Entrepreneuriat & croissance

Vous lancez votre projet ? Découvrez comment un expert-comptable pour startup vous accompagne de la création à la première levée de fonds.
La love money, c'est l'argent que vous confient vos proches pour lancer votre entreprise, avant les business angels et les fonds. Pour en donner une définition simple : des fonds levés auprès de votre famille, de vos amis ou d'anciens collègues, qui investissent d'abord en vous plutôt que dans un business model déjà éprouvé.
Parce que ces fonds viennent de personnes que vous aimez, ils sont aussi les plus délicats à gérer. Un mauvais montage peut coûter une réduction d'impôt à vos parents, déséquilibrer votre table de capitalisation avant même la seed ou abîmer une relation si l'aventure échoue. À l'inverse, une love money bien structurée rassure les investisseurs suivants : elle prouve que votre entourage vous fait confiance et que vous savez gérer de l'argent qui n'est pas le vôtre.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups, nous accompagnons des fondateurs dès ce premier tour. Ce guide vous donne la définition de la love money, les cinq véhicules juridiques possibles, les règles fiscales vérifiées pour 2026, un cas chiffré complet et la méthode pour lever sans fragiliser ni votre société, ni vos relations.
La love money désigne l'argent apporté par l'entourage proche du fondateur au tout début du projet. Le terme vient de l'anglais, où l'on parle aussi de « friends and family round ». Ce n'est pas une catégorie juridique : il n'existe aucun statut légal de la love money. Ce qui compte, c'est la forme que prend l'apport, car c'est elle qui détermine les droits du proche, la fiscalité applicable et les formalités à accomplir.
Dans le parcours de financement d'une startup, la love money se situe juste après l'apport personnel des fondateurs et avant les premiers investisseurs professionnels. Elle sert souvent de levier : un tour familial permet de solliciter ensuite un prêt d'honneur, un prêt bancaire ou une aide publique, qui exigent fréquemment des fonds propres préalables.
Trois traits la rendent particulière. D'abord, la décision repose sur la confiance plus que sur l'analyse : vos proches ne font généralement ni due diligence, ni négociation de term sheet. Ensuite, les montants sont modestes, de quelques milliers à quelques dizaines de milliers d'euros par personne. Enfin, l'asymétrie d'information est maximale : vous connaissez les risques bien mieux qu'eux, ce qui vous impose un devoir de transparence plus exigeant qu'avec un fonds.
Au stade de l'idée ou du prototype, rares sont les investisseurs prêts à financer un projet sans traction. La love money comble ce trou de financement. Elle permet de franchir les premiers jalons qui rendront la startup finançable : une version bêta, des clients pilotes, un premier MRR, une preuve technique pour une deeptech.
Votre proche peut vous aider de cinq façons différentes. Les deux premières passent par vous, le fondateur, à titre personnel ; les trois suivantes passent directement par la société. Le tableau ci-dessous les compare avant que nous détaillions chacune d'elles.
| Véhicule | Ce que reçoit le proche | Formalités clés | Pour qui ? |
|---|---|---|---|
| Don (au fondateur) | Rien : il donne, le fondateur apporte ensuite au capital | Déclaration du don dans le mois ; exonération possible du don familial de sommes d'argent | Parents, grands-parents qui veulent aider sans attendre de retour |
| Prêt personnel (au fondateur) | Une créance sur le fondateur, avec ou sans intérêts | Reconnaissance de dette au-delà de 1 500 € ; déclaration 2062 au-delà de 5 000 € par an | Proche qui veut récupérer sa mise sans entrer au capital |
| Compte courant d'associé | Une créance sur la société | Convention écrite : durée, taux, remboursement, éventuel blocage | Associés déjà présents qui financent le BFR |
| Actions (augmentation de capital) | Une part du capital et des droits d'associé | Décision d'associés, bulletin de souscription, mise à jour des statuts et du registre | Proche prêt à prendre un vrai risque d'investisseur |
| BSA AIR | Un droit de devenir actionnaire au prochain tour, à prix décoté ou plafonné | Contrat d'émission, décision d'associés, clauses de conversion | Tour très précoce sans valorisation encore défendable |
Un parent ou un grand-parent peut vous donner une somme que vous apportez ensuite au capital de votre société. Vous restez seul actionnaire : la table de capitalisation reste propre. Selon la fiche officielle de Service-Public sur le don familial de somme d'argent, ce don est exonéré dans la limite de 31 865 € par donateur et par bénéficiaire, renouvelable tous les 15 ans, à condition que le donateur ait moins de 80 ans et que le bénéficiaire soit majeur ou émancipé. Il doit être effectué par chèque, virement ou espèces et déclaré dans un délai d'un mois, en principe en ligne depuis l'espace Finances publiques.
