Entrepreneuriat & croissance

Ce guide s’adresse aux fondateurs en phase de lancement. Pour un suivi sur mesure, découvrez notre accompagnement des startups en création et en amorçage.
Les obligations convertibles et les BSA AIR répondent au même problème : faire entrer de l'argent dans une startup avant d'avoir fixé sa valorisation. Entre deux tours, quand le seed est consommé plus vite que prévu ou qu'un business angel veut entrer tout de suite, discuter d'un prix par action peut prendre des semaines et coûter la négociation suivante. Ces instruments reportent la question à la prochaine levée.
Sous un nom proche, les deux outils n'ont pourtant ni la même nature juridique, ni le même impact au bilan, ni le même risque pour les fondateurs. L'un est une dette qui peut devoir être remboursée, l'autre un bon de souscription qui ne l'est jamais. Ce guide détaille leur fonctionnement, les formalités en SAS, la fiscalité, un cas chiffré complet et une méthode pour choisir.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups, nous voyons régulièrement des fondateurs signer un convertible sans avoir simulé ce qu'il produira sur leur table de capitalisation. Les sections qui suivent servent précisément à éviter cette situation.
Une obligation convertible en actions (OC ou OCA) est un titre de créance : l'investisseur prête une somme à la société, qui lui verse des intérêts et doit le rembourser à l'échéance. Sa particularité est d'offrir au porteur, ou d'imposer selon le contrat, la transformation de cette créance en actions nouvelles lors d'un événement défini, en général la prochaine levée de fonds.
Dans l'univers startup, l'obligation convertible sert rarement de financement par la dette au sens strict. Les parties espèrent que la conversion aura lieu : l'investisseur devient associé à un prix avantageux, et la créance disparaît du passif. Le remboursement n'est qu'un filet de sécurité pour le prêteur, mais un filet qui pèse sur la trésorerie de la société.
Les obligations convertibles relèvent de deux blocs du Code de commerce. Comme obligations, elles suivent les règles des articles L228-38 et suivants : définition par renvoi au Code monétaire et financier, conditions préalables à l'émission, regroupement des porteurs en masse. Comme valeurs mobilières donnant accès au capital, elles relèvent aussi des articles L228-91 à L228-106, qui organisent leur autorisation et protègent les porteurs pendant la vie du titre.
L'article L228-91 précise un point souvent oublié : des titres de capital ne peuvent pas être convertis en titres de créance, toute clause contraire étant réputée non écrite. La conversion fonctionne donc dans un seul sens, de la dette vers le capital.
Le vocabulaire mélange souvent des pratiques américaines et des outils français. La convertible note est l'équivalent anglo-saxon de l'obligation convertible : un prêt de courte durée, porteur d'intérêts, converti au tour suivant avec décote et plafond. Le SAFE (Simple Agreement for Future Equity), popularisé par l'accélérateur Y Combinator, a supprimé l'intérêt et l'échéance pour ne conserver que le droit futur à des actions.
Le droit français ne permet pas de transposer un SAFE tel quel : une société ne peut émettre que des catégories de titres prévues par la loi. Le marché a donc construit le BSA AIR (bon de souscription d'actions « accord d'investissement rapide ») sur la base des bons de souscription d'actions, qui sont des valeurs mobilières donnant accès au capital au sens de l'article L228-91. L'investisseur paie le bon à un prix proche du montant de son investissement, puis l'exerce pour un prix symbolique lors du tour suivant.
Le BSA AIR n'a pas de définition légale propre : ses caractéristiques résultent du contrat d'émission. Pour un focus détaillé sur son mécanisme, vous pouvez consulter notre article sur le fonctionnement et l'exemple chiffré du BSA AIR.
La différence fondamentale tient à une question simple : que se passe-t-il si la levée suivante n'a jamais lieu ? Avec une obligation convertible, la société doit rembourser. Avec un BSA AIR, le prix payé est acquis à la société et le contrat prévoit généralement une conversion forcée à une valorisation plancher. Toutes les autres différences en découlent.
