Entrepreneuriat & croissance

Un LBO entreprise ne s'arrête pas à la signature du closing. Le lendemain du rachat, la société cible doit financer chaque année le remboursement d'une dette qui n'apparaît même pas dans ses propres comptes : elle est logée dans la holding. Pour le dirigeant, le quotidien change profondément : covenants à tester, reporting mensuel au fonds, dividendes à faire remonter au bon moment, arbitrages d'investissement à justifier.
Ce guide se place du côté de celui qui pilote une société sous LBO : remontée du cash, covenants, reporting, un cas pratique chiffré avec stress test et les erreurs les plus fréquentes.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux entreprises innovantes et à leurs investisseurs, nous accompagnons des dirigeants de scale-ups et de PME tech après un rachat à effet de levier : modélisation, suivi des covenants et préparation des comités.
Dans un LBO (leveraged buy-out), un ou plusieurs investisseurs créent une holding de reprise qui achète les titres de la société cible. La holding finance le prix avec des fonds propres (apport du fonds, du management, parfois des cédants qui réinvestissent) et une dette d'acquisition bancaire. Si vous souhaitez revoir le montage lui-même, notre article sur la définition, le montage et le financement d'un LBO détaille les étapes jusqu'au closing.
La conséquence pour la cible est simple : c'est elle qui génère le cash, et c'est la holding qui le dépense pour payer intérêts et échéances. La cible devient donc la seule source de remboursement d'un emprunt qu'elle n'a pas souscrit. Toute la gestion financière se réorganise autour de cette idée.
Juridiquement, la cible reste une société autonome, avec son propre intérêt social. Le dirigeant qui viderait sa trésorerie pour servir la dette, au point de la mettre en difficulté, engagerait sa responsabilité.
Le Code de commerce interdit en outre à une société anonyme d'avancer des fonds, d'accorder des prêts ou de consentir une sûreté en vue de l'achat de ses propres actions par un tiers (article L225-216). C'est l'une des raisons pour lesquelles la dette est portée par la holding et non par la cible, et pour lesquelles les garanties consenties par la cible doivent être analysées avec soin.
La holding de reprise n'a, le plus souvent, aucune activité commerciale. Elle dispose de cinq canaux pour payer la banque.
| Canal | Ce qui remonte | Condition clé | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Dividendes | Le bénéfice distribuable de la cible | Comptes approuvés, bénéfice distribuable (art. L232-11 C. com.) | Décalé d'un exercice : le dividende de N est versé en N+1 |
| Acompte sur dividende | Une partie du bénéfice de l'exercice en cours | Bilan intermédiaire certifié par un commissaire aux comptes (art. L232-12 C. com.) | Sans bilan certifié, l'acompte devient un dividende fictif |
| Économie d'intégration fiscale | L'IS économisé grâce à l'imputation des intérêts de la holding | Détention d'au moins 95 % et option notifiée (art. 223 A CGI) | Dépend de la convention d'intégration signée entre les sociétés |
| Management fees | La rémunération de prestations réelles de la holding | Convention écrite, prestations documentées, prix de marché | Requalification possible si les prestations sont fictives |
| Convention de trésorerie | Les excédents de trésorerie, sous forme d'avance | Intérêt social de la cible, convention réglementée le cas échéant | Une avance n'est pas un revenu : elle reste due à la cible |
Le dividende est le moteur du remboursement. Il ne peut être prélevé que sur le bénéfice distribuable, c'est-à-dire le bénéfice de l'exercice diminué des pertes antérieures et des sommes à porter en réserve, augmenté du report bénéficiaire (articles L232-10 à L232-12 du Code de commerce). Dans les SA et les SARL, un vingtième au moins du bénéfice doit être affecté à la réserve légale tant que celle-ci n'atteint pas un dixième du capital social.
Côté fiscalité, la holding bénéficie en principe du régime mère-fille dès lors qu'elle détient au moins 5 % du capital de la cible et conserve les titres au moins deux ans (article 145 du CGI). Le dividende est alors retranché de son résultat, à l'exception d'une quote-part de frais et charges de 5 %, ramenée à 1 % lorsque les deux sociétés sont membres d'un même groupe intégré et que la participation est détenue depuis plus d'un exercice (article 216 du CGI).
