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Les actions de préférence sont l'outil que presque tous les fonds de capital-risque vous proposeront lors de votre première levée sérieuse. Derrière ce terme se cachent des clauses qui décident, le jour de la cession, qui est payé en premier et combien. Une préférence de liquidation mal comprise peut transformer une sortie à 20 M€ en déception pour l'équipe fondatrice, alors même que les pourcentages de la cap table semblaient confortables.
Ce guide vous donne la définition des actions de préférence, le cadre légal en vigueur en 2026, les droits que l'on y attache réellement en startup, un cas chiffré complet sur trois scénarios de sortie et la liste des points que vous pouvez, et devez, négocier avant de signer.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups et scale-ups, nous modélisons ces mécanismes pour les fondateurs avant chaque tour : l'objectif est que vous sachiez exactement ce que vous signez, en euros, et pas seulement en pourcentages.
Une action de préférence est une action qui confère des droits particuliers par rapport aux actions ordinaires. L'article L228-11 du Code de commerce pose le principe : lors de la constitution de la société ou au cours de son existence, il peut être créé des actions de préférence, avec ou sans droit de vote, assorties de droits particuliers de toute nature, à titre temporaire ou permanent. Cet article a été modifié en dernier lieu par la loi n° 2024-537 du 13 juin 2024, version en vigueur depuis le 15 juin 2024.
Le point essentiel pour une startup non cotée : ces droits sont définis par les statuts. Le renvoi aux règles légales sur la proportionnalité du droit de vote ne vise, dans la rédaction actuelle, que les sociétés dont les actions sont admises aux négociations. Vous disposez donc d'une grande liberté contractuelle, ce qui est une force mais aussi un risque, puisque tout est négociable.
Selon le même article, le droit de vote attaché à une action de préférence peut être aménagé pour un délai déterminé ou déterminable, suspendu pour une durée similaire, ou supprimé. Les actions sans droit de vote sont plafonnées : elles ne peuvent représenter plus de la moitié du capital social, et pas plus du quart dans les sociétés cotées. Une émission qui dépasserait ce seuil peut être annulée.
La quasi-totalité des startups françaises sont des SAS. L'article L227-1 du Code de commerce rend applicables à la SAS les règles des sociétés anonymes, dans la mesure où elles sont compatibles avec les dispositions propres à la SAS. Le régime des actions de préférence, inscrit dans la partie commune aux sociétés par actions, s'applique donc à votre SAS, avec la souplesse propre à cette forme : les statuts organisent librement les décisions collectives et les compétences des organes de direction.
En pratique, chaque tour crée une catégorie : « ADP-A » pour la série A, « ADP-B » pour la série B, etc. Chaque catégorie a ses propres droits, et la lisibilité de votre table de capitalisation dépend de la rigueur avec laquelle ces catégories sont suivies.
La loi parle de « droits particuliers de toute nature ». En venture capital, la pratique s'est standardisée autour de quatre familles : les droits financiers, les droits politiques, les droits d'information et les droits liés à la liquidité. Une partie de ces droits se loge dans les statuts (ceux qui sont attachés à l'action), l'autre dans le pacte d'associés (ceux qui relèvent de l'engagement entre signataires).
| Famille | Droit | Ce que cherche l'investisseur | Fréquence en VC |
|---|---|---|---|
| Financier | Préférence de liquidation | Récupérer au moins sa mise en cas de sortie médiocre | Quasi systématique |
| Financier | Dividende prioritaire | Un rendement minimal, souvent cumulé jusqu'à la sortie | Rare en amorçage, plus fréquent en growth ou LBO |
| Financier | Anti-dilution (ratchet) | Être protégé si un tour ultérieur se fait à une valorisation plus basse | Très fréquent, en moyenne pondérée |
| Politique | Siège ou censeur au board, veto sur décisions importantes | Contrôler budget, recrutements clés, nouvelles levées, cession | Systématique dès la série A |
| Politique | Droit de vote aménagé, suspendu ou supprimé | Rarement recherché par un fonds ; plutôt utilisé pour des actions sans vote | Ponctuel |
| Information | Reporting mensuel, budget, accès aux comptes | Suivre la performance et le cash burn | Systématique |
| Liquidité | Conversion en actions ordinaires | Choisir entre préférence et quote-part au prorata | Systématique |
Un droit inscrit dans les statuts est attaché à l'action : il suit le titre en cas de cession et il est opposable à tous. Un droit inscrit dans le pacte n'engage que ses signataires, et sa violation se règle en principe par des dommages et intérêts. Les fonds préfèrent donc loger la préférence de liquidation et les règles de conversion dans les statuts, et les vetos détaillés, le reporting ou la clause de sortie conjointe dans le pacte. Demandez systématiquement la répartition exacte entre les deux documents.
