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Le dispositif jeune docteur a longtemps été l'argument fiscal numéro un pour recruter un PhD dans une startup deeptech : pendant 24 mois, son salaire comptait double dans l'assiette du crédit d'impôt recherche, et les frais de fonctionnement forfaitaires associés étaient calculés à 200 %. Résultat, le CIR pouvait dépasser le coût salarial du docteur. Cet avantage a été supprimé par la loi de finances pour 2025 pour les dépenses exposées depuis le 15 février 2025.
Beaucoup de fondateurs l'ignorent encore, ou ont construit leur business plan sur un CIR qui n'existera pas. D'autres se demandent s'il reste un intérêt fiscal à embaucher des docteurs plutôt que des ingénieurs. La réponse est oui, mais il ne tient plus au diplôme : il tient à la qualité de votre dossier de R&D, au montage du recrutement (CIFRE, JEI) et à la rigueur de votre suivi des temps.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups et entreprises innovantes, nous recalculons depuis 2025 les prévisions de CIR de nombreuses équipes scientifiques. Ce guide fait le point sur ce qu'était le crédit d'impôt recherche jeune docteur, ce qui a changé, son impact chiffré, et les leviers qui permettent encore de financer vos PhD en 2026.
Le dispositif figurait au b du II de l'article 244 quater B du code général des impôts. Dans sa version applicable jusqu'en février 2025, il prévoyait que les dépenses de personnel relatives aux personnes titulaires d'un doctorat, au sens de l'article L. 612-7 du code de l'éducation, ou d'un diplôme équivalent, étaient prises en compte pour le double de leur montant pendant les vingt-quatre premiers mois suivant leur premier recrutement.
Le mécanisme ne se limitait pas au doublement. Le c du II fixait les autres dépenses de fonctionnement de manière forfaitaire, et un taux spécifique de 200 % des dépenses de personnel des docteurs s'appliquait, contre 43 % pour les autres chercheurs et techniciens. C'est cette combinaison qui rendait le dispositif si puissant.
La condition d'effectif était souvent sous-estimée : une startup qui recrutait un docteur l'année où deux ingénieurs R&D partaient perdait l'avantage.
Prise en compte des salaires d'un jeune docteur avant la réforme (doublement)
Durée de l'avantage à compter du premier recrutement en CDI
Dépenses exposées à partir de cette date : plus de doublement
Forfait de fonctionnement désormais appliqué à tous les chercheurs, docteurs compris
Oui. L'article 55 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 de finances pour 2025 a supprimé la seconde phrase du b du II de l'article 244 quater B, c'est-à-dire le doublement, et abrogé le taux de fonctionnement de 200 % propre aux docteurs. Le même article a abaissé le forfait de fonctionnement général de 43 % à 40 % et abrogé plusieurs catégories de dépenses, dont les frais de brevets et la veille technologique.
Le texte précise qu'il s'applique aux dépenses exposées à compter du lendemain de la promulgation de la loi, donc à partir du 15 février 2025. La version de l'article 244 quater B en vigueur en octobre 2026, modifiée en dernier lieu par la loi de finances pour 2026, ne contient plus aucune mention des jeunes docteurs dans l'assiette du crédit.
Les titulaires d'un doctorat n'ont pas totalement disparu du texte. Le III bis impose aux entreprises qui engagent plus de 10 millions d'euros de dépenses de recherche de joindre à leur déclaration un état précisant notamment la part de titulaires d'un doctorat financés par ces dépenses ou recrutés sur leur base. Il s'agit d'une obligation d'information, pas d'un avantage fiscal.
Salaires des docteurs recrutés en premier CDI comptés pour le double pendant 24 mois, et forfait de fonctionnement de 200 % de ces salaires, sous condition de maintien de l'effectif de recherche. Forfait de 43 % pour les autres chercheurs.
L'article 55 supprime la seconde phrase du b du II de l'article 244 quater B (le doublement) et abroge le taux de 200 %. Le forfait général passe de 43 % à 40 %.
Les dépenses exposées à compter du lendemain de la promulgation ne bénéficient plus du dispositif, y compris pour les docteurs recrutés avant cette date.
La version de l'article 244 quater B en vigueur depuis le 1er janvier 2026 ne rétablit pas l'avantage : le docteur est un chercheur comme un autre dans la base CIR.
