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La France exit tax est l'impôt que l'administration calcule le jour où un contribuable transfère son domicile fiscal hors de France, sur les plus-values qu'il n'a pas encore réalisées. Pour un fondateur, la règle est brutale sur le papier : vos actions n'ont pas été vendues, vous n'avez encaissé aucun euro, mais la plus-value latente accumulée depuis la création de la startup est figée et taxée au moment où vous partez à Lisbonne, Londres, Dubaï ou San Francisco.
Dans la grande majorité des cas, cet impôt n'est pourtant jamais payé. Il est placé en sursis, puis effacé si vous conservez vos titres suffisamment longtemps. Tout l'enjeu est donc de savoir si vous êtes dans le champ, quel montant sera calculé, si le sursis est automatique dans votre pays de destination, et quels événements de la vie de votre startup (rachat, earn-out, secondaire) peuvent rendre l'impôt exigible.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups et scale-ups, nous accompagnons régulièrement des fondateurs qui s'expatrient avant une levée ou une sortie. Ce guide reprend le mécanisme de l'exit tax en vigueur en 2026, un cas chiffré pas à pas et la méthode pour préparer un départ sans mauvaise surprise.
L'exit tax France est prévue à l'article 167 bis du Code général des impôts, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2024, non modifiée depuis. Elle impose, lors du transfert du domicile fiscal hors de France, les plus-values latentes sur certaines participations, les créances de complément de prix et les plus-values dont l'imposition avait été reportée.
L'objectif du législateur est simple : éviter qu'un entrepreneur fasse grandir la valeur de sa société en France, puis la vende quelques mois après s'être installé dans un pays qui ne taxe pas, ou peu, les plus-values. Le texte ne vous interdit pas de partir. Il fige la créance fiscale française sur la valeur créée pendant votre résidence.
Les fondateurs de startups sont particulièrement exposés pour trois raisons. Leur participation est souvent importante en pourcentage. Leur prix de revient est quasi nul, puisqu'ils ont souscrit au nominal à la création. Et la valeur de leurs titres peut exploser en quelques tours de table, alors même qu'ils n'ont aucune liquidité. Une seed bien valorisée suffit à faire franchir les seuils.
Trois conditions cumulatives doivent être réunies pour que la french exit tax s'applique à un départ en 2026. Elles se vérifient à la date du transfert du domicile fiscal.
| Condition | Ce que prévoit l'article 167 bis du CGI | Lecture pour un fondateur |
|---|---|---|
| Durée de résidence | Domicile fiscal en France pendant au moins 6 des 10 années précédant le transfert | Un fondateur installé en France depuis ses études est presque toujours concerné |
| Seuil de participation | Titres représentant au moins 50 % des bénéfices sociaux d'une société | Atteint par un fondateur solo ou majoritaire, même si la valeur est faible |
| Seuil de valeur | Valeur globale des titres supérieure à 800 000 € à la date du transfert | Atteint très vite après une seed ou une série A valorisée |
| Périmètre | Titres détenus directement ou indirectement par les membres du foyer fiscal | Les titres logés dans une holding et ceux du conjoint comptent |
| Autres éléments taxés | Créances de complément de prix (earn-out) et plus-values en report d'imposition | Un earn-out en cours ou un apport-cession passé entrent dans l'assiette |
Le contribuable doit avoir été fiscalement domicilié en France pendant au moins six des dix années qui précèdent son départ. Un fondateur étranger arrivé en France via un visa talent il y a quatre ans, qui repart avant d'atteindre six ans de résidence, n'est donc pas concerné. À l'inverse, un fondateur français qui a fait toute sa carrière en France l'est presque toujours, même s'il a passé deux ou trois ans à l'étranger dans la décennie.
Les titres détenus par le foyer fiscal doivent soit représenter au moins 50 % des bénéfices sociaux d'une société, soit avoir une valeur globale supérieure à 800 000 € à la date du transfert. Les deux seuils sont alternatifs. Un fondateur unique d'une SASU sans valeur significative atteint le premier ; un cofondateur à 12 % d'une scale-up valorisée 10 M€ atteint le second.
Le seuil de valeur est apprécié globalement, sur l'ensemble des droits sociaux, valeurs et titres détenus, directement ou indirectement, par les membres du foyer fiscal. Concrètement, votre participation dans la startup, celle de votre conjoint, vos titres logés dans une holding et votre portefeuille d'actions de business angel s'additionnent. Beaucoup de fondateurs pensent rester sous les 800 000 € en ne regardant que leur ligne principale : c'est une erreur classique.
Deux catégories souvent oubliées entrent aussi dans le calcul. D'abord les créances de complément de prix : si vous avez déjà vendu une première société avec un earn-out, la créance est taxable au transfert pour sa valeur réelle. Ensuite les plus-values en report d'imposition, notamment celles placées sous le régime de l'apport-cession de l'article 150-0 B ter.