La préférence de liquidation est le cœur économique des actions de préférence. Malgré son nom, elle ne joue pas seulement en cas de liquidation judiciaire : elle est déclenchée par un « événement de liquidité » défini dans les statuts, qui inclut presque toujours la cession de la majorité du capital, la fusion ou la cession de l'essentiel des actifs. Sa fonction : garantir au fonds qu'il récupère sa mise, ou un multiple de sa mise, avant que les actions ordinaires ne touchent quoi que ce soit.
Avec une préférence 1x non participative, l'investisseur choisit entre deux options : récupérer son investissement initial, ou convertir ses actions en ordinaires et toucher sa quote-part du prix. Il prend naturellement le montant le plus élevé. C'est le mécanisme le plus équilibré : il protège le fonds contre une sortie médiocre sans lui donner de surplus en cas de belle sortie.
Avec une préférence participative, l'investisseur récupère d'abord sa mise, puis participe en plus au partage du solde au prorata de sa détention. Il est payé deux fois sur la même somme, d'où le surnom de « double dip ». Ce mécanisme est défavorable aux fondateurs à tous les niveaux de sortie, et il ne se justifie que dans des contextes particuliers : valorisation très élevée consentie par le fonds, société en difficulté, tour de sauvetage.
Trois paramètres viennent moduler la préférence. Le multiple (1x, 1,5x, 2x) fixe le montant prioritaire par rapport à la mise. Le plafond (cap), utilisé avec une préférence participative, limite le total perçu par le fonds, par exemple à 2 fois la mise, au-delà duquel il a intérêt à convertir. Le rang détermine l'ordre entre catégories : en « pari passu », toutes les préférences sont payées au prorata ; en « senior », le dernier investisseur entré passe en premier.
Prenons une startup SaaS B2B qui lève 3 M€ en série A sur une valorisation pré-money de 9 M€, soit une post-money de 12 M€ (le détail de ce calcul est expliqué dans notre article sur la valorisation pré-money et post-money). Le fonds détient 25 % du capital via des ADP-A, les deux fondateurs détiennent les 75 % restants en actions ordinaires. Pour simplifier, on ignore le BSPCE pool et on raisonne sur le prix revenant aux actionnaires, après remboursement de la dette et frais de transaction.
Testons trois prix de sortie : 8 M€ (sortie décevante), 20 M€ (sortie correcte) et 60 M€ (belle sortie).
Le point de bascule se calcule simplement : mise divisée par pourcentage détenu, soit 3 M€ / 25 % = 12 M€. En dessous de 12 M€, la préférence joue ; au-dessus, le fonds convertit et tout le monde est au prorata.
Le fonds prend 3 M€, puis 25 % du solde. À 8 M€ : 3 + 25 % x 5 = 4,25 M€, il reste 3,75 M€ aux fondateurs. À 20 M€ : 3 + 25 % x 17 = 7,25 M€. À 60 M€ : 3 + 25 % x 57 = 17,25 M€. Même dans le meilleur scénario, les fondateurs perdent 2,25 M€ par rapport au mécanisme non participatif.
Le fonds détient 25 % du capital mais capte 36,25 % du prix. Avec une préférence 1x non participative, il aurait choisi la conversion et touché 5 M€, soit exactement 25 %.
| Mécanisme | Sortie à 8 M€ | Sortie à 20 M€ | Sortie à 60 M€ |
|---|---|---|---|
| Aucune préférence (actions ordinaires) | 2,00 M€ | 5,00 M€ | 15,00 M€ |
| 1x non participative | 3,00 M€ | 5,00 M€ (conversion) | 15,00 M€ (conversion) |
| 1x participative sans plafond | 4,25 M€ | 7,25 M€ | 17,25 M€ |
| 1x participative plafonnée à 2x | 4,25 M€ | 6,00 M€ (plafond) | 15,00 M€ (conversion) |
| 2x non participative | 6,00 M€ | 6,00 M€ | 15,00 M€ (conversion) |
| Part des fondateurs, cas 1x non participative | 5,00 M€ | 15,00 M€ | 45,00 M€ |
| Part des fondateurs, cas 1x participative | 3,75 M€ | 12,75 M€ | 42,75 M€ |
Deux enseignements. D'abord, l'écart entre mécanismes est maximal dans les sorties moyennes, qui sont statistiquement les plus probables pour une startup qui ne devient pas une licorne. Ensuite, le multiple (2x) pèse aussi lourd que la participation : à 8 M€, une préférence 2x non participative laisse seulement 2 M€ aux fondateurs pour 75 % du capital.
