Entrepreneuriat & croissance

Une SASU création réussie ne se joue pas le jour du dépôt au guichet unique, mais dans les semaines qui précèdent : choix du capital, rédaction des statuts, dépôt des fonds, annonce légale, déclaration des bénéficiaires effectifs. Chaque étape a son coût, son délai et ses pièges, et une erreur au départ se paie souvent plus tard, au moment d'un premier recrutement ou d'une levée de fonds.
Ce guide vous donne la check-list complète pour immatriculer votre SASU en 2026, avec les tarifs officiels en vigueur, les délais réglementaires, un cas pratique chiffré pour une startup SaaS et les erreurs que nous voyons le plus souvent chez les fondateurs.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups et entreprises innovantes, nous accompagnons des fondateurs qui créent seuls leur société avant d'ouvrir le capital. L'objectif de cet article : vous permettre de créer vite, sans frais inutiles, et avec une structure prête à accueillir des associés.
La SASU est une société par actions simplifiée à associé unique. L'associé unique peut être une personne physique ou une personne morale, et sa responsabilité est limitée au montant de ses apports. Le président, obligatoire, peut être l'associé lui-même ou un tiers.
Pour un fondateur de startup, son principal atout est la continuité : une SASU devient une SAS dès l'entrée d'un deuxième associé, sans changer de forme juridique. Vous pouvez donc démarrer seul, puis faire entrer un cofondateur, des business angels ou un fonds en conservant la même société, le même numéro SIREN et les mêmes contrats.
Autres avantages souvent décisifs :
Si vous hésitez encore sur la forme juridique, notre comparatif SAS ou SASU pour lancer sa startup détaille les avantages et inconvénients de chaque option.
La création d'une SASU suit un ordre logique qu'il est risqué d'inverser : le dépôt du capital précède la signature des statuts, et l'annonce légale précède le dépôt du dossier. Voici la séquence complète.
Activité, président, capital, régime social et fiscal visé.
Vérifier la disponibilité du nom, choisir la domiciliation.
Objet, capital, pouvoirs du président, clauses d'avenir.
Banque ou notaire, attestation de dépôt des fonds.
Par l'associé unique, avec nomination du président.
Publication et attestation de parution.
Pièces, bénéficiaires effectifs, paiement des frais.
Déblocage des fonds, ACRE, banque, comptabilité.
Avant les statuts, fixez cinq paramètres : l'activité exacte (et son éventuel caractère réglementé ou artisanal), l'identité du président, le montant et la nature du capital, la rémunération envisagée la première année et le régime fiscal visé. Ces choix conditionnent les clauses des statuts, le coût des formalités et vos droits sociaux.
Pour une startup qui prévoit de lever, posez aussi la question de la holding : faut-il détenir les actions en direct ou via une société personnelle ? La réponse est plus simple à mettre en œuvre à la création qu'après plusieurs années d'activité.
Vérifiez que la dénomination n'est pas déjà utilisée par une société ou protégée par une marque dans votre domaine. Une recherche d'antériorité auprès de l'INPI et sur les registres évite de devoir changer de nom après avoir investi dans un site, un nom de domaine et une identité visuelle.
Pour le siège, plusieurs options existent : le domicile du président, un centre de domiciliation agréé, une pépinière ou un local dédié. Selon la fiche officielle sur la domiciliation, la domiciliation au domicile du représentant légal est limitée à 5 ans et doit être choisie dès la création, tandis qu'un contrat avec une société de domiciliation agréée dure au minimum 3 mois.
Les statuts sont la pièce maîtresse du dossier. En SASU, ils doivent notamment préciser la dénomination, le siège, l'objet social, la durée, le montant du capital, la répartition des apports, les pouvoirs du président et les modalités de décision de l'associé unique. Un modèle générique suffit rarement pour une startup : il faut anticiper l'arrivée d'investisseurs (agrément, inaliénabilité, catégories d'actions, directeur général).
Nous détaillons les clauses essentielles et un modèle commenté dans notre guide SASU statuts : rédiger des statuts solides.
Les apports en numéraire sont déposés auprès d'un établissement de crédit ou d'un notaire. Le dépôt ne peut pas être réalisé dans un établissement de paiement, et la Caisse des dépôts n'est plus une option depuis le 1er juin 2021. Le dépositaire vous demande un projet de statuts daté de moins d'un an, la liste des souscripteurs et une pièce d'identité, puis délivre l'attestation de dépôt des fonds, indispensable à l'immatriculation.
Une fois l'attestation obtenue, l'associé unique date et signe les statuts définitifs. Le président est nommé dans les statuts ou par un acte séparé. Conservez une version signée numérisée : elle sera jointe au dossier en ligne.
