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La propriété intellectuelle est souvent le premier actif d'une startup, et parfois le seul. Avant le chiffre d'affaires, avant les immobilisations, il y a un code source, un procédé, un nom de marque, des données et un savoir-faire. Pourtant, au moment d'une levée de fonds ou d'une cession, beaucoup de fondateurs découvrent que ces actifs ne sont pas juridiquement détenus par leur société, ou qu'ils ne sont protégés par aucun titre.
Ce guide vous donne une méthode complète pour protéger et valoriser les actifs de votre startup : quel outil pour quel actif (brevet, marque, droit d'auteur, secret), comment régulariser la chaîne des droits avec les fondateurs, salariés et freelances, ce que vérifie un investisseur en due diligence, et comment tirer parti de la fiscalité de l'innovation, IP box en tête, avec un cas chiffré pas à pas.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups et entreprises innovantes, nous voyons régulièrement des tours de table retardés de plusieurs semaines pour une cession de droits oubliée. La bonne nouvelle : une stratégie PI solide coûte peu quand elle est construite tôt.
Une startup en amorçage vend une promesse : celle qu'une technologie ou un produit lui donnera un avantage concurrentiel durable. Pour un investisseur, la propriété intellectuelle est ce qui transforme cette promesse en actif défendable. Sans droits clairs, un concurrent bien financé peut reproduire le produit, et un ancien associé peut revendiquer une partie du code.
La PI intervient à trois moments clés de la vie d'une startup :
La méthode de valorisation retenue (multiples, DCF, méthode VC) ne change rien à ce constat : un actif incorporel mal sécurisé est décoté. Pour approfondir le lien entre actifs immatériels et prix, consultez notre article sur les enjeux juridiques de la valorisation d'une start-up.
La propriété intellectuelle regroupe deux familles : la propriété industrielle (brevets, marques, dessins et modèles), qui suppose en principe un dépôt, et la propriété littéraire et artistique (droit d'auteur), qui naît de la seule création. S'y ajoute le secret des affaires, qui n'est pas un droit de propriété au sens strict mais protège efficacement le savoir-faire.
| Actif | Ce qui est protégé | Comment naît la protection | Durée | Coût de base (INPI, 2026) |
|---|---|---|---|---|
| Brevet | Une invention technique nouvelle, inventive et susceptible d'application industrielle | Dépôt et délivrance par l'INPI | 20 ans maximum, sous réserve des annuités | 26 € de dépôt + 520 € de recherche (réduction de 50 % pour les PME) |
| Marque | Le nom, le logo, le signe distinctif pour des produits et services désignés | Dépôt et enregistrement | 10 ans, renouvelable indéfiniment | 190 € pour une classe + 40 € par classe supplémentaire |
| Dessin et modèle | L'apparence d'un produit, d'une interface, d'un objet | Dépôt | 5 ans, renouvelable jusqu'à 25 ans | Voir la grille de redevances INPI |
| Logiciel | Le code source et la documentation (forme, pas l'idée) | Droit d'auteur, dès la création, sans formalité | 70 ans après le décès de l'auteur | Aucun dépôt obligatoire ; preuve de date recommandée |
| Secret des affaires | Savoir-faire, données, algorithmes, procédés non divulgués | Mesures de protection raisonnables | Tant que le secret est préservé | Coût interne (contrats, sécurité) |
Le brevet confère un monopole d'exploitation sur une invention, en France, pour une durée de 20 ans maximum, à condition de payer les annuités chaque année. En contrepartie, l'invention est rendue publique : la demande de brevet français est publiée 18 mois après le dépôt.
Selon l'INPI, une invention doit cumulativement être nouvelle, impliquer une activité inventive et être susceptible d'application industrielle. Sont notamment exclues les idées abstraites, les méthodes mathématiques, les méthodes de gestion ou les règles de jeu, et les programmes d'ordinateur pris isolément.
Pour une startup logicielle, cela signifie que le code lui-même n'est pas brevetable, mais qu'un procédé technique mettant en œuvre un logiciel peut l'être s'il apporte une contribution technique nouvelle. Une méthode de compression, un système de traitement de signal ou un dispositif de contrôle industriel piloté par logiciel entrent dans cette logique ; une simple fonctionnalité métier, non.