Cette exonération se cumule avec l'abattement lié au lien de parenté. Service-Public donne l'exemple d'un enfant majeur qui peut ainsi recevoir 131 865 € d'un parent de moins de 80 ans sans droits de donation (31 865 € + 100 000 €). Pour un petit-enfant, le total exonéré atteint 63 730 €. Le don est définitif : c'est la formule de l'aide pure, pas de l'investissement.
Le proche vous prête de l'argent, que vous apportez à la société en capital ou en compte courant. Il récupère sa mise selon l'échéancier convenu, quel que soit le sort de la startup, ce qui fait peser le risque sur vous personnellement. Au-delà de 1 500 €, une reconnaissance de dette écrite est nécessaire pour prouver le prêt, avec la somme indiquée en chiffres et en lettres (articles 1359 et 1376 du code civil).
Côté fiscal, Service-Public rappelle l'obligation de déclarer les prêts entre particuliers dès que le total prêté ou emprunté dans l'année dépasse 5 000 €, avec ou sans intérêts. C'est l'emprunteur qui déclare en priorité, avec sa déclaration de revenus (annexe 2062 en ligne ou formulaire 2062 papier). Si le prêt porte intérêts, le prêteur les déclare comme revenus de capitaux mobiliers. Un prêt sans intérêts reste possible, mais un prêt jamais remboursé et sans échéancier crédible risque d'être requalifié en donation.
Un proche déjà associé peut prêter directement à la société via un compte courant. C'est une solution utile pour financer le besoin en fonds de roulement sans modifier la répartition du capital. Elle suppose une convention écrite précisant la durée, le taux éventuel, les conditions de remboursement et, le cas échéant, une clause de blocage qui rassurera la banque. Pour aller plus loin, consultez notre guide du compte courant d'associé, de son fonctionnement à sa sécurisation juridique.
C'est la forme la plus « investisseur » : votre proche souscrit des actions lors d'une augmentation de capital et devient associé. Il partage le risque et le potentiel de plus-value, et il peut, sous conditions, bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu. En contrepartie, il faut fixer un prix par action, donc une valorisation, et organiser ses droits dans les statuts et le pacte.
Le bon de souscription d'actions avec accord d'investissement rapide permet d'encaisser l'argent tout de suite et de reporter la question de la valorisation au tour suivant. Le proche deviendra actionnaire au prix du prochain tour, généralement avec une décote ou un plafond de valorisation. C'est souvent la meilleure option quand le projet est trop jeune pour défendre un prix. Notre article sur le fonctionnement du BSA AIR avec un exemple chiffré détaille la mécanique de conversion.
Quand un proche souscrit au capital de votre société, il peut bénéficier de la réduction d'impôt pour souscription au capital de PME, souvent appelée IR-PME ou « Madelin ». C'est un argument puissant pour un tour familial, à condition de respecter scrupuleusement les conditions. Les chiffres ci-dessous sont issus de la brochure pratique officielle de l'impôt sur le revenu 2026, qui porte sur les versements effectués en 2025.
| Régime | Taux | Plafond de versements retenus | Report de l'excédent |
|---|---|---|---|
| IR-PME classique (art. 199 terdecies-0 A CGI) | 18 % (versements PME 2025) | 50 000 € (seul) / 100 000 € (couple) | Oui, sur les 4 années suivantes |
| JEI, JEU, JEIC (art. 199 terdecies-0 A bis) | 30 % | 75 000 € (seul) / 150 000 € (couple) | Non |
| JEIR (JEI de rupture) | 50 % | 50 000 € (seul) / 100 000 € (couple) | Non |
| Commun aux trois | — | Conservation des titres jusqu'au 31 décembre de la 5e année suivant la souscription | Réductions JEI et JEIR plafonnées à 50 000 € au total sur 2024-2028 |
Pour les versements effectués en 2025 au capital d'une PME, la réduction est de 18 % des sommes investies, retenues dans la limite de 50 000 € pour une personne seule et 100 000 € pour un couple soumis à imposition commune. L'excédent est reportable sur les quatre années suivantes. Le taux applicable aux souscriptions de 2026 doit être vérifié au moment du versement, car il a déjà varié plusieurs fois selon les périodes.