Comme le dividende de l'exercice N n'est voté qu'après l'approbation des comptes, en N+1, la holding peut se retrouver à court de cash au moment d'une échéance. L'acompte sur dividende permet d'anticiper, à condition qu'un bilan établi en cours ou en fin d'exercice, certifié par un commissaire aux comptes, fasse apparaître un bénéfice suffisant. À défaut, la distribution est qualifiée de dividende fictif.
Le dividende de l'exercice N n'est voté qu'après l'approbation des comptes, en N+1. La première échéance bancaire tombe pourtant souvent dans les douze mois du closing. Prévoyez dès le montage un compte de réserve, un différé d'amortissement ou un acompte sur dividende appuyé sur un bilan certifié.
Sans intégration, la holding supporte des intérêts sans revenu imposable : elle accumule des déficits, tandis que la cible paie l'IS plein sur ses bénéfices. Avec l'option pour l'intégration fiscale, la holding devient seule redevable de l'IS du groupe, calculé sur la somme algébrique des résultats de chaque société. Les intérêts de la dette d'acquisition viennent donc réduire l'impôt payé sur les bénéfices de la cible.
Les conditions sont strictes (article 223 A du CGI) : la holding doit détenir au moins 95 % du capital de la cible de manière continue au cours de l'exercice, les exercices doivent avoir les mêmes dates d'ouverture et de clôture, et l'option, notifiée dans les délais, vaut pour cinq exercices, renouvelables tacitement. Si le management ou des cédants réinvestissent directement au capital de la cible et font passer la holding sous les 95 %, l'intégration tombe : c'est un point à verrouiller dès la structuration.
Une convention d'intégration organise la répartition de l'impôt. Dans la version la plus courante, dite de neutralité, la cible verse à la holding l'IS qu'elle aurait payé seule, et la holding conserve l'économie réalisée grâce à ses intérêts. Cette économie devient un flux de trésorerie à part entière pour rembourser la dette.
Les management fees rémunèrent des prestations réelles de la holding (direction générale, finance, stratégie). Elles doivent être prévues par une convention écrite, documentées et facturées à un prix de marché. Nous détaillons les précautions à prendre dans notre article sur les management fees pour dirigeant. Quant à la convention de trésorerie, une avance reste une dette de la holding envers la cible : elle ne remplace pas un dividende.
Les covenants sont les engagements financiers que l'emprunteur prend envers les prêteurs. Ils sont contractuels : leur définition exacte, leurs niveaux et leur périodicité de test figurent dans le contrat de crédit, et c'est ce contrat qui fait foi, pas une formule générique. Les niveaux du tableau ci-dessous sont des hypothèses d'illustration.
| Covenant | Formule | Ce qu'il mesure | Exemple de niveau (hypothèse) |
|---|---|---|---|
| Levier | Dette nette / EBITDA | La capacité à rembourser la dette en années d'EBITDA | ≤ 3,75x la 1re année, puis dégressif |
| Couverture du service de la dette (DSCR) | Cash-flow disponible / (intérêts + amortissement) | La capacité à payer les échéances de l'année | ≥ 1,10x |
| Couverture des intérêts (ICR) | EBITDA / charges d'intérêts | Le poids des intérêts dans la performance | ≥ 4,0x |
| Plafond de capex | Investissements annuels ≤ montant fixé | La discipline d'investissement | Plafond annuel avec report limité |
| Engagements de faire / ne pas faire | Clauses contractuelles | Interdiction de céder des actifs, de s'endetter ailleurs, de distribuer hors cadre | Accord préalable des prêteurs |
Relisez d'abord la définition de l'EBITDA contractuel : elle peut neutraliser les éléments exceptionnels ou intégrer en année pleine une société acquise en cours d'exercice. Le même EBITDA comptable peut donner des ratios très différents selon le contrat.
Au-delà des ratios, relisez les engagements de faire et de ne pas faire : signer un bail important ou lancer une acquisition sans vérifier ces clauses peut provoquer un cas de défaut sans toucher aux ratios.
Dans une société sous LBO, l'information financière devient un engagement contractuel, avec un rythme différent pour le fonds et pour la banque.
Flash de gestion pour le fonds : chiffre d'affaires, marge, EBITDA, trésorerie, BFR, écart au budget, sous 15 à 20 jours.
Calcul des covenants sur 12 mois glissants et compliance certificate signé par le dirigeant, selon le contrat de crédit.
Comptes certifiés, test de covenants sur les comptes annuels, budget de l'exercice suivant soumis au conseil.
Assemblée de la cible, vote du dividende, remontée à la holding et paiement de l'échéance bancaire.