Pour un exercice calé sur l'année civile 2025, la déclaration de CIR doit distinguer deux périodes. Les salaires de docteurs exposés du 1er janvier au 14 février 2025 peuvent encore bénéficier du doublement et du forfait de 200 %, si les conditions de l'ancien régime étaient réunies. Les salaires exposés à partir du 15 février relèvent du droit commun.
La loi vise les dépenses exposées à compter du lendemain de sa promulgation, pas les recrutements. Un docteur embauché en CDI en septembre 2024 n'a donc plus droit au doublement pour les salaires versés à partir du 15 février 2025, même si sa période de 24 mois n'était pas terminée. Vos prévisions de CIR établies avant la réforme sont à reprendre.
Prenons un cas concret. Une startup de biotech parisienne a recruté en CDI, en 2024, une docteure en biologie moléculaire. Sa rémunération brute annuelle est de 52 000 €. Nous retenons, par hypothèse, 22 000 € de cotisations patronales obligatoires, soit un coût de 74 000 € par an au sens de l'article 49 septies I de l'annexe III, qui retient les rémunérations et les cotisations sociales obligatoires. Elle consacre 100 % de son temps à des opérations de recherche éligibles.
Sous l'ancien régime, le CIR couvrait 120 % du coût de la chercheuse : l'État finançait davantage que le poste lui-même. Aujourd'hui, il en couvre 42 %. Le coût net du recrutement passe de zéro, voire moins, à environ 43 000 € par an. Pour une équipe de quatre docteurs, le manque à gagner dépasse 230 000 € par an, de quoi décaler de plusieurs mois le runway.
Si vos prévisions de trésorerie intègrent encore l'ancien mode de calcul, mettez-les à jour immédiatement. Notre guide sur le pilotage du cash burn et du runway détaille la méthode pour intégrer le CIR dans un plan de trésorerie sans surestimer les encaissements.
| Élément | Avant le 15 février 2025 | Depuis le 15 février 2025 |
|---|---|---|
| Salaires et charges obligatoires du docteur | 200 % pendant 24 mois | 100 %, comme tout chercheur |
| Frais de fonctionnement forfaitaires | 200 % des dépenses de personnel du docteur | 40 % des dépenses de personnel |
| Autres chercheurs et techniciens | Forfait de 43 % | Forfait de 40 % |
| Conditions | Doctorat (article L. 612-7 du code de l'éducation) ou diplôme équivalent, premier recrutement, CDI, effectif de recherche salarié maintenu | Aucune condition spécifique : diplôme indifférent si la personne est chercheur au sens de l'annexe III |
| Base retenue pour 100 de dépenses de personnel | 400 | 140 |
| CIR au taux de 30 % pour 100 de dépenses | 120 (le crédit dépasse le coût salarial) | 42 |
Oui, à condition de raisonner différemment. Depuis la réforme, le salaire d'un docteur et celui d'un ingénieur sont traités de façon identique dans l'assiette : salaire et charges obligatoires, plus 40 % de forfait, le tout au taux de 30 % jusqu'à 100 millions d'euros de dépenses. Le choix du profil doit donc reposer sur le besoin scientifique, pas sur une prime fiscale qui n'existe plus.
Le CIR ne finance que des opérations de recherche fondamentale, de recherche appliquée ou de développement expérimental. La personne affectée doit être un chercheur au sens de l'article 49 septies G de l'annexe III, c'est-à-dire un scientifique ou un ingénieur travaillant à la conception ou à la création de connaissances, de produits, de procédés, de méthodes ou de systèmes nouveaux.
Un docteur facilite la démonstration. Il sait formuler un état de l'art, identifier les verrous scientifiques et documenter une démarche expérimentale. Ce sont exactement les éléments qu'un contrôleur ou un expert du ministère attend dans le dossier justificatif. Dans nos missions, les dossiers rédigés avec un docteur sont plus robustes, ce qui sécurise l'ensemble de la base, y compris la part des ingénieurs.
Avec 42 % du coût couvert par le CIR, un docteur à 74 000 € de coût complet revient à environ 43 000 € net. Pour comparer avec les rémunérations du marché, consultez notre panorama des salaires dans la tech en France. Le docteur reste un profil compétitif dès lors qu'il travaille réellement sur des verrous scientifiques et que son temps est correctement suivi.
