Entrepreneuriat & croissance

Statuts, premiers financements, JEI et CIR font partie du quotidien de notre expert-comptable spécialisé dans les startups en amorçage.
Vous avez une idée, un premier prototype, peut-être déjà des utilisateurs, et vous devez maintenant donner une existence juridique à votre projet. Pour un fondateur seul, la question revient systématiquement : SASU, avantages et inconvénients, et faut-il plutôt partir directement en SAS avec ses cofondateurs ? Ce choix conditionne votre protection sociale, votre fiscalité personnelle, la façon dont vous ferez entrer vos premiers investisseurs et le coût de chaque opération sur le capital.
Dans ce guide, nous comparons la SAS et la SASU point par point : fonctionnement, statut du président, imposition des bénéfices, coûts de création, compatibilité avec une levée de fonds et pièges à éviter dans les statuts. Vous y trouverez deux cas chiffrés, un comparatif avec l'EURL et un arbre de décision pour trancher en quelques minutes.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups et scale-ups, nous accompagnons chaque année des fondateurs SaaS, deeptech et marketplace dans ce choix structurant. L'objectif ici : vous donner les règles en vigueur en 2026, sourcées, et la méthode que nous appliquons pour décider.
La réponse courte surprend souvent les fondateurs : la SASU n'est pas une forme juridique distincte. C'est une société par actions simplifiée qui ne compte qu'un seul associé. Les deux relèvent des mêmes articles L227-1 à L227-20 du Code de commerce, avec le même capital minimum d'1 €, la même responsabilité limitée aux apports et le même président obligatoire.
La différence est donc une affaire de nombre d'associés. Une SAS compte au moins deux associés, personnes physiques ou morales, sans plafond, comme le rappelle la fiche officielle consacrée à la SAS. Une SASU n'en compte qu'un, qui peut être vous-même ou votre holding. Conséquence pratique : le jour où un cofondateur ou un business angel entre au capital, votre SASU devient une SAS sans transformation, simplement en mettant à jour les statuts.
En SASU, l'associé unique prend seul toutes les décisions qui relèveraient d'une assemblée en SAS : approbation des comptes, affectation du résultat, modification des statuts. Il n'y a ni convocation, ni quorum, ni vote, mais chaque décision doit être consignée dans un registre spécial conservé 6 ans, éventuellement sous forme électronique si les statuts le prévoient. Un registre mal tenu expose les décisions à l'annulation.
En SAS, la loi pose un cadre minimal et laisse les statuts organiser le reste : mode de consultation (assemblée, consultation écrite, acte signé par tous), quorum et majorités. Une limite : une décision collective exige au minimum la majorité des voix exprimées, les statuts ne pouvant pas prévoir un seuil inférieur. Cette liberté est une force pour une startup, mais elle transforme la rédaction des statuts en exercice d'ingénierie.
La SASU est devenue le véhicule naturel du fondateur solo qui veut tester un marché avant de constituer une équipe. Ses atouts sont réels, mais ses contreparties méritent d'être regardées avec la même attention, notamment sur la rémunération.
En pratique, la SASU est un excellent choix pour un fondateur qui démarre seul et compte ouvrir son capital plus tard. Elle devient moins pertinente pour une activité de conseil à faible capital où le fondateur veut se verser un revenu régulier au moindre coût social : la comparaison avec l'EURL doit alors être chiffrée, ce que nous détaillons dans notre simulation SASU entre salaire et dividendes.
Si quasiment toutes les startups financées par du capital-risque en France sont des SAS, ce n'est pas un effet de mode. La forme offre trois leviers que la SARL ne permet pas, ou mal.
Les statuts d'une SAS peuvent organiser librement la transmission des titres : clause d'agrément (toute cession soumise à l'accord des associés), droit de préemption (priorité d'achat des associés existants) ou clause d'inaliénabilité pendant 10 ans maximum. On peut aussi créer des organes sur mesure, comme un comité stratégique ou un comité de surveillance où siégeront les investisseurs, et nommer un ou plusieurs directeurs généraux aux côtés du président.
Ces mécanismes se complètent dans un pacte d'associés, document extrastatutaire qui reste confidentiel et organise la gouvernance fine : bad leaver, good leaver, sortie conjointe, liquidation préférentielle. Notre guide sur le pacte d'associés et le founders agreement détaille les clauses à négocier dès l'amorçage.