La constitution doit être publiée dans un support habilité à recevoir les annonces légales du département du siège. Depuis l'arrêté du 19 novembre 2025, l'annonce de constitution est facturée au forfait selon la forme sociale et le département. Le journal délivre une attestation de parution, à joindre au dossier. Relisez l'annonce avant publication : une erreur oblige à republier et donc à payer une seconde fois.
Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités d'entreprise passent par le guichet unique en ligne, qui a remplacé les centres de formalités des entreprises. Vous y saisissez les informations de la société, téléversez les pièces, déclarez les bénéficiaires effectifs et payez les frais. Le dossier est ensuite transmis au greffe pour l'inscription au registre du commerce et des sociétés.
Le Kbis (ou l'extrait du registre national des entreprises) déclenche plusieurs actions immédiates : déblocage du capital, demande d'ACRE, mise en place de la comptabilité et des outils de facturation. Nous y revenons plus bas, car plusieurs délais courent dès la date de début d'activité.
Le capital d'une SASU est libre, avec un minimum de 1 €. Il peut être constitué d'apports en numéraire (somme d'argent) et d'apports en nature (matériel, logiciel, marque, fonds de commerce). Les apports en industrie, c'est-à-dire un savoir-faire ou du travail, sont possibles mais n'entrent pas dans le capital.
À la création, au moins la moitié des apports en numéraire doit être versée. Le solde doit être libéré dans les 5 ans suivant l'immatriculation, sur appel du président. Concrètement, pour un capital de 10 000 € en numéraire, vous pouvez ne déposer que 5 000 € à la création.
Cette souplesse a un revers fiscal : le taux réduit d'impôt sur les sociétés suppose un capital entièrement libéré. Nous chiffrons l'impact dans le cas pratique ci-dessous.
Un apport en nature doit en principe être évalué par un commissaire aux apports, désigné par l'associé unique lorsque la société est constituée par une seule personne. Il est possible de s'en dispenser si deux conditions sont réunies : aucun apport en nature ne dépasse 30 000 €, et leur valeur totale ne dépasse pas la moitié du capital.
Attention : en l'absence de commissaire aux apports, ou si la valeur retenue diffère de celle qu'il propose, l'associé est responsable envers les tiers de la valeur attribuée aux apports pendant cinq ans. Pour un apport de code source, de nom de domaine ou de marque, documentez la méthode d'évaluation.
Le minimum légal n'est pas un objectif. Un capital trop faible peut gêner l'ouverture d'un compte professionnel, l'obtention d'un prêt d'honneur ou d'un prêt bancaire, et faire apparaître très vite des capitaux propres négatifs. À l'inverse, un capital élevé immobilise de la trésorerie personnelle sans bénéfice réel. Pour une startup en phase d'amorçage, le bon niveau est celui qui couvre les premiers mois de dépenses incompressibles et reste cohérent avec la valorisation que vous viserez lors de la première levée.
Le coût de création d'une SASU se décompose entre des frais légaux, fixés par la réglementation, et des frais variables qui dépendent de vos choix. Les montants ci-dessous sont ceux publiés par Service Public Entreprendre sur le coût des formalités de création (tarifs issus de l'arrêté du 25 février 2026) et par le ministère de la Justice pour les annonces légales.
| Poste | Montant 2026 | Caractère | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Formalité d'immatriculation (société commerciale) | 33,83 € | Obligatoire | Payée en ligne sur le guichet unique |
| Déclaration des bénéficiaires effectifs | 19,33 € | Obligatoire | Déposée avec la demande d'immatriculation |
| Annonce légale de constitution (SASU, métropole) | 142 € HT | Obligatoire | Forfait selon la forme et le département |
| Immatriculation artisanale (activité mixte) | 15 € | Selon l'activité | Uniquement si une partie de l'activité est artisanale |
| Dépôt du capital | Variable | Obligatoire si apport en numéraire | Frais fixés par la banque ou le notaire |
| Domiciliation | Variable | Selon le choix | Gratuit au domicile, payant en centre agréé |
| Rédaction des statuts et accompagnement | Variable | Recommandé | Sur devis, selon la complexité du projet |
| Commissaire aux apports | Variable | Selon les apports en nature | Dispense possible sous conditions |
Trois postes sont incompressibles : la formalité d'immatriculation d'une société commerciale (33,83 €), la déclaration des bénéficiaires effectifs (19,33 €) et l'annonce légale de constitution, fixée à 142 € HT pour une SASU en métropole en 2026. Si votre activité est mixte, commerciale et artisanale, une immatriculation artisanale réduite à 15 € s'ajoute.