La nouveauté s'apprécie à la date de dépôt. Toute divulgation antérieure, y compris par l'inventeur lui-même, détruit la nouveauté : une publication scientifique, un pitch détaillé devant un public, une démonstration en salon, un article de blog technique. Un fondateur qui présente le fonctionnement de son invention lors d'un concours de startups avant d'avoir déposé peut perdre la possibilité de la breveter.
Trois réflexes s'imposent : faire signer des accords de confidentialité avant toute discussion technique avec un partenaire, dater ses avancées (cahier de laboratoire, e-Soleau, qui constitue une preuve de date mais pas un titre), et envisager une demande provisoire de brevet.
La demande provisoire de brevet permet de sécuriser rapidement une date de dépôt pour un coût minime : 26 €, ou 13 € avec la réduction de 50 % réservée notamment aux PME de moins de 250 salariés. Vous disposez ensuite de 12 mois pour la mettre en conformité (ajout des revendications et de l'abrégé, paiement de la redevance de recherche) ou la transformer en certificat d'utilité. Elle ouvre aussi un droit de priorité de 12 mois pour étendre la protection à l'étranger.
D'après la grille de redevances de l’INPI, un dépôt de brevet coûte 26 € de redevance de dépôt et 520 € de redevance de recherche, plus 42 € par revendication au-delà de la dixième et 90 € de redevance de délivrance, payable environ 24 mois après le dépôt. Les personnes physiques, les PME de moins de 250 salariés (dont le capital n'est pas détenu à plus de 25 % par des entités ne remplissant pas ces critères) et certains organismes de recherche bénéficient d'une réduction de 50 % sur les principales redevances, à demander au moment du dépôt.
Ces redevances ne représentent qu'une partie du budget : la rédaction des revendications par un conseil en propriété industrielle, les annuités et l'extension internationale (brevet européen, PCT) constituent le coût réel. Pour une deeptech, ce budget doit figurer dans le prévisionnel présenté aux investisseurs.
La marque protège un signe distinctif pour des produits et services précisément désignés, répartis en classes. Elle est protégée en France pendant 10 ans à compter du dépôt, renouvelable indéfiniment par périodes de 10 ans.
Selon la page de l’INPI consacrée au coût d’une marque, le dépôt électronique coûte 190 € pour une classe, puis 40 € par classe supplémentaire. Une startup SaaS dépose typiquement en classe 9 (logiciels), 42 (services informatiques, SaaS) et parfois 35 ou 36 selon son activité.
Le logiciel est protégé par le droit d'auteur, dès sa création et sans formalité, à condition d'être original. L'INPI rappelle que le droit d'auteur protège le code source, tandis que le brevet protège, le cas échéant, l'ensemble technique qui inclut le logiciel. Les droits patrimoniaux durent jusqu'à 70 ans après le décès de l'auteur. Le vrai sujet, pour une startup, n'est donc pas la durée : c'est de savoir qui est titulaire des droits.
L'article L113-9 du code de la propriété intellectuelle prévoit que, sauf dispositions statutaires ou stipulations contraires, les droits patrimoniaux sur les logiciels et leur documentation créés par des employés dans l'exercice de leurs fonctions ou d'après les instructions de l'employeur sont dévolus à l'employeur. C'est protecteur pour la startup, à deux conditions : un vrai contrat de travail et une création qui relève des fonctions du salarié.
Pour les inventions brevetables, le régime est différent : l'article L611-7 du même code distingue les inventions de mission, qui appartiennent à l'employeur et peuvent ouvrir droit à une rémunération supplémentaire, et les inventions hors mission attribuables, que l'employeur peut se faire attribuer moyennant un juste prix. Tout accord sur une invention de salarié doit être constaté par écrit, à peine de nullité.
La dévolution automatique ne s'applique pas aux prestataires. Un développeur freelance, une agence ou un CTO de transition qui a écrit une partie du code en reste l'auteur et le titulaire tant qu'il n'a pas cédé ses droits. Or l'article L131-3 du code de la propriété intellectuelle impose que chacun des droits cédés fasse l'objet d'une mention distincte dans l'acte et que le domaine d'exploitation soit délimité quant à son étendue, sa destination, son lieu et sa durée. Une clause vague du type « tous droits cédés » est fragile.
Le code écrit par les fondateurs avant la création de la société, ou en dehors de tout contrat avec elle, n'appartient pas automatiquement à la startup. Sans acte d'apport ou de cession, c'est un fondateur qui en reste titulaire. C'est l'une des premières questions posées par les avocats des fonds en due diligence.
