase de lancement. Pour un suivi sur mesure, découvrez notre accompagnement des startups en création et en amorçage.
La valorisation pré-money est le chiffre qui structure toute levée de fonds : elle fixe la valeur de votre startup avant l'arrivée des investisseurs, détermine le prix de chaque action nouvelle et, au bout du calcul, le pourcentage du capital que vous cédez. Une erreur de base de calcul, un pool de BSPCE mal placé ou des BSA AIR oubliés, et la dilution réelle s'écarte de plusieurs points de ce que vous pensiez avoir négocié.
Ce guide vous donne les formules exactes pour passer du pré-money au post-money, des exemples chiffrés pas à pas (tour seed d'une startup SaaS, pool d'options, conversion de BSA AIR, tour de série A), la méthode utilisée par les fonds pour fixer leur prix et les pièges qui coûtent le plus cher aux fondateurs.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups et scale-ups, nous construisons ces modélisations avec les fondateurs avant chaque tour : une table de capitalisation juste vaut mieux qu'une valorisation flatteuse mal comprise.
La valorisation pré-money (ou « pre-money ») correspond à la valeur des titres existants de la société, telle que négociée entre fondateurs et investisseurs, juste avant l'augmentation de capital. Elle ne se lit pas dans le bilan : c'est un prix de marché, fruit d'une négociation, qui intègre le potentiel de croissance, l'équipe, la traction et la concurrence entre investisseurs.
La valorisation post-money est la valeur de la société immédiatement après l'opération. Comme l'argent levé entre dans la trésorerie de la société, elle s'obtient par simple addition : pré-money plus montant levé. Dans les échanges entre fondateurs, on parle souvent de « pre money post money » sans trop distinguer : c'est précisément là que naissent les malentendus.
Une précision essentielle : la levée de fonds en equity prend juridiquement la forme d'une augmentation de capital. Les investisseurs souscrivent des actions nouvelles, et non des actions des fondateurs. La valeur des titres existants ne change donc pas au moment de l'opération ; c'est leur part relative qui diminue.
Les capitaux propres comptables d'une startup sont souvent faibles, voire négatifs après plusieurs exercices de pertes. La valorisation pré-money n'a pas de lien mécanique avec eux. En revanche, l'écart entre le prix payé par l'investisseur et la valeur nominale de l'action est comptabilisé en prime d'émission, qui figure dans les capitaux propres aux côtés du capital social, des réserves et du report à nouveau, comme le rappelle la fiche Capitaux propres de la société sur entreprendre.service-public.gouv.fr.
| Critère | Valorisation pré-money | Valorisation post-money |
|---|---|---|
| Moment | Avant l'entrée des fonds | Immédiatement après l'entrée des fonds |
| Ce qu'elle mesure | La valeur des titres existants | La valeur totale, trésorerie levée comprise |
| Usage principal | Fixer le prix par action | Calculer le pourcentage des investisseurs |
| Formule | Post-money − montant levé | Pré-money + montant levé |
| Qui la regarde d'abord | Les fondateurs (dilution) | Les investisseurs (prix d'entrée, multiple de sortie) |
| Piège fréquent | Base de calcul incluant un pool à la charge des fondateurs | Conversion de BSA AIR non prise en compte |
Quatre formules suffisent pour l'essentiel des situations. Elles reposent sur une seule hypothèse : la levée est une augmentation de capital en numéraire au même prix pour tous les nouveaux investisseurs.
À l'inverse, si un fonds vous propose d'investir 2 millions d'euros pour 25 % du capital, le post-money implicite est de 2 000 000 / 0,25 = 8 millions d'euros, et le pré-money implicite de 8 − 2 = 6 millions d'euros. Ce réflexe de conversion permet de comparer des offres formulées différemment.
Prenons une startup SaaS B2B, appelée ici Nuvia, détenue à parts égales par deux fondateurs. Son capital compte 10 000 actions d'une valeur nominale de 1 €. Un fonds d'amorçage propose d'investir 1 million d'euros sur une valorisation pré-money de 4 millions d'euros. Il n'existe encore ni BSPCE ni BSA.