Le dividende prioritaire donne au titulaire un droit à être servi avant les actions ordinaires, souvent exprimé en pourcentage du prix de souscription. Il peut être non cumulatif (perdu s'il n'est pas versé dans l'année) ou cumulatif (il s'accumule jusqu'à ce qu'il soit payé, en général au moment de la sortie). Une startup en croissance ne distribue pas de dividendes : le vrai sujet est donc le dividende cumulatif, qui s'ajoute à la préférence de liquidation.
Exemple : un dividende cumulatif de 8 % par an sur 3 M€ représente 240 000 € par an. Après quatre ans, 960 000 € s'ajoutent à la mise dans la préférence. Dans notre cas pratique, la préférence passe de 3 M€ à 3,96 M€ et le point de bascule de 12 M€ à 15,84 M€. Ce mécanisme, courant en LBO, est rarement justifié dans un tour de capital-risque classique.
Les fonds ne demandent presque jamais de droits de vote renforcés : ils obtiennent le contrôle par d'autres moyens, notamment un siège au board et une liste de décisions soumises à leur accord préalable (budget, endettement, nouvelles émissions de titres, cession d'actifs stratégiques, recrutement des dirigeants). À l'inverse, des actions sans droit de vote peuvent servir à faire entrer des investisseurs purement financiers sans diluer le pouvoir des fondateurs, dans la limite de la moitié du capital rappelée plus haut.
La clause d'anti-dilution protège le fonds si un tour ultérieur se fait à un prix par action inférieur au sien (« down round »). La version « full ratchet » recalcule son prix comme s'il avait investi au nouveau prix ; la version « moyenne pondérée » (weighted average), plus équilibrée, tient compte du volume levé au prix bas. Nous détaillons ces formules dans notre guide sur la dilution et les clauses anti-dilution.
La création d'une catégorie d'actions de préférence suit une procédure encadrée par les articles L228-12 et suivants du Code de commerce. L'assemblée générale extraordinaire est seule compétente pour décider l'émission et la conversion des actions de préférence, au vu d'un rapport spécial des commissaires aux comptes ; elle peut déléguer ce pouvoir. En SAS, c'est la décision collective des associés prise dans les conditions prévues pour les décisions extraordinaires par les statuts.
Les droits sont négociés et figés dans la lettre d'intention : préférence, veto, anti-dilution, conversion.
Les droits particuliers de la nouvelle catégorie (par exemple « ADP-A ») sont écrits dans les statuts.
Rapport spécial du commissaire aux comptes et application de la procédure des avantages particuliers.
Les associés, statuant en la forme extraordinaire, créent la catégorie et décident l'augmentation de capital.
Souscription, libération des fonds, mise à jour du registre des mouvements de titres et de la table de capitalisation.
L'article L228-15 soumet la création d'actions de préférence à la procédure des avantages particuliers. Dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2025-229, applicable depuis le 1er octobre 2025, le commissaire chargé d'apprécier ces avantages doit être un commissaire aux comptes qui n'a pas réalisé de mission au sein de la société au cours des trois dernières années et n'en exerce pas. Les titulaires d'actions à convertir en actions de préférence ne peuvent pas prendre part au vote sur la création de la catégorie, à peine de nullité.
Même sans commissaire aux comptes nommé, votre SAS devra donc mandater un professionnel indépendant. Intégrez ce coût et ce délai dans le calendrier du closing : c'est une cause fréquente de retard.
Les actions de préférence peuvent être converties en actions ordinaires ou en actions de préférence d'une autre catégorie (article L228-14). Elles peuvent également être rachetées selon les modalités prévues par la loi et les statuts. Enfin, toute modification des droits d'une catégorie doit être approuvée par l'assemblée spéciale de ses titulaires, selon l'article L225-99 du Code de commerce, avec un quorum d'un tiers sur première convocation et d'un cinquième sur deuxième convocation des actions ayant le droit de vote dont la modification est envisagée.
Tout se joue au stade de la term sheet. Une fois la lettre d'intention signée, les avocats rédigent les statuts sur sa base et il devient difficile de revenir sur l'économie de l'accord. Voici les points à passer en revue, par ordre d'impact financier.