La société doit notamment être une PME au sens européen, non cotée, soumise à l'impôt sur les sociétés, exercer une activité opérationnelle (les activités financières et immobilières sont exclues), être sur son marché depuis moins de dix ans après son enregistrement ou moins de sept ans après sa première vente commerciale, et ne pas avoir reçu plus de 15 millions d'euros de souscriptions et d'aides au titre du financement des risques.
Si votre startup a le statut de jeune entreprise innovante, les souscriptions effectuées entre le 1er janvier 2024 et le 31 décembre 2028 ouvrent droit à une réduction de 30 %, dans la limite de 75 000 € (personne seule) ou 150 000 € (couple). Pour une JEI de rupture, dont les dépenses de recherche représentent au moins 30 % des charges, le taux monte à 50 %, dans la limite de 50 000 € ou 100 000 €. Contrairement au régime classique, l'excédent n'est pas reportable, et la réduction totale obtenue au titre de ces deux dispositifs est plafonnée à 50 000 € sur toute la période 2024-2028. Les conditions du statut sont détaillées dans notre article sur le statut JEI en 2026.
Pour la réduction IR-PME, la société doit compter au moins deux salariés à la clôture de l'exercice suivant celui de la souscription (un seul pour une entreprise inscrite à la chambre des métiers). Une startup de deux fondateurs non salariés qui lève en love money peut faire perdre l'avantage fiscal à ses proches si elle ne recrute pas à temps : intégrez cette contrainte à votre plan de recrutement.
C'est la question qui fâche, surtout en famille. Si vous entrez des proches au capital, il faut un prix par action. Une valorisation trop haute pénalise vos proches, qui paient trop cher et seront dilués au tour suivant ; une valorisation trop basse vous dilue inutilement et crée un précédent que les business angels regarderont.
Prenons Kalia, une SAS fondée par deux associées qui développent un logiciel SaaS de planification pour les cliniques vétérinaires. Elles ont besoin de 60 000 € pour financer douze mois de développement et décrocher leurs cinq premiers clients payants avant d'approcher des business angels. Elles combinent trois véhicules.
Les fondatrices retiennent une valorisation pré-money de 555 000 €, qu'elles justifient par le prototype et les lettres d'intention de trois cliniques. La cascade ci-dessous montre l'effet de l'augmentation de capital de 45 000 €.
Hypothèses pédagogiques. Le prêt de l'oncle dépasse 5 000 € : il est déclaré sur l'annexe 2062.
Kalia n'a pas le statut de JEI. En appliquant le taux de 18 % du régime IR-PME classique (taux des versements 2025), les parents obtiennent une réduction d'impôt de 30 000 € × 18 % = 5 400 €. Leur versement reste sous le plafond de 100 000 € du couple. Leur effort réel est donc de 30 000 € - 5 400 € = 24 600 €, à condition de conserver leurs titres jusqu'au 31 décembre de la cinquième année suivant la souscription et que la société remplisse la condition des deux salariés.
Si Kalia avait obtenu le statut de JEI avant la souscription, la réduction aurait été de 30 000 € × 30 % = 9 000 €, soit un effort net de 21 000 €. La différence de 3 600 € justifie de vérifier l'éligibilité au statut avant d'ouvrir le tour, et non après.
Le prêt de 15 000 € dépasse 1 500 € : la fondatrice signe une reconnaissance de dette mentionnant la somme en chiffres et en lettres et un échéancier de remboursement. Il dépasse aussi 5 000 € : elle le déclare sur l'annexe 2062 avec sa déclaration de revenus. Comme le prêt est sans intérêts, l'oncle n'a pas de revenus à déclarer. La fondatrice signe ensuite une convention de compte courant avec la société pour encadrer la remontée des fonds.