Aucun dispositif ne reproduit à lui seul l'effet de l'ancien régime. En revanche, plusieurs mécanismes se cumulent et permettent de réduire sensiblement le coût d'un chercheur docteur ou doctorant. Le tableau ci-dessous les compare.
| Levier | Mécanisme | Pour quelle startup | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| CIR de droit commun | Salaire + charges obligatoires + forfait de 40 %, crédit de 30 % jusqu'à 100 M€ de dépenses | Toute entreprise menant de la R&D au sens fiscal | Affectation du temps à des opérations éligibles, documentée projet par projet |
| CIFRE | Subvention ANRT de 14 000 € par an pour l'embauche d'un doctorant, cumulable avec le CIR | Deeptech ayant un partenariat avec un laboratoire académique | Salaire d'au moins 27 600 € brut par an en 2026 ; aides publiques à analyser dans la base CIR |
| Statut JEI | Allègements de charges sociales sur le personnel de R&D, cumulables avec le CIR sous conditions | Jeune PME dont les dépenses de recherche atteignent le seuil requis | Conditions d'âge, de taille, de capital et de dépenses à vérifier chaque année |
| CII | Crédit de 20 % sur les dépenses d'innovation des PME, dans la limite de 400 000 € de dépenses par an | PME qui conçoit des prototypes de produits nouveaux | Ne pas compter deux fois la même dépense en CIR et en CII |
La convention industrielle de formation par la recherche permet à une entreprise de droit français d'embaucher un doctorant, titulaire d'un master, qui prépare sa thèse en partenariat avec un laboratoire académique rattaché à une école doctorale. Selon l'ANRT, qui gère le dispositif, l'entreprise reçoit une subvention de 14 000 € par an, non assujettie à la TVA, et le salaire d'embauche doit être au moins égal à 27 600 € brut annuel à partir de 2026. Le contrat peut être un CDI ou un CDD.
L'ANRT précise que le CIR peut s'ajouter à cette subvention. Attention toutefois : le III de l'article 244 quater B prévoit que les subventions publiques reçues pour les opérations éligibles sont déduites des bases de calcul. Faites trancher en amont le traitement de la subvention CIFRE dans votre base, et retenez l'hypothèse la plus prudente dans vos prévisions.
Exemple : un doctorant CIFRE payé 30 000 € brut, avec par hypothèse 12 600 € de charges patronales obligatoires, coûte 42 600 €. Base CIR : 42 600 € + 40 % de forfait, soit 59 640 €. En déduisant prudemment la subvention de 14 000 €, la base tombe à 45 640 € et le CIR à 13 692 €. Coût net pour l'entreprise : 42 600 − 14 000 − 13 692, soit 14 908 € par an, environ 35 % du coût complet.
Le statut de jeune entreprise innovante permet, sous conditions, de bénéficier d'exonérations de cotisations patronales sur les rémunérations du personnel affecté à la R&D, cumulables avec le CIR. C'est aujourd'hui le levier le plus proche de l'ancien avantage, puisqu'il agit directement sur le coût du chercheur. Les conditions d'âge, de taille, de détention du capital et de volume de dépenses de recherche sont détaillées dans notre guide sur le statut JEI en 2026.
Un effet mécanique est à anticiper : les charges exonérées ne sont plus supportées, donc elles ne peuvent plus entrer dans l'assiette du CIR, qui ne retient que les cotisations obligatoires réellement dues. Le gain net reste positif, mais il doit être simulé avec les deux dispositifs ensemble.
Lorsqu'un docteur travaille sur la conception d'un prototype ou d'une installation pilote de produit nouveau, sans verrou scientifique au sens du CIR, ses dépenses peuvent relever du crédit d'impôt innovation. Réservé aux PME, il est de 20 % des dépenses éligibles, retenues dans la limite de 400 000 € par an, jusqu'au 31 décembre 2027. Notre article sur le crédit d’impôt innovation détaille l'éligibilité et le calcul.
Le calcul suit désormais la méthode générale du crédit d'impôt recherche, décrite par la fiche Crédit d’impôt recherche (CIR) du site entreprendre.service-public.gouv.fr. Pour un docteur, le seul enjeu est de reconstituer correctement le coût éligible et le temps passé.
Pour une vue complète des autres paramètres, notamment les catégories de dépenses supprimées et les règles de sous-traitance, consultez notre article sur le crédit d’impôt recherche 2026 et son calcul.