Pour un serial entrepreneur, ce dernier point est souvent le plus lourd : la plus-value de la première sortie, apportée à une holding, n'a jamais été taxée et devient imposable au départ. Les règles d'expiration du sursis et de dégrèvement de ces plus-values en report sont propres à chaque régime et doivent être analysées séparément.
La plus-value latente est égale à la différence entre la valeur des titres à la date du transfert et leur prix d'acquisition (ou la valeur retenue pour les droits de mutation si vous les avez reçus par donation ou succession). Les éventuelles moins-values latentes ne viennent pas réduire les plus-values : elles ne sont pas imputables.
L'impôt sur le revenu est calculé selon les règles de l'article 200 A du CGI, c'est-à-dire au taux forfaitaire de 12,8 % ou, sur option globale, au barème progressif. S'y ajoutent les prélèvements sociaux : l'article L136-6 du Code de la sécurité sociale vise expressément les plus-values et créances de l'article 167 bis. Selon service-public.gouv.fr, le taux des prélèvements sociaux applicable aux revenus de placements de 2026 est de 18,6 % dans le cas général, ce qui porte le prélèvement forfaitaire unique à 31,4 %.
Le texte renvoie aux règles d'évaluation des droits de succession : c'est la valeur réelle des titres qui compte. Pour une startup non cotée, l'administration regardera d'abord le prix du dernier tour de table. Or ce prix concerne souvent des actions de préférence, assorties d'une liquidation préférentielle, alors que vous détenez des actions ordinaires. Une décote motivée, appuyée par une valorisation de la start-up documentée, est défendable. Elle doit être cohérente avec vos autres déclarations et avec la valeur retenue lors des opérations sur le capital.
Prenons le cas de Clara, cofondatrice de Linea, une startup SaaS B2B parisienne. Elle a souscrit 15 % du capital au nominal pour 1 500 € en 2019. En 2025, Linea a levé une série A sur une valorisation post-money de 20 M€. Clara est résidente fiscale française depuis toujours et prévoit de s'installer au printemps 2026 pour ouvrir le bureau commercial de la société à l'étranger.
Clara a plus de six ans de domicile fiscal en France sur les dix dernières années. Sa participation de 15 % ne lui donne pas 50 % des bénéfices, mais sa valeur, 3 M€, dépasse largement 800 000 €. Elle est donc dans le champ de l'exit tax.
Valeur supérieure à 2,57 M€ : délai de dégrèvement de 5 ans. Exemple simplifié, hors option pour le barème et hors abattements.
Sur le papier, Clara « doit » 941 529 € à l'administration fiscale le jour de son départ, sans avoir vendu une seule action. Comme la valeur globale de ses titres dépasse 2,57 M€, le délai de conservation nécessaire pour effacer cet impôt est de cinq ans à compter du transfert, et non de deux ans.
Si Clara s'installe au Portugal, État membre de l'Union européenne, le sursis de paiement est automatique : elle déclare les plus-values l'année suivante, suit son dossier chaque année, et ne débourse rien tant qu'elle conserve ses titres. Si elle s'installe dans un État qui ne remplit pas les conditions conventionnelles du sursis automatique, elle doit demander le sursis avant son départ, désigner un représentant fiscal en France et constituer des garanties égales à 12,8 % du montant brut des plus-values, soit 383 808 €. Une caution bancaire de ce montant a un coût et suppose souvent un nantissement d'actifs.
Imaginons que Linea soit rachetée trois ans après le départ et que Clara cède ses titres pour 2,4 M€, soit moins que la valeur retenue au départ. Le sursis expire, mais l'impôt est recalculé sur la plus-value réellement réalisée : 2 398 500 € × 31,4 % = 753 129 €. L'excédent de 188 400 € est dégrevé. Si son nouveau pays d'accueil a lui aussi taxé la plus-value, l'impôt étranger est imputable sur l'impôt français, dans la limite de celui-ci, d'abord sur les prélèvements sociaux puis sur l'impôt sur le revenu.
Si, au contraire, Clara conserve ses titres plus de cinq ans, l'impôt sur la plus-value latente est dégrevé d'office : la créance de 941 529 € disparaît. Et si elle revient vivre en France avant la cession, sa situation est rétablie comme si elle n'était jamais partie.