Le résultat se vérifie de deux façons : 1 000 000 / 5 000 000 = 20 %, et 2 500 / 12 500 = 20 %. Chaque fondateur passe de 50 % à 40 % du capital. Sa participation ne perd pourtant pas de valeur : 5 000 actions × 400 € = 2 millions d'euros, soit exactement sa quote-part du pré-money.
Sur le plan juridique et comptable, l'opération se décompose ainsi : 2 500 € d'augmentation du capital social (2 500 actions × 1 € de nominal) et 997 500 € de prime d'émission (2 500 actions × 399 €). C'est la formule rappelée par l'administration : (valeur réelle − valeur nominale) × nombre de titres.
| Associé | Actions avant | % avant | Actions après | % après | Valeur au prix du tour |
|---|---|---|---|---|---|
| Fondatrice A | 5 000 | 50 % | 5 000 | 40 % | 2 000 000 € |
| Fondateur B | 5 000 | 50 % | 5 000 | 40 % | 2 000 000 € |
| Fonds d'amorçage | 0 | 0 % | 2 500 | 20 % | 1 000 000 € |
| Total | 10 000 | 100 % | 12 500 | 100 % | 5 000 000 € |
Dans une term sheet, la valorisation pré-money est presque toujours exprimée sur une base entièrement diluée (« fully diluted »). Cela signifie que le nombre d'actions retenu pour calculer le prix inclut non seulement les actions émises, mais aussi tous les titres qui donnent ou donneront accès au capital : BSPCE attribués ou réservés, BSA, actions gratuites, obligations convertibles, BSA AIR.
Plus la base est large, plus le prix par action est bas pour un même pré-money, et plus l'investisseur obtient d'actions. Reprenons Nuvia en supposant que 1 000 BSPCE ont déjà été attribués aux premiers salariés. Sur une base non diluée, le prix reste de 400 €. Sur une base entièrement diluée de 11 000 titres, il tombe à 4 000 000 / 11 000 ≈ 363,64 €, et le fonds reçoit environ 2 750 actions au lieu de 2 500.
Le choix de la base n'est pas un détail technique : il doit être rédigé sans ambiguïté dans la lettre d'intention. Notre guide pour décrypter et négocier une term sheet détaille les clauses à surveiller, dont celle-ci.
Les fonds demandent fréquemment la création d'un pool d'options (BSPCE ou BSA réservés aux futurs recrutements) avant leur entrée. Leur raisonnement est simple : ils veulent que la dilution liée aux embauches à venir soit supportée par les associés en place, pas par eux. On parle d'« option pool shuffle ».
Les fondateurs de Nuvia reçoivent cette fois l'offre suivante : 1 million d'euros sur 4 millions d'euros pré-money, à condition qu'un pool représentant 10 % du capital post-money soit créé dans le pré-money. Le post-money reste de 5 millions d'euros et le fonds obtient toujours 20 %. Mais le pool, lui aussi, est logé dans le pré-money.
Le chiffre affiché de 4 millions d'euros intègre donc 500 000 € de pool qui ne profitent pas aux fondateurs. Si le même pool avait été créé après le tour, la dilution aurait été partagée : les fondateurs détiendraient 80 % × 90 % = 72 % et le fonds 20 % × 90 % = 18 %.
| Hypothèse | Prix par action | Fondateurs | Investisseur | Pool | Pré-money effectif |
|---|---|---|---|---|---|
| Sans pool | 400 € | 80 % | 20 % | 0 % | 4,0 M€ |
| Pool créé dans le pré-money | 350 € | 70 % | 20 % | 10 % | 3,5 M€ |
| Pool créé après le tour | 400 € | 72 % | 18 % | 10 % | 4,0 M€ |
Négociez la taille du pool sur la base d'un plan de recrutement chiffré à 18 ou 24 mois, et non sur un pourcentage standard. Un pool surdimensionné rogne le pré-money des fondateurs, et les titres non attribués restent souvent inutilisés jusqu'au tour suivant, où la même discussion recommence.