Un conseil de méthode : modélisez chaque version de la term sheet dans un tableur de répartition (« waterfall ») avec cinq ou six prix de sortie. Comparer deux offres sur la seule valorisation pré-money est l'erreur la plus coûteuse que nous voyons.
Un fonds qui propose 15 M€ de pré-money avec une préférence 2x participative peut vous laisser moins d'argent, dans la plupart des scénarios, qu'un fonds à 12 M€ en 1x non participative. La valorisation « headline » n'a de sens qu'avec les droits qui l'accompagnent.
Chaque tour ajoute une couche de préférences. Après une série A de 3 M€, une série B de 10 M€ et une série C de 25 M€, le « surplomb » de préférences atteint 38 M€ en 1x. Une sortie à 40 M€, qui peut sembler honorable, ne laisse alors que 2 M€ aux actions ordinaires, tant qu'aucun investisseur n'a intérêt à convertir.
Par dérogation au droit commun, les actions de préférence auxquelles est attaché un droit limité de participation aux dividendes, aux réserves ou au partage du patrimoine en cas de liquidation sont privées de droit préférentiel de souscription pour toute augmentation de capital en numéraire, sous réserve de stipulations contraires des statuts. Si vous créez une catégorie au rendement limité, vérifiez ce que prévoient vos statuts.
Une préférence décrite différemment dans les statuts et dans le pacte, une définition de l'événement de liquidité qui varie d'un document à l'autre, une formule d'anti-dilution sans exemple chiffré en annexe : ces incohérences resurgissent au moment de la cession, quand l'acquéreur et son conseil mènent la due diligence. Un exemple chiffré annexé aux statuts lève la plupart des ambiguïtés.
Sur le plan comptable, les actions de préférence émises par une SAS sont des actions : le capital et la prime d'émission figurent dans les capitaux propres, comme pour les actions ordinaires. Le suivi doit cependant être plus fin, catégorie par catégorie, dans le registre des mouvements de titres et dans les annexes.
Pour le pilotage, la préférence de liquidation change la lecture de vos décisions stratégiques. Une offre de rachat se juge à l'aune du waterfall et non du pourcentage détenu. De même, un tour de financement à une valorisation inférieure déclenche l'anti-dilution et alourdit le surplomb de préférences : un argument de plus pour suivre de près votre runway et anticiper la prochaine levée.
Les actions de préférence ne sont ni un piège en soi ni une simple formalité. Elles sont la contrepartie normale du risque pris par un fonds, et un mécanisme 1x non participatif, pari passu, sans dividende cumulatif, est un standard sain pour une série A. Ce sont les écarts à ce standard (multiple, participation, séniorité, dividende cumulatif, full ratchet) qui méritent une négociation chiffrée.
Retenez trois réflexes : raisonner en euros sur plusieurs scénarios de sortie, additionner les préférences de tous les tours, et vérifier la cohérence entre statuts, pacte et term sheet. Pour modéliser votre waterfall, comparer des term sheets et préparer votre tour de table, découvrez l'accompagnement des startups en levée de fonds de DIGIFEC.
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Une action de préférence est une action qui confère à son titulaire des droits particuliers par rapport aux actions ordinaires : priorité sur le prix de cession, dividende prioritaire, droits de vote aménagés, droits d'information ou de veto. Elle est prévue par l'article L228-11 du Code de commerce et ses droits sont définis dans les statuts. En startup, c'est l'outil standard que les fonds utilisent pour protéger leur investissement.
Oui, rien ne l'interdit, mais c'est moins courant en pré-amorçage, où les tickets sont souvent investis en actions ordinaires ou en BSA AIR. Accorder une préférence de liquidation dès le premier tour complique la cap table et crée un précédent que les fonds suivants reprendront. Si un business angel l'exige, limitez-la à une préférence 1x non participative, sans dividende cumulatif.
C'est juridiquement possible, et certains montages créent des actions de préférence pour les fondateurs, par exemple avec des droits de vote renforcés pour garder le contrôle. En pratique, les fonds acceptent rarement que les fondateurs bénéficient d'une préférence financière. Ces montages exigent une rédaction soignée des statuts et une analyse fiscale, car ils peuvent être requalifiés s'ils ressemblent à un complément de rémunération.
Les pactes et statuts prévoient en général la conversion automatique de toutes les actions de préférence en actions ordinaires au moment de l'introduction en bourse. La préférence de liquidation disparaît donc à ce moment, puisque les investisseurs se retrouvent au même rang que les autres actionnaires. Vérifiez que la clause de conversion automatique figure bien dans les statuts et qu'elle n'est pas soumise à un seuil de valorisation trop élevé.