| Critère | Obligations convertibles (OC) | BSA AIR |
|---|---|---|
| Nature juridique | Titre de créance donnant accès au capital | Bon de souscription d'actions (valeur mobilière donnant accès au capital) |
| Au bilan de la startup | Dette jusqu'à conversion ou remboursement | Pas de dette : le prix de souscription n'est pas remboursable |
| Rémunération de l'investisseur | Intérêts (souvent capitalisés et convertis) + éventuelle décote | Décote et/ou plafond de valorisation, sans intérêts |
| Échéance | Date de remboursement obligatoire si pas de conversion | Date butoir de conversion, souvent à un prix plancher |
| Risque pour les fondateurs | Remboursement à financer si la levée échoue | Dilution au prix plancher si la levée échoue |
| Protection de l'investisseur | Créancier, regroupé dans une masse (art. L228-103) | Futur associé, sans créance à faire valoir |
| Fiscalité pour la startup | Intérêts déductibles dans les limites légales | Pas de charge financière |
| Profil d'investisseur type | Fonds, actionnaires existants, family offices prudents | Business angels, fonds d'amorçage, accélérateurs |
Les deux instruments sont des valeurs mobilières donnant accès au capital : ils obéissent au même socle d'autorisation et à la même protection des porteurs. L'article L228-98 interdit par exemple à la société, après l'émission, de changer de forme ou d'objet ou de modifier la répartition de ses bénéfices sans autorisation, et l'article L228-99 impose de préserver les droits des porteurs lors de certaines opérations sur le capital. Ces contraintes s'ajoutent à celles du pacte d'associés et de la term sheet de votre levée de fonds.
La très grande majorité des startups françaises sont des SAS. L'article L227-1 du Code de commerce y rend applicables les règles des sociétés anonymes dans la mesure où elles sont compatibles, les attributions du conseil d'administration étant exercées par le président. L'article L227-9 réserve aux associés, statuant collectivement, les décisions qui relèvent des assemblées de SA, notamment l'augmentation du capital.
L'article L228-92 prévoit que les émissions de valeurs mobilières donnant accès à des titres de capital à émettre sont autorisées par l'assemblée générale extraordinaire, statuant sur le rapport de l'organe de direction et sur le rapport spécial du commissaire aux comptes. Une startup qui n'a pas de commissaire aux comptes doit donc en mandater un pour l'opération, ce qui se prévoit dans le calendrier.
Lorsque l'émission est réservée à un ou plusieurs investisseurs nommément désignés, les associés suppriment le droit préférentiel de souscription en application de l'article L225-138. Les bénéficiaires ne prennent pas part au vote, le prix ou ses modalités de fixation sont arrêtés sur rapport du commissaire aux comptes, et l'émission doit être réalisée dans un délai de 18 mois. Si les associés délèguent leur compétence au président, la délégation ne peut excéder 26 mois (article L225-129-2).
L'article L228-39 ajoute deux conditions spécifiques à toute émission d'obligations. D'abord, une société qui n'a pas encore établi deux bilans régulièrement approuvés doit faire vérifier son actif et son passif par des commissaires avant l'émission, à peine de nullité. Ensuite, l'émission est interdite tant que le capital n'est pas intégralement libéré. Une jeune startup créée avec un capital partiellement libéré doit régulariser ce point avant d'émettre des OC.
Ces deux conditions ne s'appliquent pas au BSA AIR, qui n'est pas une obligation. C'est l'une des raisons pratiques pour lesquelles le BSA AIR domine les tours d'amorçage des sociétés de moins de deux ans.
Les porteurs d'obligations d'une même émission sont groupés de plein droit en une masse dotée de la personnalité civile (article L228-46), représentée par un ou plusieurs mandataires (article L228-47). L'article L228-103 étend cette logique aux porteurs de valeurs mobilières donnant accès au capital, y compris les obligations destinées à être converties : toute modification du contrat d'émission suppose l'accord de leur assemblée. Prévoyez la désignation du représentant de la masse dès le contrat.
Les obligations convertibles sont comptabilisées en emprunts obligataires, au passif, jusqu'à leur conversion. Les intérêts courus, même capitalisés, constituent une charge financière de chaque exercice. Lors de la conversion, la dette est éteinte en contrepartie du capital social et de la prime d'émission : l'opération ne génère aucun flux de trésorerie, mais transforme une dette en fonds propres.
Pour le BSA AIR, le prix de souscription des bons est acquis à la société et n'a pas vocation à être remboursé. Son classement précis (capitaux propres ou autres fonds propres) et l'information à donner en annexe se décident avec votre expert-comptable et votre commissaire aux comptes, en fonction des clauses du contrat. L'enjeu est réel : un classement en fonds propres améliore la présentation du bilan et le calcul de certains ratios.