À titre de comparaison, le forfait d'annonce de constitution d'une SAS pluripersonnelle est de 199 € HT en métropole : créer seul puis ouvrir le capital ne coûte pas plus cher sur ce poste.
Les frais bancaires de dépôt du capital, la domiciliation, l'éventuel commissaire aux apports et surtout l'accompagnement juridique et comptable varient fortement d'un prestataire à l'autre. Demandez des devis détaillés et vérifiez ce qui est réellement inclus : rédaction sur mesure des statuts ou simple modèle, conseil sur le régime social et fiscal, suivi du dossier jusqu'au Kbis.
Le coût le plus élevé est souvent invisible le jour de la création : des statuts inadaptés qu'il faudra modifier avant une levée, un choix de rémunération mal calibré, une option fiscale prise sans simulation. Les annonces de modification sont d'ailleurs facturées au caractère, et non au forfait.
Léa, 28 ans, lance à Paris une startup SaaS B2B de gestion de planning. Elle crée seule sa SASU, dont elle sera présidente, avant de faire entrer un cofondateur technique dans six mois. Son capital est de 5 000 € : 4 000 € en numéraire et un apport en nature de 1 000 € (ordinateurs et nom de domaine).
L'apport en nature de 1 000 € ne dépasse pas 30 000 €. Il représente 20 % du capital (1 000 / 5 000), soit moins de la moitié. Les deux conditions sont remplies : Léa peut se dispenser de commissaire aux apports, à condition de documenter la valeur retenue (factures d'achat, état du matériel).
Le minimum à verser à la création est de 50 % de l'apport en numéraire : 4 000 € × 50 % = 2 000 €. Le solde de 2 000 € pourrait être appelé dans les 5 ans.
Hors frais bancaires de dépôt du capital, domiciliation et honoraires d'accompagnement, qui dépendent des prestataires retenus.
Supposons que la SASU de Léa dégage un bénéfice fiscal de 60 000 € sur un exercice de douze mois, avec un chiffre d'affaires très inférieur à 10 millions d'euros et un capital détenu par une personne physique.
Écart : 15 000 − 10 750 = 4 250 € d'impôt supplémentaire, pour économiser un versement initial de 2 000 € qui reste de toute façon dans la société. Léa libère donc la totalité de ses 4 000 € dès la création. Notez que le plafond de 42 500 € s'apprécie sur douze mois et se proratise si le premier exercice est plus long ou plus court.
Le taux réduit de 15 % d'impôt sur les sociétés, applicable jusqu'à 42 500 € de bénéfice, suppose notamment un capital entièrement libéré. Libérer seulement la moitié des apports en numéraire est légal, mais peut faire perdre ce taux réduit tant que le solde n'est pas versé. Sur un petit capital, libérer 100 % dès la création coûte peu et évite ce piège.
Léa a moins de 30 ans et détient 100 % du capital : elle peut prétendre à l'ACRE. Si la date d'ouverture d'activité indiquée sur son justificatif est le 1er mars 2026, elle doit adresser sa demande à l'Urssaf au plus tard le 30 avril 2026 (60 jours). Passé ce délai, l'aide est perdue.
Le délai total dépend moins de l'administration que de votre préparation. Le greffier, lui, est tenu par des délais courts, fixés par l'article R123-97 du Code de commerce : un jour franc ouvrable après réception d'un dossier complet.
| Étape | Délai ou durée | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|---|
| Dépôt du capital | Avant la signature des statuts | Le projet de statuts remis au dépositaire doit dater de moins d'un an |
| Traitement par le greffe (dossier complet) | 1 jour franc ouvrable | À compter de la réception de la demande |
| Dossier incomplet | 15 jours | Pour fournir les pièces réclamées par le greffier |
| Dossier complexe | 5 jours francs ouvrables | Lorsque le dossier exige un examen particulier |
| Demande d'ACRE | 60 jours | À compter de la date d'ouverture de l'activité |
| Libération du solde du capital | 5 ans | À compter de l'immatriculation |
| Déclaration d'impôt sur les sociétés (2065) | 3 mois | Après la clôture de l'exercice |
| Approbation des comptes par l'associé unique | 6 mois | Après la clôture de l'exercice |
| Domiciliation au domicile du président | 5 ans maximum | Option à choisir dès la création |
Pour gagner du temps, préparez toutes les pièces en parallèle : le projet de statuts peut être finalisé pendant que la banque instruit l'ouverture du compte, et l'annonce légale rédigée dès que les statuts sont stabilisés.
L'obtention du Kbis ouvre une phase courte mais dense. Plusieurs obligations ou opportunités ont des délais stricts.