Le régime fiscal des bons attribués à partir de ce pool, et le lien entre leur prix d'exercice et la valeur retenue lors du dernier tour, sont traités dans notre guide complet sur les BSPCE et leur fiscalité en 2026.
Les BSA AIR permettent de financer la société avant la fixation d'une valorisation. Au tour suivant, ils se convertissent en actions à un prix avantageux, grâce à une décote sur le prix du tour et, souvent, un plafond de valorisation (cap). Ces actions supplémentaires s'ajoutent au capital au moment même où entrent les nouveaux investisseurs : la question est de savoir si elles sont comprises dans le pré-money ou si elles viennent en plus.
Une startup deeptech, détenue par ses fondateurs via 10 000 actions, a levé 300 000 € en BSA AIR auprès de business angels, avec une décote de 20 % et un plafond de valorisation pré-money de 3 millions d'euros. Dix-huit mois plus tard, un fonds investit 1,5 million d'euros sur une valorisation pré-money de 5 millions d'euros, calculée sur les 10 000 actions existantes, la conversion venant en sus.
La valorisation post-money réelle est de 14 000 × 500 € = 7 millions d'euros, et non 6,5 millions d'euros (5 + 1,5) : les 300 000 € apportés en BSA AIR se convertissent en titres valant 500 000 € au prix du tour. Les fondateurs détiennent 71,4 %, les business angels 7,1 % et le fonds 21,4 %.
Si le fonds avait exigé que le pré-money de 5 millions d'euros inclue la conversion, le prix par action aurait été de 5 000 000 / 11 000 ≈ 454,55 €, avec un effet direct sur la dilution des fondateurs. Le mécanisme complet, avec ses variantes de rédaction, est détaillé dans notre article BSA AIR : fonctionnement, avantages et exemple chiffré.
Lister toutes les actions et tous les titres donnant accès au capital, attribués ou réservés.
Calculer la conversion des BSA AIR et convertibles selon décote et plafond.
Décider si le pool est créé dans le pré-money ou après le tour, et pour quelle taille.
Diviser le pré-money par la base convenue, puis le montant levé par ce prix.
Vérifier que levée / post-money égale bien le pourcentage annoncé dans la term sheet.
Pour une startup en amorçage, les méthodes patrimoniales ou fondées sur les résultats passés n'ont guère de sens : il n'y a ni bénéfices ni actifs significatifs. Les investisseurs combinent plutôt plusieurs approches, que nous présentons plus largement dans notre article comment valoriser une start-up.
Le fonds estime la valeur de la société à la sortie, puis la divise par le multiple de rendement qu'il vise sur son investissement. Il tient compte de la dilution des tours futurs, qui réduira sa part. Exemple : valeur de sortie estimée à 60 millions d'euros dans six ans, multiple visé de 10, dilution future estimée à 30 %.
Cette méthode explique pourquoi le pré-money proposé dépend autant du montant levé : plus le ticket est important pour un post-money cible donné, plus le pré-money diminue.
Pour une startup SaaS avec du revenu récurrent, la discussion s'appuie souvent sur un multiple de l'ARR, modulé par la croissance, la rétention nette, la marge brute et le niveau de consommation de trésorerie. Les comparables de transactions récentes dans le même secteur et au même stade servent de point d'ancrage, mais ils varient fortement selon le cycle du marché.
En pratique, beaucoup de tours se construisent à l'envers : la startup a besoin d'un montant précis pour financer 18 à 24 mois de runway, et le marché accepte une dilution habituelle par tour. Le pré-money découle alors de ces deux paramètres. C'est une raison supplémentaire pour arriver avec un besoin de financement justifié par un plan de trésorerie solide.