Deux solutions existent : l'apport en nature des droits au capital, qui suppose une évaluation de l'apport selon les règles applicables à votre forme sociale, ou la cession à la société, à un prix qui peut être symbolique au démarrage mais doit rester justifiable. Le choix a des conséquences fiscales pour le fondateur et en matière de répartition du capital : il se prépare avec votre expert-comptable avant le premier tour.
Tout ne se brevette pas, et tout ne doit pas être breveté. Un algorithme de scoring, des paramètres d'entraînement d'un modèle d'IA, un jeu de données propriétaire ou une recette de fabrication peuvent avoir plus de valeur s'ils restent secrets, puisque le brevet impose la publication de l'invention.
L'article L151-1 du code de commerce protège au titre du secret des affaires une information qui remplit trois critères : elle n'est pas généralement connue ou aisément accessible pour les professionnels du secteur, elle revêt une valeur commerciale, effective ou potentielle, du fait de son caractère secret, et elle fait l'objet de mesures de protection raisonnables.
Ce dernier critère est celui qui fait défaut dans la plupart des startups. Concrètement, il suppose :
Lors d'une due diligence, l'investisseur ou l'acquéreur cherche à répondre à une question simple : la société détient-elle, sans contestation possible, les droits sur ce qui fait sa valeur ? La revue PI s'articule avec l'audit technique : notre guide sur la préparation de la technical due diligence détaille le volet code et architecture.
Lister brevets, marques, noms de domaine, dépôts de code, bases de données, savoir-faire.
Pour chaque actif : qui l'a créé, quand, sous quel contrat (fondateur, salarié, freelance, labo).
Signer les cessions manquantes, apporter ou céder les actifs détenus par les fondateurs.
Marque avant tout lancement public, brevet avant toute divulgation de l'invention.
Recenser les licences des composants et vérifier leur compatibilité avec le modèle commercial.
Classer contrats, preuves de date et registres dans la data room.
Une data room bien structurée raccourcit significativement la phase de vérification. Pour l'organiser, appuyez-vous sur notre méthode de préparation de la data room pour la due diligence.
Valoriser la PI, c'est à la fois la faire apparaître correctement dans les comptes, en tirer des revenus (licences, cessions) et optimiser leur imposition. Trois leviers se combinent.
Un brevet, une marque ou un logiciel acquis auprès d'un tiers ou apporté par un fondateur s'inscrit en immobilisation incorporelle, à son coût d'acquisition ou à sa valeur d'apport. Les frais de développement engagés en interne peuvent être immobilisés lorsqu'ils remplissent les conditions prévues par le plan comptable général (faisabilité technique, intention et capacité d'achever et d'utiliser ou vendre le projet, avantages économiques futurs probables, évaluation fiable). Les marques générées en interne, en revanche, ne s'activent pas.
L'article 238 du code général des impôts permet aux entreprises soumises à un régime réel d'opter pour une imposition séparée du résultat net tiré de la concession de licences, de la sous-concession ou, sous conditions, de la cession de certains actifs : brevets et certificats assimilés, certificats d'obtention végétale, logiciels protégés par le droit d'auteur et certains procédés de fabrication industriels. Ce résultat est imposé au taux de 10 % prévu à l'article 219 du même code, contre 25 % au taux normal de l'impôt sur les sociétés.
Le résultat net correspond aux revenus de l'actif diminués des dépenses de R&D directement liées engagées au cours de l'exercice. Il est ensuite multiplié par un ratio nexus : au numérateur, les dépenses de R&D réalisées par l'entreprise ou confiées à des entreprises sans lien de dépendance, retenues pour 130 % de leur montant ; au dénominateur, l'ensemble des dépenses de R&D et d'acquisition liées à l'actif. Le rapport est plafonné à 100 %. L'option se formule actif par actif.
Cas pratique. Une startup SaaS B2B, bénéficiaire, concède sous licence son moteur logiciel à un intégrateur et perçoit 400 000 € de redevances. Les dépenses de R&D directement liées à ce logiciel sur l'exercice s'élèvent à 150 000 €. Depuis l'origine, elle a engagé 200 000 € de R&D en interne et racheté 125 000 € de briques logicielles à un tiers, soit 325 000 € de dépenses totales liées à l'actif.
Les 50 000 € de résultat net non couverts par le ratio restent imposés dans les conditions de droit commun.