Les intérêts d'une OC sont en principe déductibles du résultat imposable, dans les limites générales. Lorsque le prêteur est une entreprise liée, l'article 212 du CGI plafonne la déduction au taux prévu au 3° du 1 de l'article 39, sauf à démontrer qu'un établissement financier indépendant aurait consenti un taux supérieur. Au-delà, l'article 212 bis limite les charges financières nettes déductibles au plus élevé de 3 millions d'euros ou de 30 % du résultat fiscal retraité, un plafond rarement atteint en amorçage.
Pour une startup déficitaire, la déduction des intérêts accroît surtout le déficit reportable. L'avantage fiscal immédiat est donc limité, alors que le coût en actions supplémentaires à la conversion est bien réel : c'est un argument fréquent en faveur du BSA AIR.
Pour une personne physique, les intérêts d'OC sont des revenus de capitaux mobiliers soumis à l'impôt l'année de leur perception ou de leur inscription en compte, selon les modalités du contrat. Les actions reçues à la conversion ou à l'exercice du bon ont ensuite leur propre régime de plus-value. Les dispositifs de réduction d'impôt pour souscription au capital de PME posent des conditions spécifiques : faites vérifier l'éligibilité de l'instrument choisi avant de la promettre à un business angel.
Prenons Nuvia, startup SaaS B2B dont le capital est composé de 1 000 000 d'actions détenues par ses deux fondateurs. Pour financer douze mois de runway supplémentaires, Nuvia lève 500 000 € auprès d'un business angel. Deux options sont sur la table, avec les mêmes conditions de conversion : décote de 20 % sur le prix de la série A et plafond de valorisation pré-money de 6 000 000 €.
Dix-huit mois plus tard, un fonds investit 4 000 000 € en série A sur une valorisation pré-money de 10 000 000 €, soit un prix de 10 € par action. Le fonds reçoit 400 000 actions nouvelles. Pour simplifier, le calcul ignore les BSPCE et la question de l'assiette « fully diluted », qui doit pourtant être définie dans le contrat.
Le prix avec décote ressort à 10 € × 0,80 = 8 €. Le prix issu du plafond est de 6 000 000 € ÷ 1 000 000 actions = 6 €. Le contrat retient le prix le plus favorable à l'investisseur, soit 6 €. Le plafond est ici déterminant, car la série A s'est faite à une valorisation bien supérieure.
Sans plafond, la décote seule aurait donné 62 500 actions : le plafond transfère ici 20 833 actions supplémentaires à l'investisseur.
En BSA AIR, l'investisseur reçoit 500 000 € ÷ 6 € = 83 333 actions. En OC, il convertit le principal et les intérêts courus : 500 000 € × 6 % × 1,5 an = 45 000 € d'intérêts, soit 545 000 € convertis, ce qui donne 545 000 € ÷ 6 € = 90 833 actions. L'écart de 7 500 actions est le coût réel des intérêts pour les fondateurs.
| Associés | Scénario BSA AIR | Scénario OC (6 %, 18 mois) |
|---|---|---|
| Fondateurs | 1 000 000 actions (67,4 %) | 1 000 000 actions (67,1 %) |
| Investisseur d'amorçage | 83 333 actions (5,6 %) | 90 833 actions (6,1 %) |
| Fonds de série A | 400 000 actions (27,0 %) | 400 000 actions (26,8 %) |
| Total | 1 483 333 actions | 1 490 833 actions |
| Valeur de la ligne d'amorçage au prix de série A | 833 330 € | 908 330 € |
La différence entre les deux options paraît modeste : 0,3 point de capital pour les fondateurs. Elle change pourtant de nature si la levée tarde. Si la série A n'intervient qu'au bout de trente mois, les intérêts atteignent 75 000 € et, si aucune levée n'a lieu avant l'échéance, Nuvia doit rembourser 500 000 € plus les intérêts, une somme qui correspond peut-être à plusieurs mois de masse salariale.
Avant de signer, intégrez donc chaque scénario dans votre plan de trésorerie et votre suivi de cash burn et de runway. La bonne question n'est pas « combien d'actions dans le meilleur cas », mais « que doit-on à qui dans le pire cas ».