Le rapport entre la valorisation pré-money d'un nouveau tour et la valorisation post-money du tour précédent mesure la création de valeur entre les deux opérations. Un tour en hausse (« up round ») valorise les titres existants au-dessus du prix payé précédemment ; un tour à plat ou en baisse (« down round ») peut déclencher les clauses anti-dilution des investisseurs antérieurs.
Deux ans après son seed (post-money de 5 millions d'euros, 12 500 actions), Nuvia lève 6 millions d'euros sur une valorisation pré-money de 18 millions d'euros, sur une base de 12 500 actions sans nouveau pool pour simplifier.
Le fonds d'amorçage, dilué de 20 % à 15 %, voit la valeur de sa ligne passer de 1 à 3,6 millions d'euros. C'est ce multiple entre tours que les investisseurs suivent de près, et qui rend une valorisation initiale trop élevée risquée : elle rend plus difficile un tour suivant en hausse.
La valorisation négociée se traduit dans une augmentation de capital, encadrée par le Code de commerce. La fiche officielle Augmenter le capital social de la société rappelle les principales étapes, que nous résumons pour une SAS.
Le prix de souscription inscrit dans la décision traduit la valorisation pré-money. La documentation (procès-verbal, rapport du président, bulletins de souscription, pacte d'associés) doit être cohérente avec la term sheet et avec la table de capitalisation, qui devient le document de référence pour tous les tours suivants.
Une offre se compare sur quatre paramètres, toujours ensemble : la valorisation pré-money, la base de calcul, la taille et le placement du pool, et les droits attachés aux actions de préférence. Un pré-money plus élevé assorti d'un pool large et d'une préférence de liquidation multiple peut valoir moins qu'une offre plus modeste et plus propre.
Ces simulations prennent quelques heures lorsque la comptabilité et le juridique sont tenus à jour. Elles évitent des semaines de renégociation, et parfois une dilution que l'on découvre au closing.
La valorisation pré-money fixe le prix par action, la valorisation post-money le pourcentage des investisseurs. Entre les deux, la base de calcul, le pool d'options et la conversion des BSA AIR déterminent la dilution réelle des fondateurs. Avant de signer, modélisez chaque hypothèse, vérifiez que vos chiffres et ceux du fonds coïncident, et comparez les offres sur l'ensemble de leurs conditions.
Vous préparez un tour d'amorçage ou une série A ? Notre équipe vous accompagne de la modélisation de la table de capitalisation au closing : découvrez notre accompagnement des startups dans leurs levées de fonds.
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La valorisation pré-money est la valeur que les investisseurs reconnaissent à la société avant d'injecter leur argent. La valorisation post-money est cette même valeur augmentée des fonds levés. Si une startup est valorisée 4 millions d'euros pré-money et lève 1 million d'euros, sa valorisation post-money atteint 5 millions d'euros et l'investisseur détient 20 % du capital, soit son apport divisé par le post-money.
Divisez le montant investi par la valorisation post-money. Un investissement de 1,5 million d'euros dans une société valorisée 6 millions d'euros post-money donne 25 % du capital. Ce pourcentage n'est exact que si la base de calcul est clairement définie : actions existantes seules, ou capital entièrement dilué incluant BSPCE, BSA, pool d'options et conversion des BSA AIR. C'est cette base qui doit figurer noir sur blanc dans la term sheet.
Le prix par action se calcule à partir de la valorisation pré-money : on divise le pré-money par le nombre d'actions existantes avant l'opération, sur la base convenue (souvent entièrement diluée). Le nombre d'actions nouvelles est ensuite égal au montant levé divisé par ce prix. La différence entre ce prix et la valeur nominale constitue la prime d'émission, inscrite dans les capitaux propres.
Les investisseurs le demandent souvent, car ils ne veulent pas être dilués par les recrutements futurs. Si le pool est créé dans le pré-money, sa dilution pèse uniquement sur les associés historiques, ce qui réduit la valorisation pré-money effective. Le point se négocie : taille du pool calibrée sur un plan de recrutement réel, ou création d'une partie du pool après le tour.