Le régime suppose un suivi analytique rigoureux des dépenses par actif et une annexe de calcul jointe à la déclaration de résultat. Nous détaillons ses conditions dans notre article sur l'IP box et l'imposition à 10 % des revenus de logiciels et brevets.
Dans la version de l'article 244 quater B du code général des impôts en vigueur en 2026, les frais de prise et de maintenance de brevets ne figurent plus dans la liste des dépenses de recherche du crédit d'impôt recherche. Pour les PME, ils restent éligibles au titre des dépenses d'innovation lorsqu'ils se rapportent à des opérations de conception de prototypes ou d'installations pilotes de nouveaux produits, de même que les frais de défense des brevets, dans la limite de 400 000 € de dépenses par an, ce régime s'appliquant jusqu'au 31 décembre 2027. Pour vérifier votre éligibilité, consultez notre guide du crédit d'impôt innovation.
Prenons une startup deeptech de 6 salariés, éligible au tarif réduit PME, qui veut protéger son nom et sécuriser la date de son invention avant une levée de seed. Elle dépose une marque française dans 3 classes et une demande provisoire de brevet, qu'elle met en conformité dans les 12 mois.
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Marque française, 3 classes (logiciel, SaaS, conseil) | 190 € + 2 × 40 € | 270 € |
| Demande provisoire de brevet (tarif réduit PME) | 13 € | 13 € |
| Mise en conformité : redevance de recherche réduite | 520 € × 50 % | 260 € |
| Redevance de délivrance (environ 24 mois après le dépôt) | 90 € au tarif plein | 90 € au plus |
| Total des redevances INPI | 270 + 13 + 260 + 90 | 633 € au plus |
| Remboursement SME Fund possible sur la marque | 270 € × 75 % | 202,50 € |
Les redevances INPI restent modestes ; le poste principal est l'accompagnement d'un conseil en propriété industrielle pour la rédaction du brevet, à budgéter séparément. Le dispositif européen SME Fund permet de réduire la facture.
Le SME Fund 2026 présenté par l’INPI rembourse une partie des frais de PI des PME établies dans l'Union européenne, pour des demandes déposées jusqu'au 4 décembre 2026. Le chèque marques et dessins et modèles couvre jusqu'à 75 % des taxes de dépôt dans la limite de 700 € ; le chèque brevets couvre jusqu'à 75 % des taxes de dépôt de brevets nationaux en Europe et de demande de brevet européen, dans la limite de 3 500 €. L'ordre des étapes compte : il faut demander la subvention et recevoir le chèque avant de payer les prestations, puis demander le remboursement.
Protéger la propriété intellectuelle d'une startup tient en trois verbes : identifier les actifs qui créent la valeur, sécuriser leur titularité (fondateurs, salariés, freelances, laboratoires) et les bons titres (brevet, marque, secret), puis valoriser ces actifs dans les comptes, les contrats de licence et la fiscalité. Construite dès l'amorçage, cette démarche coûte quelques centaines d'euros de redevances et quelques actes bien rédigés ; repoussée au closing, elle se paie en délais et en décote.
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Pas en tant que tel. Le code pris isolément est exclu de la brevetabilité, mais une invention technique qui met en œuvre un logiciel peut être brevetée si elle apporte une contribution technique nouvelle et inventive. Pour une startup SaaS, la protection de base reste le droit d'auteur sur le code source, complétée par le secret sur les algorithmes et, le cas échéant, par un brevet sur le procédé technique.
Au freelance, tant qu'aucune cession écrite n'a été signée. La règle de dévolution automatique à l'employeur ne vaut que pour les salariés. Il faut donc un contrat de cession qui mentionne distinctement chaque droit cédé et délimite l'étendue, la destination, le lieu et la durée de l'exploitation. Une cession rétroactive peut régulariser la situation avant une levée de fonds.
Oui, et idéalement avant tout lancement public. Un investisseur vérifie que le nom de la startup est disponible et enregistré au nom de la société, pas d'un fondateur. Le dépôt coûte 190 € pour une classe et 40 € par classe supplémentaire. La marque est protégée 10 ans, renouvelable indéfiniment, mais elle doit faire l'objet d'un usage sérieux.
L'IP box permet d'imposer séparément au taux de 10 % le résultat net tiré de la concession ou de la cession de brevets ou de logiciels protégés par le droit d'auteur. Le résultat est corrigé par un ratio qui favorise la R&D réalisée en interne. Le régime devient intéressant dès que la startup est bénéficiaire et perçoit des revenus de licence identifiables.