Transmettez le justificatif d'immatriculation au dépositaire pour débloquer les fonds. Ils peuvent ensuite être versés sur le compte courant professionnel de la société.
Depuis le 1er janvier 2026, l'ACRE n'est plus accordée d'office : le président de SASU, mandataire social assimilé salarié, doit en faire la demande auprès de l'Urssaf dans les 60 jours suivant la date d'ouverture de l'activité. Il doit relever d'une situation ouvrant droit à l'aide, exercer le contrôle effectif de la société pendant au moins 2 ans et ne pas en avoir bénéficié au cours des 3 années précédentes. L'exonération est partielle, dure 12 mois, devient dégressive au-delà de 36 045 € de revenu annuel et ne s'applique plus à partir de 48 060 €. Les conditions détaillées figurent sur la fiche officielle de l'ACRE.
La rémunération du président est imposée dans la catégorie des traitements et salaires et supporte les cotisations d'un cadre, hors assurance chômage. Un président rémunéré uniquement en dividendes ne cotise pas et ne bénéficie d'aucune protection sociale, ce qui inclut la retraite. Pour comparer les scénarios, consultez notre simulation SASU salaire ou dividendes.
Dès le premier jour, la SASU doit tenir une comptabilité d'engagement, conserver ses justificatifs et préparer ses déclarations de TVA. Les décisions de l'associé unique sont consignées dans un registre spécial, conservé pendant 6 ans. Après la clôture, l'associé unique approuve les comptes dans les 6 mois, et la déclaration d'impôt sur les sociétés n° 2065 est déposée dans les 3 mois. Notre article SASU comptabilité : obligations, outils et coût détaille l'organisation à prévoir.
Les mêmes erreurs reviennent chez les fondateurs qui créent seuls. Aucune n'est irréversible, mais toutes coûtent du temps ou de l'argent à corriger.
Avant de cliquer sur « valider » au guichet unique, passez cette liste en revue. Elle reprend les points de contrôle que nous appliquons aux dossiers de création que nous accompagnons.
Pour replacer ces choix dans l'ensemble de votre projet (pacte, propriété intellectuelle, financements), notre guide juridique pour créer une start-up complète utilement cette check-list. Les règles de fonctionnement de la SASU sont également résumées sur la fiche officielle consacrée à la SASU.
La création d'une SASU coûte environ 195 € de frais légaux hors TVA sur l'annonce, et l'immatriculation elle-même peut être rapide dès lors que le dossier est complet. Le vrai enjeu se situe ailleurs : un capital entièrement libéré pour préserver le taux réduit d'IS, des apports en nature correctement évalués, des statuts pensés pour accueillir des associés et une demande d'ACRE envoyée dans les 60 jours.
Vous préparez la création de votre société et voulez une structure prête pour votre première levée ? Découvrez notre accompagnement structuration et croissance des startups : nous cadrons avec vous statuts, capital, rémunération et organisation comptable dès le premier jour.
À lire aussi
Les frais légaux incompressibles comprennent la formalité d'immatriculation (33,83 €), la déclaration des bénéficiaires effectifs (19,33 €) et l'annonce légale de constitution, fixée à 142 € HT pour une SASU en métropole. Comptez donc environ 195 € hors TVA sur l'annonce. S'ajoutent, selon vos choix, les frais bancaires de dépôt du capital, la domiciliation, un éventuel commissaire aux apports et l'accompagnement pour les statuts.
La durée dépend surtout de votre préparation : rédaction des statuts, ouverture du compte de dépôt et publication de l'annonce. Une fois le dossier complet transmis au guichet unique, le greffier dispose d'un jour franc ouvrable pour immatriculer la société. S'il manque une pièce, vous avez quinze jours pour la fournir après sa réclamation, ce qui retarde d'autant l'obtention du Kbis.
Oui, le capital minimum d'une SASU est de 1 €. C'est rarement une bonne idée pour une startup : un capital symbolique fragilise la crédibilité auprès des banques et des fournisseurs, et les fonds propres deviennent vite négatifs en phase de burn. Un capital de quelques milliers d'euros, entièrement libéré, envoie un meilleur signal et préserve l'accès au taux réduit d'impôt sur les sociétés.
Oui, s'il relève d'une des situations ouvrant droit à l'aide (demandeur d'emploi indemnisé, moins de 30 ans, bénéficiaire du RSA, etc.) et s'il contrôle effectivement la société. Depuis le 1er janvier 2026, l'ACRE n'est plus automatique : la demande doit être adressée à l'Urssaf dans les 60 jours suivant la date d'ouverture de l'activité. L'exonération est partielle et dure 12 mois.