Entrepreneuriat & croissance

Ce guide s’adresse aux fondateurs en phase de lancement. Pour un suivi sur mesure, découvrez notre accompagnement des startups en création et en amorçage.
Le BSA AIR est devenu l'outil de référence des startups françaises qui veulent lever quelques centaines de milliers d'euros vite, sans passer des semaines à négocier une valorisation qu'elles ne sont pas encore capables de justifier. Un business angel verse les fonds aujourd'hui, la startup les utilise immédiatement, et le prix auquel il deviendra actionnaire sera fixé plus tard, lors du prochain tour.
Derrière cette simplicité apparente se cachent pourtant des mécanismes qui pèsent lourd sur la dilution des fondateurs : décote, valorisation plafond, plancher, échéance. Mal calibrés, ils peuvent coûter plusieurs points de capital au moment de la série A. Ce guide vous donne la définition du BSA AIR, son fonctionnement juridique, ses avantages et ses limites, puis un exemple chiffré pas à pas avec quatre scénarios de conversion.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups et scale-ups, nous modélisons la conversion des BSA AIR dans la table de capitalisation de nos clients avant chaque signature : c'est cette méthode que nous partageons ici.
BSA AIR signifie bon de souscription d'actions « accord d'investissement rapide ». C'est un bon que l'investisseur achète à la société pour un prix égal au montant qu'il souhaite investir. Ce bon lui donne le droit de souscrire plus tard des actions nouvelles, à un prix d'exercice symbolique, en nombre déterminé par une formule convenue à l'avance.
L'instrument s'inspire du SAFE (Simple Agreement for Future Equity) popularisé dans la Silicon Valley par l'accélérateur Y Combinator. Il a été adapté au droit français par l'écosystème des startups parisiennes, notamment l'accélérateur The Family, afin de proposer un équivalent compatible avec le Code de commerce. Il n'existe pas de « statut légal » du BSA AIR : c'est une construction contractuelle qui repose sur le régime général des valeurs mobilières donnant accès au capital.
Le BSA AIR est un bon de souscription d'actions autonome. Il relève des articles L228-91 et suivants du Code de commerce, qui permettent aux sociétés par actions d'émettre des valeurs mobilières donnant accès au capital. L'article L228-92 prévoit que ces émissions sont autorisées par l'assemblée générale extraordinaire, sur rapport de l'organe de direction et sur le rapport spécial du commissaire aux comptes, et qu'elles ouvrent en principe un droit préférentiel de souscription aux actionnaires existants.
Dans une SAS, forme quasi universelle des startups, ces règles s'appliquent dans la mesure où elles sont compatibles avec le régime propre de la SAS (article L227-1 du Code de commerce). L'augmentation de capital fait partie des décisions que les associés doivent prendre collectivement, selon les modalités fixées par les statuts (article L227-9). Un BSA AIR ne peut donc jamais être signé par le seul président : il suppose une décision des associés en bonne et due forme.
Le BSA AIR n'est ni un prêt ni une action. L'investisseur ne perçoit aucun intérêt, n'a pas de droit au remboursement (sauf clause particulière) et ne détient ni droit de vote ni droit aux dividendes tant que ses bons ne sont pas exercés. Il parie sur la réussite du prochain tour : si la société échoue avant la conversion, il perd en pratique sa mise, exactement comme un actionnaire.
Le fonctionnement du BSA AIR se résume à une idée : payer aujourd'hui, fixer le prix demain. L'investisseur verse la totalité de son investissement lors de la souscription des bons. Ce montant constitue le prix d'émission des BSA. Lors de la conversion, il ne paie plus qu'un prix d'exercice très faible, généralement égal à la valeur nominale des actions reçues.
Montant, décote, valorisation plafond, plancher, échéance et événements de conversion sont fixés dans le contrat.
Décision collective des associés, souscription des bons et versement immédiat des fonds à la société.
L'investisseur détient des bons, pas des actions : pas de droit de vote, pas de dividende, la startup utilise le cash.
Au tour suivant (ou à l'échéance), les bons sont exercés pour un prix symbolique et donnent des actions au prix fixé par la formule.
Le contrat définit un événement de conversion, le plus souvent une augmentation de capital ultérieure d'un montant minimal (par exemple un tour d'amorçage d'au moins 1 million d'euros, chiffre purement contractuel). Lorsque cet événement survient, le prix par action payé par les nouveaux investisseurs sert de référence. Le porteur de BSA AIR exerce alors ses bons et reçoit un nombre d'actions égal à son investissement divisé par le prix de conversion.