Budget sur 12 à 18 mois, runway visé, jalons à atteindre avant le tour suivant.
Don, prêt, compte courant, actions ou BSA AIR selon le profil de chaque proche.
Valorisation pré-money argumentée ou décote et plafond du BSA AIR.
Note d'information : risques, horizon de sortie, absence de garantie de rendement.
Décision d'associés, bulletins, reconnaissances de dette, déclarations fiscales.
Reporting trimestriel court : cash, runway, jalons, prochaines étapes.
Faire signer un pacte à ses parents peut sembler excessif. C'est pourtant ce qui protège tout le monde : clause de sortie conjointe, clause d'entraînement pour faciliter une cession future, droit de préemption, mandat de représentation pour éviter de réunir vingt signatures à chaque décision. Notre guide sur le pacte d'associés et le founders agreement détaille les clauses à prévoir.
Beaucoup de startups ne survivent pas à leurs premières années : ce risque doit être dit explicitement, avant la signature. La meilleure protection de la relation, c'est un discours de vérité au départ et un reporting régulier ensuite. Un point écrit chaque trimestre, avec la trésorerie, le runway restant et l'avancement des jalons, évite les mauvaises surprises et montre votre sérieux.
Les business angels et les fonds regarderont votre table de capitalisation, vos statuts et les engagements pris envers vos proches. Un tour de love money propre, documenté, avec des droits clairement définis, devient alors un atout. Pour préparer la suite, appuyez-vous sur notre guide complet de la levée de fonds startup.
La love money est bien plus qu'un coup de pouce familial : c'est votre premier tour de financement, avec ses règles. Choisissez le bon véhicule pour chaque proche (don, prêt, compte courant, actions ou BSA AIR), respectez les seuils de formalisme de 1 500 € et de 5 000 €, vérifiez l'éligibilité de votre société à la réduction d'impôt avant d'ouvrir le tour, et fixez un prix que vous pourrez défendre devant un fonds. Surtout, informez vos proches avec la même rigueur qu'un investisseur professionnel.
Vous préparez votre premier tour auprès de votre entourage ? L'équipe DIGIFEC vous aide à choisir les véhicules, à bâtir le prévisionnel, à sécuriser les formalités et à anticiper la seed. Découvrez notre accompagnement des startups dans leurs levées de fonds.
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La love money désigne les fonds apportés par la famille, les amis ou l'entourage proche d'un fondateur au tout début de son projet, avant les investisseurs professionnels. Ce n'est pas une catégorie juridique : l'argent peut prendre la forme d'un don, d'un prêt au fondateur, d'un compte courant d'associé, d'une souscription d'actions ou de BSA AIR. Chaque forme a ses propres règles fiscales et formalités, qu'il faut choisir en fonction du profil et des attentes de chaque proche.
Il n'existe pas de plafond légal propre à la love money. Les montants dépendent de la capacité de votre entourage et du besoin réel de la startup, souvent de quelques milliers à quelques dizaines de milliers d'euros par personne. La bonne méthode consiste à partir d'un budget sur 12 à 18 mois et des jalons à atteindre avant le tour suivant, puis à ne solliciter que des sommes dont la perte totale ne mettrait pas vos proches en difficulté.
Oui, dès que le total des prêts consentis ou reçus dans l'année dépasse 5 000 €, que le prêt porte intérêts ou non. L'emprunteur déclare en priorité, avec sa déclaration de revenus, via l'annexe 2062 en ligne ou le formulaire papier. Si le prêt génère des intérêts, le prêteur les déclare comme revenus de capitaux mobiliers. Au-delà de 1 500 €, une reconnaissance de dette écrite est par ailleurs nécessaire pour prouver le prêt.
Oui, s'ils souscrivent en numéraire au capital d'une société éligible et conservent leurs titres jusqu'au 31 décembre de la cinquième année suivant la souscription. Pour les versements 2025, la réduction IR-PME est de 18 % dans la limite de 100 000 € pour un couple. Elle atteint 30 % pour une JEI et 50 % pour une JEI de rupture, avec des plafonds spécifiques. La société doit notamment compter au moins deux salariés à la clôture de l'exercice suivant la souscription.