Société par actions, la SAS peut émettre des valeurs mobilières donnant accès au capital : BSA, BSA AIR, actions de préférence et surtout BSPCE, l'outil phare pour attirer des talents tech sans cash. Selon l'article 163 bis G du CGI, la société émettrice doit notamment être passible de l'IS en France, être immatriculée au RCS depuis moins de quinze ans et respecter un seuil minimal de détention de son capital par des personnes physiques. Le gain est imposé à 30 % si le bénéficiaire exerce dans la société depuis moins de trois ans à la date de cession. Pour le détail, consultez notre guide BSPCE et fiscalité en 2026.
Chaque fois qu'un associé vend des actions de SAS, l'acquéreur paie 0,1 % de droits d'enregistrement, avec un minimum de 25 €. En SARL, les cessions de parts sociales sont taxées à 3 % après un abattement de 23 000 € proratisé selon la part de capital cédée. Sur une startup dont le capital tourne au fil des tours, l'écart devient significatif.
| Étape | SAS / SASU | SARL / EURL |
|---|---|---|
| Prix de cession | 100 000 € | 100 000 € |
| Abattement | Aucun | 23 000 € × 20 % = 4 600 € |
| Base taxable | 100 000 € | 95 400 € |
| Taux | 0,1 % | 3 % |
| Droits d'enregistrement | 100 € | 2 862 € |
Que vous soyez en SAS ou en SASU, le président est assimilé salarié. Il relève du régime général de la Sécurité sociale et bénéficie de l'assurance maladie-maternité, des allocations familiales, de l'assurance accidents du travail, de la retraite de base et complémentaire et de la prévoyance. Il ne cotise pas à l'assurance chômage et n'y a pas droit.
Point clé pour un fondateur en phase d'amorçage : l'absence de rémunération n'entraîne aucune cotisation. Un président non rémunéré ne paie rien à l'Urssaf au titre de son mandat, ce qui en fait un statut très adapté aux premiers mois, quand chaque euro sert à financer le produit. À l'inverse, le gérant associé unique d'EURL, travailleur non salarié, doit des cotisations même sans rémunération.
Si vous étiez salarié et percevez l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE), deux options s'offrent à vous. La première consiste à cumuler chaque mois une partie de l'ARE avec vos revenus d'activité, ce qui, combiné à un président non rémunéré, permet de financer sa vie personnelle pendant le développement du produit. La seconde est l'ARCE : 60 % des droits ARE restants versés en capital, la moitié au démarrage et le solde six mois plus tard, sous réserve de bénéficier de l'ACRE.
Attention : depuis le 1er janvier 2026, l'ACRE n'est plus accordée automatiquement. Le créateur doit déposer une demande auprès de l'Urssaf dans les 60 jours suivant le début d'activité. Pour un président de SAS, l'éligibilité suppose en outre d'exercer le contrôle effectif de la société, ce qui exclut souvent les fondateurs minoritaires d'une SAS à plusieurs.
Le salaire du président est déductible du résultat imposable à l'IS s'il correspond à un travail effectif et n'est pas excessif, et il ouvre des droits sociaux. Les dividendes, eux, ne sont pas déductibles, ne supportent pas de cotisations, mais sont taxés au prélèvement forfaitaire unique. Le bon dosage dépend de votre besoin de revenus, de vos droits à la retraite et de la trésorerie dont la société a besoin pour croître.
Par défaut, la SAS comme la SASU sont soumises à l'impôt sur les sociétés. Le taux normal est de 25 %. Un taux réduit de 15 % s'applique sur les 42 500 premiers euros de bénéfice pour les PME dont le chiffre d'affaires hors taxes ne dépasse pas 10 M€, dont le capital est entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques. Ce dernier point est souvent oublié : un capital non intégralement libéré prive la société du taux réduit.
Les dividendes perçus par un associé personne physique sont soumis en 2026 au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, comme l'indique la fiche officielle sur la SASU. L'associé peut opter pour le barème progressif, avec un abattement de 40 % sur les dividendes, une option à arbitrer selon sa tranche marginale.
Prenons Léa, fondatrice seule d'un SaaS B2B. Sa SASU, dont elle détient 100 % du capital entièrement libéré, réalise un chiffre d'affaires de 400 000 € et un résultat fiscal de 90 000 €. Léa ne se verse pas de salaire et souhaite distribuer l'intégralité du bénéfice. Voici le calcul pas à pas.