Un instrument convertible est conçu pour un tour qui arrive. S'il n'arrive pas, tout dépend de la clause de sortie : une obligation convertible devient une dette exigible à son échéance, alors qu'un BSA AIR prévoit en général une conversion automatique à un prix plancher. Simulez ce scénario sur votre plan de trésorerie avant de signer.
Le choix dépend moins d'une supériorité théorique que de trois variables : le profil de l'investisseur, la solidité de votre trésorerie et l'horizon du tour suivant. Un business angel qui accompagne un pré-seed acceptera généralement un BSA AIR. Un fonds ou un actionnaire existant qui finance un pont avant une série A demandera souvent la protection d'une créance.
Si votre besoin est surtout de financer la croissance sans dilution, l'outil n'est peut-être ni l'un ni l'autre : la venture debt se rembourse sans conversion et peut compléter un tour en fonds propres.
Les obligations convertibles comme les BSA AIR valent ce que vaut leur contrat. Quelques clauses déterminent l'essentiel de l'économie de l'opération, et ce sont celles que les fondateurs survolent le plus souvent.
| Clause | Ce qu'elle règle | Réflexe fondateur |
|---|---|---|
| Plafond de valorisation (cap) | Valorisation maximale servant au calcul de la conversion | Le fixer au niveau d'un tour réaliste, pas d'un tour rêvé |
| Décote | Réduction sur le prix du tour suivant | Choisir décote ou plafond, rarement les deux au maximum |
| Plancher (floor) | Valorisation minimale en cas de conversion forcée | Le prévoir pour éviter une conversion à vil prix |
| Événement déclencheur | Montant minimal du tour qualifiant, cession, introduction en bourse | Un seuil trop haut bloque la conversion |
| Taux d'intérêt (OC) | Rémunération du prêt et mode de paiement | Privilégier les intérêts capitalisés et convertibles |
| Échéance | Date de remboursement (OC) ou de conversion automatique (BSA AIR) | Laisser au moins une fenêtre de 18 à 24 mois |
| Droits d'information | Reporting dû aux porteurs avant conversion | Aligner sur votre reporting mensuel existant |
Cette discipline documentaire servira aussi lors de la due diligence du tour suivant. Notre guide juridique de la levée de fonds startup détaille les pièces que les investisseurs examineront.
Les obligations convertibles donnent à l'investisseur la sécurité d'une créance et à la société une charge d'intérêts déductible, au prix d'une dette au bilan et d'un remboursement possible. Le BSA AIR supprime ce risque de remboursement mais transfère le risque de valorisation sur les fondateurs, via le plancher. Dans les deux cas, ce sont le plafond, la décote, l'échéance et l'assiette de calcul qui font l'économie réelle de l'opération.
Retenez trois réflexes : simuler la table de capitalisation sous plusieurs scénarios, vérifier les conditions légales avant d'émettre (capital libéré, bilans approuvés, rapport du commissaire aux comptes), et aligner l'instrument sur votre trésorerie plutôt que sur l'habitude de l'investisseur.
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Une obligation convertible est une dette jusqu'à sa conversion. Elle figure au passif parmi les emprunts obligataires et ses intérêts sont une charge financière. Ce n'est qu'au moment de la conversion que la créance est éteinte et remplacée par du capital et une prime d'émission. Si la conversion n'a pas lieu, la société doit rembourser le principal et les intérêts à l'échéance prévue par le contrat.
La convertible note est la pratique anglo-saxonne d'un prêt de courte durée converti en actions au tour suivant, avec décote et plafond. En France, son équivalent juridique est l'obligation convertible en actions, encadrée par le Code de commerce : autorisation des associés, rapport spécial du commissaire aux comptes, masse des porteurs. Le principe économique est identique, mais le formalisme est plus lourd.
Oui. Les règles des sociétés anonymes s'appliquent à la SAS lorsqu'elles sont compatibles (article L227-1). L'émission est autorisée par décision collective des associés sur rapport du président et rapport spécial du commissaire aux comptes. Si la SAS n'a pas deux bilans approuvés, son actif et son passif doivent être vérifiés, et son capital doit être intégralement libéré (article L228-39).
Non, c'est sa principale différence avec l'obligation convertible. Le prix payé pour les bons est acquis à la société. Le contrat prévoit généralement qu'en l'absence de levée à la date butoir, les bons sont exercés automatiquement à une valorisation plancher. L'investisseur devient alors associé à ce prix, ce qui peut diluer fortement les fondateurs si le plancher est bas.