D'autres événements sont généralement prévus : la cession de la société (l'investisseur convertit juste avant pour participer au prix de vente), une introduction en bourse ou une liquidation. Enfin, une date d'échéance fixe le moment où la conversion intervient même si aucun tour n'a eu lieu, sur la base d'une valorisation prédéfinie.
| Clause | Ce qu'elle prévoit | Qui elle protège |
|---|---|---|
| Décote | Réduction appliquée au prix par action du tour suivant (souvent 10 à 30 % selon la négociation) | L'investisseur, qui a pris le risque plus tôt |
| Valorisation plafond (cap) | Valorisation maximale servant au calcul du prix de conversion, quel que soit le tour suivant | L'investisseur, en cas de tour très valorisé |
| Valorisation plancher (floor) | Valorisation minimale en deçà de laquelle le prix de conversion ne peut pas descendre | Les fondateurs, en cas de tour décevant |
| Échéance | Date limite à laquelle la conversion intervient même sans nouveau tour, selon une formule prévue | Les deux parties : elle évite un instrument sans fin |
| Événements de conversion | Levée qualifiante, cession de la société, introduction en bourse, liquidation | Les deux parties : elle définit le déclencheur |
| Clause de la nation la plus favorisée | Si un BSA AIR ultérieur est émis à de meilleures conditions, l'investisseur en bénéficie | L'investisseur des premiers bons |
La décote récompense le risque pris par l'investisseur qui finance la société avant les autres. Si le tour suivant fixe le prix de l'action à 60 € et que la décote est de 20 %, le porteur de BSA AIR convertit à 48 €. Son niveau est purement négocié : plus le tour suivant est lointain et incertain, plus l'investisseur demandera une décote élevée.
Le cap est la clause la plus structurante. Il fixe une valorisation maximale pour le calcul de la conversion. Si votre tour suivant se fait à une valorisation très supérieure au cap, l'investisseur convertit au prix du cap et non au prix du tour diminué de la décote.
Un cap trop bas revient en pratique à avoir fixé une valorisation basse dès aujourd'hui, avec en prime l'incertitude. Avant d'accepter un cap, comparez-le avec la valorisation que vous pourriez raisonnablement obtenir dans une négociation en direct : c'est le seul vrai point de comparaison.
La valorisation plancher est la protection des fondateurs. Elle empêche que le prix de conversion descende sous un certain seuil si le tour suivant est décevant. Elle sert aussi souvent de base de conversion à l'échéance. Tous les BSA AIR n'en prévoient pas : son absence doit être un point d'attention pour vous.
L'échéance, librement fixée au contrat, évite que les bons restent indéfiniment en suspens. Une durée courte met une pression forte sur la levée suivante ; une durée longue laisse plus de marge mais inquiète l'investisseur. La clause de la nation la plus favorisée (MFN) garantit enfin aux premiers porteurs qu'ils bénéficieront des meilleures conditions consenties à des porteurs ultérieurs.
Prenons une startup SaaS B2B, « Clarity », éditrice d'un logiciel de gestion des notes de frais. Les deux fondateurs détiennent 100 000 actions d'une valeur nominale de 0,10 €. Après avoir signé leurs premiers clients pilotes, ils lèvent 400 000 € auprès de quatre business angels au moyen de BSA AIR, aux conditions suivantes :
Pour rester lisible, l'exemple calcule les prix par action sur les 100 000 actions des fondateurs, sans pool de BSPCE. Dans la réalité, la définition de la base de calcul (avant ou après conversion des BSA AIR, avec ou sans pool) est une clause à part entière, qui peut décaler sensiblement le résultat.
Quinze mois plus tard, un fonds d'amorçage investit 1 500 000 € sur la base d'une valorisation pré-money de 6 000 000 €. Le prix par action payé par le fonds est donc de 6 000 000 € / 100 000 = 60 €. Le porteur de BSA AIR compare deux prix : 48 € avec la décote, 40 € avec le cap. Il retient le plus favorable, 40 €.