Prélèvement global : 40 779,50 €, soit environ 45,3 % du bénéfice, et aucun droit social acquis (ni retraite, ni indemnités journalières).
Étape 1 : l'IS se calcule par tranche, 15 % sur 42 500 € (6 375 €) puis 25 % sur les 47 500 € restants (11 875 €), soit 18 250 €. Étape 2 : le bénéfice net de 71 750 € est distribué. Étape 3 : le PFU de 31,4 % s'applique, soit 22 529,50 €. Léa perçoit 49 220,50 € nets.
La lecture de ce cas est double. D'un côté, le coût fiscal global d'environ 45 % reste maîtrisé et aucune cotisation n'est due. De l'autre, Léa n'acquiert aucun trimestre de retraite et ne bénéficie d'aucune indemnité journalière en cas d'arrêt. Dans une startup, il est d'ailleurs rare de distribuer : le bénéfice est généralement réinvesti pour allonger le runway. La plupart des fondateurs combinent donc un salaire modeste, qui ouvre des droits, et une politique de dividendes différée.
Une SAS ou une SASU jeune peut opter pour l'impôt sur le revenu, à condition notamment d'avoir été créée depuis moins de 5 ans, d'employer moins de 50 salariés, de réaliser un chiffre d'affaires ou un total de bilan inférieur à 10 M€, de ne pas être cotée et d'avoir au moins 50 % des droits de vote détenus par des personnes physiques, dont 34 % au moins par les dirigeants et leur foyer fiscal. L'option vaut pour 5 exercices et n'est pas renouvelable.
Intérêt pour une startup : les déficits des premières années remontent chez l'associé et s'imputent sur ses autres revenus, selon les règles de la catégorie concernée. C'est pertinent pour un fondateur qui dispose d'autres revenus imposables et prévoit des pertes certaines au démarrage, beaucoup moins pour une startup qui vise une levée rapide, car les investisseurs préfèrent en général une société à l'IS.
L'EURL reste l'alternative la plus souvent évoquée pour un fondateur seul. Elle n'est pas sans intérêt, notamment pour une activité de services rémunérant régulièrement son dirigeant, mais elle se prête mal à l'ouverture du capital. Voici le comparatif des trois formes sur les critères qui comptent pour une startup.
| Critère | SASU | SAS | EURL |
|---|---|---|---|
| Nombre d'associés | 1 (personne physique ou morale) | 2 minimum, sans plafond | 1 |
| Capital minimum | 1 € | 1 € | Libre |
| Libération à la création | 1/2 des apports en numéraire | 1/2 des apports en numéraire | 1/5 des apports en numéraire |
| Statut social du dirigeant | Assimilé salarié (régime général, sans assurance chômage) | Assimilé salarié | Travailleur non salarié (gérant associé unique) |
| Imposition par défaut | IS | IS | IR (option IS possible) |
| Cotisations sur dividendes | Non | Non | Oui, au-delà de 10 % du capital à l'IS |
| Droits sur cession de titres | 0,1 % | 0,1 % | 3 % après abattement de 23 000 € proratisé |
| Accueil d'investisseurs | Oui, devient une SAS | Oui, forme de référence | Limité, transformation souvent nécessaire |
Il n'existe pas de forme « meilleure » dans l'absolu : l'EURL peut alléger le coût d'une rémunération régulière, la SASU est prête pour l'arrivée d'investisseurs et d'un plan de BSPCE.
Les frais obligatoires de création d'une SAS ou d'une SASU sont modestes. Ce qui coûte, c'est la qualité de la rédaction des statuts et, en SAS, du pacte d'associés. Les montants ci-dessous sont les tarifs réglementés applicables en 2026 en France métropolitaine.
| Poste | SASU | SAS |
|---|---|---|
| Annonce légale de constitution (forfait métropole) | 142 € HT | 199 € HT |
| Frais de greffe d'immatriculation | 33,83 € | 33,83 € |
| Déclaration des bénéficiaires effectifs | 19,33 € | 19,33 € |
| Total des frais obligatoires | 195,16 € | 252,16 € |
| Rédaction des statuts, pacte, accompagnement | Selon le conseil choisi | Selon le conseil choisi |
Gouvernance, majorités, agrément, préemption, actions de préférence : tout se joue ici.