Information immédiate des prêteurs sur tout événement significatif : perte d'un client clé, litige, cession.
Le fonds attend un reporting court et régulier : chiffre d'affaires, marge brute, EBITDA, trésorerie, dette nette, BFR et écart au budget, avec un commentaire du dirigeant. Pour une scale-up SaaS, il s'enrichit de l'ARR, du churn ou du ratio LTV/CAC, et la rapidité de clôture compte autant que l'exactitude. Notre guide des tableaux de bord financiers propose une structure directement réutilisable.
À chaque date de test, le dirigeant transmet un certificat de conformité qui calcule les covenants selon les définitions contractuelles et atteste l'absence de cas de défaut. Les calculs doivent être réconciliés avec la comptabilité et les retraitements justifiés.
L'outil le plus utile reste un prévisionnel de trésorerie à 18 mois, qui consolide la cible et la holding, intègre les échéances bancaires, les dates de vote des dividendes et les flux d'intégration fiscale. Le LBO model construit pas à pas en constitue la base : il faut ensuite le faire vivre mois après mois avec le réel.
Prenons une PME tech B2B rachetée par un fonds et son management, avec des hypothèses volontairement simplifiées.
La tranche A s'amortit de 7 000 / 7 = 1 000 k€ par an. Les intérêts de la première année s'élèvent à 7 000 × 4,5 % = 315 k€ pour la tranche A et 5 000 × 5,5 % = 275 k€ pour la tranche B, soit 590 k€. Le service de la dette atteint donc 1 590 k€.
Ces 590 k€ de charges financières nettes restent très en dessous du plafond de déductibilité : celui-ci correspond au plus élevé de 3 M€ ou de 30 % du résultat fiscal corrigé (article 212 bis du CGI). Les intérêts sont donc intégralement déductibles.
Le résultat avant impôt de la cible s'établit à 3 000 − 500 = 2 500 k€. L'IS qu'elle aurait payé seule, et qu'elle verse à la holding en application de la convention d'intégration, est de 2 500 × 25 % = 625 k€. Son résultat net ressort à 1 875 k€. Après une dotation à la réserve légale de 5 % (94 k€), le dividende distribuable atteint 1 781 k€.
Il faut aussi vérifier que la trésorerie suit : 3 000 − 400 de capex − 150 de BFR − 625 d'IS = 1 825 k€ de cash généré, ce qui couvre le dividende.
Le résultat d'ensemble du groupe est égal à 2 500 (cible) − 590 (intérêts de la holding) + 18 (quote-part de 1 % sur le dividende) = 1 928 k€, soit un IS de groupe de 482 k€. La holding encaisse 625 k€ de la cible et en reverse 482 au Trésor : elle conserve 143 k€.
Hypothèses simplifiées : pas de frais propres à la holding, réserve légale non encore dotée à 10 % du capital, quote-part de frais et charges de 1 % sur le dividende intégrée dans le résultat d'ensemble.
Le DSCR ressort à 1 924 / 1 590 = 1,21x, au-dessus d'un covenant hypothétique de 1,10x. Le levier passe de 12 000 / 3 000 = 4,0x au closing à 11 000 / 3 000 = 3,67x après le premier amortissement, sous un plafond hypothétique de 3,75x. Sans intégration fiscale, le cash disponible serait limité au dividende de 1 781 k€ et le DSCR tomberait à 1,12x : la marge de sécurité serait presque inexistante.
Supposons que l'EBITDA recule de 15 %, à 2 550 k€. Le résultat avant impôt de la cible tombe à 2 050 k€, l'IS « comme si » à 512,5 k€, le résultat net à 1 537,5 k€ et le dividende distribuable, après réserve légale, à environ 1 461 k€. L'IS du groupe s'établit à (2 050 − 590 + 15) × 25 % ≈ 369 k€, soit une économie d'environ 144 k€.
Le cash disponible dans la holding atteint 1 461 + 144 = 1 605 k€, pour un service de la dette inchangé de 1 590 k€ : le DSCR chute à 1,01x. Le levier grimpe à 11 000 / 2 550 = 4,31x. Les deux covenants sont rompus, alors même que l'échéance est encore payée. Le prévisionnel doit faire apparaître cette situation six mois avant la date de test.
Le contrat de crédit qualifie le plus souvent le non-respect d'un ratio de cas de défaut, ouvrant aux prêteurs la possibilité d'exiger un remboursement anticipé. En pratique, une solution négociée reste la règle lorsque le dirigeant arrive avec un diagnostic et un plan.