Pour les exercices antérieurs à 2025, le dispositif jeune docteur reste applicable et contrôlable. Vérifiez que les conditions étaient bien réunies : premier recrutement réel, CDI, effectif de recherche salarié maintenu d'une année sur l'autre. À l'inverse, si votre startup n'avait pas appliqué le doublement alors qu'elle y avait droit, une réclamation peut être envisagée dans le délai légal.
Avant de signer le contrat de travail d'un docteur ou d'un doctorant, puis au moment de la déclaration, déroulez les points suivants.
OuiVérifiez les conditions de l'ancien régime (premier CDI, 24 mois, effectif maintenu) et, si elles étaient remplies, que le doublement figure bien dans la déclaration.
NonPassez à la question 2 : le doublement ne s'applique plus.
OuiRetenez son salaire chargé au prorata du temps de recherche, plus le forfait de 40 %.
NonSon coût sort du CIR. Examinez le CII s'il conçoit un prototype de produit nouveau.
OuiÉtudiez une CIFRE avant la signature du contrat de travail.
NonVérifiez l'éligibilité au statut JEI pour alléger les charges.
Le CIR est une créance sur l'État, pas un revenu immédiatement disponible. Son encaissement dépend de votre situation : imputation sur l'impôt sur les sociétés, remboursement anticipé pour les entreprises qui y ont droit, ou financement de la créance auprès d'un établissement spécialisé. Dans tous les cas, l'écart entre la dépense de salaire et le cash du CIR peut atteindre plus d'un an.
Nous recommandons d'intégrer trois scénarios dans votre plan de trésorerie : CIR intégral, CIR réduit de 20 % pour tenir compte d'un éventuel rejet partiel, et CIR décalé de six mois. Les investisseurs apprécient ce niveau de prudence, en particulier depuis la réforme de 2025 qui a montré que les paramètres du crédit pouvaient changer en cours de route.
Le dispositif jeune docteur, qui permettait de financer plus que le coût d'un PhD grâce au CIR, a disparu pour les dépenses exposées depuis le 15 février 2025. Un docteur génère désormais un crédit égal à 42 % de son coût éligible, comme un ingénieur de recherche. Recruter des docteurs reste pertinent pour la qualité scientifique de vos travaux et la solidité de votre dossier, et la CIFRE, le statut JEI et le CII permettent encore d'alléger sensiblement le coût du poste.
La priorité est de mettre à jour vos prévisions, de sécuriser vos déclarations passées et de bâtir un suivi des temps irréprochable. Pour recalculer votre CIR, simuler le cumul CIFRE, JEI et CIR, et documenter vos projets, découvrez l'accompagnement DIGIFEC en optimisation fiscale des entreprises innovantes (CIR, CII, JEI).
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Non. L'article 55 de la loi de finances pour 2025 a supprimé le doublement des dépenses de personnel des docteurs et le forfait de fonctionnement de 200 % associé, pour les dépenses exposées à compter du 15 février 2025. La version de l'article 244 quater B en vigueur en 2026 ne prévoit plus d'avantage spécifique. Le salaire d'un docteur est retenu comme celui de tout chercheur, avec un forfait de 40 %.
Non. La loi s'applique aux dépenses exposées à compter du lendemain de sa promulgation, quelle que soit la date d'embauche. Pour un docteur recruté en 2024, seuls les salaires exposés jusqu'au 14 février 2025 peuvent bénéficier du doublement, si les conditions étaient réunies. Les salaires versés ensuite relèvent du droit commun, ce qui impose de revoir les prévisions de CIR établies avant la réforme.
Pour 100 € de dépenses de personnel éligibles, la base CIR est désormais de 140 € (100 € plus 40 % de forfait de fonctionnement), soit un crédit de 42 € au taux de 30 %. Sous l'ancien régime, la même dépense générait une base de 400 € et un crédit de 120 €. L'écart est donc de 78 € de crédit pour 100 € de salaire chargé.
Oui, l'ANRT indique que le CIR peut s'ajouter à la subvention CIFRE de 14 000 € par an. Le salaire du doctorant, s'il travaille sur des opérations de recherche éligibles, entre dans la base du CIR avec le forfait de 40 %. Le traitement de la subvention, au regard de la règle de déduction des aides publiques de l'article 244 quater B, doit être analysé avant la déclaration.