Les business angels exercent leurs bons et versent seulement le prix d'exercice : 10 000 actions x 0,10 € = 1 000 €. Le fonds reçoit 1 500 000 € / 60 € = 25 000 actions. Le capital compte désormais 135 000 actions, et la valorisation post-money atteint 135 000 x 60 € = 8 100 000 €.
Les business angels ont investi 400 000 € et détiennent une participation valorisée 600 000 € au prix du tour : leur prise de risque est rémunérée de 50 % sur le papier, grâce au cap.
Scénario B, tour décevant à 3 M€ pré-money. Le prix du tour tombe à 30 €. Avec la décote, il ressort à 24 € ; le cap (40 €) ne joue pas et le plancher (20 €) n'est pas atteint. Les porteurs reçoivent 400 000 € / 24 € = 16 666 actions (les rompus étant arrondis à l'unité inférieure). Le fonds souscrit 50 000 actions à 30 €. Les fondateurs tombent à 60,00 %.
Scénario C, tour très valorisé à 12 M€ pré-money. Le prix du tour est de 120 € ; la décote donnerait 96 €, mais le cap ramène le prix de conversion à 40 €. Les porteurs reçoivent toujours 10 000 actions, et leur participation vaut 1 200 000 € au prix du tour. Le fonds ne reçoit que 12 500 actions : les fondateurs conservent 81,63 %.
Scénario D, aucun tour à l'échéance. Au bout de 24 mois, la conversion intervient sur la base du plancher de 2 000 000 €, soit 20 € par action : 400 000 € / 20 € = 20 000 actions. Les fondateurs détiennent 100 000 / 120 000 = 83,33 %, les business angels 16,67 %.
| Scénario | Prix du tour | Prix de conversion | Actions BSA AIR | Fondateurs | Porteurs BSA AIR | Nouvel investisseur |
|---|---|---|---|---|---|---|
| A. Tour à 6 M€ pré-money | 60 € | 40 € (plafond) | 10 000 | 74,07 % | 7,41 % | 18,52 % |
| B. Tour à 3 M€ pré-money | 30 € | 24 € (décote) | 16 666 | 60,00 % | 10,00 % | 30,00 % |
| C. Tour à 12 M€ pré-money | 120 € | 40 € (plafond) | 10 000 | 81,63 % | 8,16 % | 10,20 % |
| D. Aucun tour à l'échéance | — | 20 € (plancher) | 20 000 | 83,33 % | 16,67 % | — |
La lecture de ce tableau est instructive : c'est dans le scénario où tout se passe mal (scénario D) que les investisseurs détiennent le plus de capital, et dans le scénario du tour décevant (B) que la dilution totale des fondateurs est la plus forte. Le cap et le plancher ne sont donc pas des détails techniques, mais les véritables variables de négociation.
Le BSA AIR est aussi un excellent outil de financement relais (bridge) entre deux tours, par exemple pour prolonger le runway de quelques mois avant une série A. Il se négocie alors avec les investisseurs déjà présents, sur la base d'une term sheet simplifiée qui reprend les paramètres de conversion.
Comme le prix de conversion dépend d'un événement futur, le nombre d'actions à émettre est inconnu le jour de la signature. Beaucoup de fondateurs découvrent l'ampleur de la dilution au moment où le fonds de série A présente sa table de capitalisation post-money, qui intègre la conversion des bons, le nouveau tour et la création ou l'extension du pool de BSPCE.
Émettre un premier BSA AIR, puis un deuxième six mois plus tard avec un cap différent, puis un troisième en bridge : chaque émission semble modeste, mais l'ensemble converti peut représenter une part significative du capital.
Pour un business angel, le traitement fiscal de la souscription de bons et de leur exercice ultérieur n'est pas toujours identique à celui d'une souscription directe au capital, notamment pour l'accès aux réductions d'impôt liées à l'investissement dans les PME. Chaque investisseur doit faire vérifier sa situation avant de souscrire : c'est un argument que vos interlocuteurs soulèveront, et il vaut mieux l'avoir anticipé.