Pour un dirigeant qui réinvestit, la question n'est pas seulement financière : elle touche à sa liberté de décision pendant toute la détention du fonds.
| Avantages | Inconvénients |
|---|---|
| Effet de levier : un apport en fonds propres limité permet de contrôler une société beaucoup plus grande | Contrainte de cash : la cible doit générer chaque année de quoi servir la dette |
| Économie d'impôt via l'intégration fiscale qui impute les intérêts de la holding sur les bénéfices de la cible | Covenants : un bris peut entraîner l'exigibilité anticipée de la dette |
| Alignement du management avec le fonds grâce au management package | Reporting lourd : mensuel pour le fonds, trimestriel et annuel pour les banques |
| Discipline de gestion : budget, prévisionnel et suivi du BFR deviennent des réflexes | Marge de manœuvre réduite : capex, acquisitions et distributions encadrés |
| Création de valeur à la sortie, par le désendettement et la croissance de l'EBITDA | Horizon imposé : le fonds vise une sortie, ce qui oriente la stratégie |
Le dirigeant qui investit aux côtés du fonds via un management package peut réaliser une plus-value importante à la sortie si le plan est tenu. Sur la fiscalité de ces gains, notre analyse du régime fiscal du management package après la loi de finances 2026 fait le point.
Dans un OBO (owner buy-out), le dirigeant cède sa société à une holding qu'il contrôle, souvent aux côtés d'un fonds, pour sécuriser une partie de son patrimoine. Attention au dispositif prévu au sixième alinéa de l'article 223 B du CGI, couramment appelé « amendement Charasse » : lorsque la holding rachète les titres auprès des personnes qui la contrôlent, une fraction des charges financières est réintégrée au résultat d'ensemble pendant l'exercice d'acquisition et les huit exercices suivants. L'économie d'intégration fiscale du modèle doit être recalculée en conséquence.
Les difficultés des entreprises sous LBO viennent rarement d'un seul choc, mais d'erreurs de pilotage visibles bien avant la crise.
Les premières semaines fixent les habitudes de pilotage pour toute la durée du LBO.
Une entreprise sous LBO doit produire chaque année assez de trésorerie pour servir une dette logée dans sa holding. Le remboursement repose sur trois piliers : un dividende distribuable voté au bon moment, une intégration fiscale bien structurée et un suivi des covenants fondé sur un prévisionnel consolidé. Le cas pratique le montre : une baisse de 15 % de l'EBITDA suffit à rompre les ratios alors que l'échéance est encore payée.
Pour structurer ce pilotage, de la modélisation au reporting mensuel du fonds, l'équipe DIGIFEC peut intervenir comme DAF externalisé pour startups et scale-ups à vos côtés.
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Une entreprise sous LBO est une société rachetée par une holding qui a financé l'acquisition en grande partie par de la dette bancaire. La cible continue d'exploiter son activité, mais ses bénéfices servent désormais à rembourser cette dette, via les dividendes versés à la holding et, le plus souvent, l'économie d'impôt de l'intégration fiscale. Le dirigeant doit donc piloter le cash, respecter des covenants et produire un reporting régulier pour la banque et le fonds.
La holding n'a généralement pas d'activité propre : elle rembourse grâce aux dividendes de la cible, à l'économie d'impôt de l'intégration fiscale lorsqu'elle détient au moins 95 % du capital, et parfois à des management fees facturant des prestations réelles. Le dividende ne peut être prélevé que sur le bénéfice distribuable et n'est versé qu'après approbation des comptes, d'où l'importance d'un prévisionnel de trésorerie consolidé holding et cible.
Le contrat de crédit prévoit en général qu'un bris de covenant constitue un cas de défaut permettant aux prêteurs d'exiger le remboursement anticipé. En pratique, les banques négocient le plus souvent : renonciation ponctuelle (waiver), réaménagement des niveaux (reset), injection de fonds propres par les actionnaires (equity cure) ou rééchelonnement. Plus l'alerte est donnée tôt, plus les options restent ouvertes.
Côté avantages : effet de levier sur les fonds propres, économie d'impôt grâce à l'intégration fiscale, alignement du management avec l'investisseur et création de valeur par le désendettement. Côté inconvénients : contrainte permanente de trésorerie, covenants à respecter, reporting exigeant, investissements et acquisitions encadrés par les prêteurs, et un horizon de sortie fixé par le fonds qui influence la stratégie.