Au moins la moitié des apports en numéraire, sur un compte bloqué au nom de la société en formation.
Commissaire aux apports, sauf dispense (aucun apport > 30 000 € et total ≤ moitié du capital).
Forfait 2026 en métropole : 142 € HT pour une SASU, 199 € HT pour une SAS.
Dossier sur le guichet unique : 33,83 € de greffe + 19,33 € de déclaration des bénéficiaires effectifs.
Le capital. 1 € est légal, mais rarement pertinent : un capital trop faible fragilise la crédibilité auprès des banques et oblige à financer les premiers mois en compte courant d'associé. À l'inverse, un capital élevé non libéré prive la société du taux réduit d'IS tant que la libération n'est pas complète. Pour 10 000 € de capital en numéraire, 5 000 € doivent être versés à la création, le solde dans les 5 ans suivant l'immatriculation.
Les apports en nature. Si vous apportez un code source, un nom de domaine ou du matériel, un commissaire aux apports doit en principe les évaluer. Vous pouvez y renoncer si aucun apport en nature ne dépasse 30 000 € et si leur total ne dépasse pas la moitié du capital.
Pour une vue d'ensemble des démarches, du choix du nom à l'ouverture du compte bancaire, notre guide juridique complet pour créer une start-up reprend chaque étape.
Les erreurs que nous rencontrons le plus souvent ne viennent pas du choix de la forme, mais de statuts copiés d'un modèle générique ou d'une répartition du capital décidée trop vite. Elles coûtent cher au moment de la première levée, lorsque l'investisseur et son conseil passent la documentation au crible.
Une fois les règles posées, la décision tient en trois questions : êtes-vous seul ou plusieurs, allez-vous ouvrir le capital à court terme, et visez-vous des investisseurs professionnels ? L'arbre ci-dessous reprend la grille que nous utilisons en rendez-vous de cadrage.
SAS et SASU partagent le même cadre juridique, un capital libre, une responsabilité limitée et un président assimilé salarié. La SASU convient au fondateur seul qui veut démarrer vite, sans cotiser tant qu'il ne se rémunère pas, et ouvrir son capital plus tard sans changer de forme. La SAS s'impose dès qu'il y a plusieurs fondateurs ou une levée de fonds en vue, grâce à la liberté statutaire, aux BSPCE et à des cessions taxées à seulement 0,1 %.
Les vrais enjeux se situent ailleurs que dans le choix de l'acronyme : rédaction des statuts, répartition du capital, politique de rémunération du président et anticipation du premier tour. Ce sont ces décisions qui conditionnent la valeur de votre société au moment où les investisseurs l'examinent.
Vous hésitez entre SAS et SASU, ou vous voulez des statuts prêts pour votre premier tour de table ? Découvrez notre accompagnement en structuration et croissance des startups : l'équipe DIGIFEC modélise avec vous les scénarios de rémunération et sécurise la structure avant la levée.
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Il n'y a pas de transformation à proprement parler : SAS et SASU sont la même forme juridique. Dès qu'un second associé entre au capital, par cession d'actions ou augmentation de capital, la SASU devient une SAS. Il suffit d'adapter les statuts, notamment les règles de décision collective, et de déclarer la modification. L'opération n'entraîne pas de conséquence fiscale liée au changement du nombre d'associés.
Non. Le président de SAS ou de SASU est assimilé salarié : ses cotisations sont calculées sur la rémunération versée au titre de son mandat. Sans rémunération, aucune cotisation n'est due, mais aucun droit social n'est acquis non plus. Les dividendes ne sont pas soumis à cotisations sociales. C'est une différence majeure avec le gérant d'EURL, travailleur non salarié, redevable de cotisations même sans revenu.
Le minimum légal est d'1 €, mais le bon montant dépend du besoin de trésorerie initial et de la crédibilité recherchée auprès des banques et partenaires. Seule la moitié des apports en numéraire doit être versée à la création, le solde dans les 5 ans. Gardez en tête que le taux réduit d'IS à 15 % suppose un capital entièrement libéré.
Oui. La SASU accueille un investisseur comme n'importe quelle SAS : son entrée au capital la fait simplement devenir une SAS pluripersonnelle. Pour éviter de réécrire les statuts dans l'urgence, prévoyez dès la création la possibilité d'émettre des actions de préférence, des BSPCE ou des BSA AIR, ainsi que des clauses d'agrément et de préemption.