| Critère | BSA AIR | Augmentation de capital classique | Obligations convertibles |
|---|---|---|---|
| Valorisation à fixer | Non (cap et décote seulement) | Oui, immédiatement | Souvent non, selon la formule |
| Nature pour la société | Fonds propres en attente de conversion | Capital et prime d'émission | Dette jusqu'à la conversion |
| Intérêts | Aucun | Aucun | Oui, en général |
| Remboursement possible | Non, sauf clause spécifique | Non | Oui, si pas de conversion |
| Droits de vote de l'investisseur | Aucun avant conversion | Immédiats | Aucun avant conversion |
| Délai et coût de mise en place | Courts | Plus longs (valorisation, pacte) | Intermédiaires |
| Usage typique | Pré-seed, bridge entre deux tours | Seed, série A et au-delà | Bridge, investisseurs plus prudents |
En pratique, le BSA AIR convient très bien aux tickets de pré-amorçage et aux financements relais. Dès que le montant devient significatif, ou qu'un investisseur institutionnel exige des droits de gouvernance, l'augmentation de capital classique avec pacte d'associés reprend l'avantage. Les obligations convertibles restent pertinentes pour des investisseurs qui veulent une créance en cas d'échec de la conversion. Nous détaillons ce match dans notre comparatif obligations convertibles ou BSA AIR.
Sur le point 5, l'article L225-138 du Code de commerce encadre l'augmentation de capital réservée à des personnes nommément désignées : les bénéficiaires ne prennent pas part au vote et le quorum et la majorité sont calculés sans leurs actions. Lorsque l'émission repose sur ce texte, elle doit être réalisée dans un délai de dix-huit mois à compter de l'assemblée qui l'a décidée ou a voté la délégation. Ce point se cale avec votre conseil juridique au regard des statuts de la SAS.
Pensez enfin à articuler le BSA AIR avec vos instruments d'intéressement. Si vous prévoyez d'attribuer des BSPCE à vos premiers salariés, leur prix d'exercice et leur nombre dépendront de la valorisation retenue, ce qui rend utile notre guide sur les BSPCE et leur fiscalité en 2026.
Une table de capitalisation tenue selon les bonnes pratiques est le meilleur rempart contre la plupart de ces erreurs : elle oblige à formaliser chaque hypothèse de conversion et à la partager avec vos associés.
Enfin, n'oubliez pas qu'au moment de la conversion les porteurs de BSA AIR deviennent des associés à part entière. Leur adhésion au pacte d’associés doit être prévue dans le contrat d'émission, faute de quoi vous devrez négocier individuellement avec chacun d'eux à un moment où le calendrier de la levée est déjà serré.
Le BSA AIR permet de lever rapidement des fonds propres sans fixer de valorisation, avec un formalisme allégé et sans dette. Mais sa simplicité est trompeuse : la décote, le cap, le plancher, l'échéance et la base de calcul déterminent la dilution réelle des fondateurs, qui ne se révèle qu'au tour suivant. Notre exemple chiffré le montre : pour un même investissement de 400 000 €, la part des porteurs varie du simple au double selon le scénario.
La règle d'or est donc de modéliser avant de signer : table de capitalisation entièrement diluée, plusieurs hypothèses de valorisation, articulation avec le pool de BSPCE et le prochain tour. C'est exactement ce que nous faisons pour les fondateurs que nous accompagnons.
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Un BSA AIR est un bon de souscription d'actions qu'un investisseur achète à une startup pour le montant qu'il souhaite investir. Il lui donne le droit de recevoir plus tard des actions nouvelles, à un prix fixé lors du prochain tour de financement, généralement avec une décote et dans la limite d'une valorisation plafond. Les fonds sont disponibles immédiatement, sans valorisation à négocier.
Non. Le BSA AIR ne porte pas d'intérêts et ne prévoit pas, sauf clause particulière, de remboursement à l'échéance. L'investisseur prend un risque d'actionnaire : si la société échoue avant la conversion, il perd en pratique son investissement. C'est sa principale différence avec les obligations convertibles, qui restent des créances jusqu'à leur conversion en actions.
Les associés. Le Code de commerce soumet l'émission de valeurs mobilières donnant accès au capital à une décision de l'assemblée générale extraordinaire, et l'augmentation de capital figure parmi les décisions collectives obligatoires de la SAS. Le président ne peut pas émettre seul des BSA AIR : il faut une décision collective conforme aux statuts, accompagnée des rapports requis.
Divisez le montant investi par le prix de conversion. Ce prix est le plus bas entre le prix du tour diminué de la décote et le prix issu de la valorisation plafond, éventuellement borné par un plancher. Exemple : 400 000 € investis, prix du tour 60 €, décote de 20 % (48 €), cap donnant 40 € : l'investisseur reçoit 10 000 actions.