Le sort de votre trésorerie dépend avant tout de votre destination. L'article 167 bis distingue deux régimes de sursis de paiement.
| Critère | Sursis automatique | Sursis sur demande |
|---|---|---|
| Destinations | État membre de l'Union européenne, ou État lié à la France par une convention d'assistance administrative et une convention de recouvrement, non coopératif exclu | Tous les autres États ou territoires |
| Démarche | Déclaration des plus-values l'année suivant le départ | Déclaration, demande expresse de sursis avant le départ |
| Représentant fiscal | Non exigé | Représentant établi en France à désigner |
| Garanties | Aucune | Garanties à constituer auprès du comptable public avant le départ, à hauteur de 12,8 % du montant brut des plus-values et créances |
| Coût de trésorerie | Nul tant que les titres sont conservés | Coût de la caution bancaire ou immobilisation d'actifs |
Il s'applique si vous vous installez dans un État membre de l'Union européenne, ou dans un État ou territoire ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative en matière fiscale et une convention d'assistance au recouvrement d'une portée similaire à la directive européenne sur le recouvrement, à condition que cet État ne soit pas considéré comme non coopératif. Le texte ne publie pas de liste : pour chaque destination hors Union européenne, il faut vérifier l'existence et la portée de ces deux conventions.
Pour toutes les autres destinations, le sursis n'est accordé que sur demande expresse, déposée avant le départ, avec trois exigences : déclarer le montant des plus-values et créances, désigner un représentant établi en France habilité à recevoir les communications de l'administration, et constituer des garanties suffisantes auprès du comptable public. Si l'impôt définitif dépasse les garanties, un complément est exigé ; s'il est inférieur, vous pouvez demander la levée de la différence.
Valorisation des titres, choix de la destination, garanties et représentant si le sursis n'est pas automatique.
Fait générateur : la plus-value latente est figée sur la valeur des titres à cette date.
Information de l'administration sur la nouvelle adresse fiscale à l'étranger.
Déclaration des plus-values et créances avec la déclaration de revenus, puis suivi chaque année.
Dégrèvement d'office de l'impôt sur les plus-values latentes si les titres sont toujours détenus.
Le sursis n'est pas un effacement. Il prend fin dès que certains événements surviennent, et la vie d'une startup en produit beaucoup : rachat par un industriel, cession secondaire à un fonds, rachat d'actions par la société, réduction de capital, versement d'un earn-out.
Le cas typique est celui du fondateur qui part en pensant que la sortie est lointaine, puis reçoit une offre d'acquisition dix-huit mois plus tard. La cession met fin au sursis et l'impôt devient exigible, dans la limite de la plus-value réelle. Pour un fondateur dont les titres valent plus de 2,57 M€, la fenêtre d'exposition dure cinq ans : c'est l'horizon d'un business plan de série A. Intégrez-le dans votre réflexion avec vos investisseurs, notamment si le pacte prévoit une clause de sortie forcée.
La donation des titres après le départ peut entraîner un dégrèvement de l'impôt sur la fraction donnée, si le donateur est installé dans un État ouvrant droit au sursis automatique ou s'il démontre que l'opération n'a pas pour motif principal d'éluder l'impôt. Le décès entraîne également le dégrèvement de l'impôt afférent aux plus-values latentes.
L'exit tax est un impôt déclaratif suivi dans la durée. Le calendrier est fixé par le IX de l'article 167 bis :
Le défaut de dépôt de ces déclarations, ou l'omission de tout ou partie des éléments à déclarer, entraîne l'exigibilité immédiate de l'impôt en sursis. Autrement dit, un oubli administratif dans votre deuxième année à l'étranger peut coûter l'intégralité de l'impôt calculé. C'est la raison pour laquelle nous recommandons de confier ce suivi à votre expert-comptable, avec un rappel annuel calé sur la campagne déclarative française.
L'exit tax suppose un transfert effectif du domicile fiscal. Or, selon l'article 4 B du CGI, vous restez domicilié en France si vous remplissez un seul des trois critères suivants : y avoir votre foyer ou le lieu de votre séjour principal, y exercer une activité professionnelle à titre non accessoire, ou y avoir le centre de vos intérêts économiques. Une convention fiscale internationale peut ensuite trancher les cas de double résidence.
Un fondateur qui reste président opérationnel de sa SAS française, dont la famille reste à Paris ou dont l'essentiel du patrimoine reste en France peut rester fiscalement domicilié en France au sens de l'article 4 B du CGI. Dans ce cas, il n'y a pas d'exit tax… mais toute la fiscalité française continue de s'appliquer, y compris sur la future cession.
Pour un fondateur, le critère de l'activité professionnelle est le plus sensible. Si vous restez président de la SAS française, si vous êtes rémunéré par elle et si vous passez une grande partie de votre temps à Paris pour piloter l'équipe, l'administration peut considérer que votre activité principale reste en France. Structurer la nouvelle organisation est donc indispensable : création d'une filiale locale qui vous emploie, répartition claire des mandats, calendrier de présence documenté.
La question se pose aussi pour vos instruments d'intéressement. Les titres issus de l'exercice de vos BSPCE et vos actions gratuites obéissent à des règles propres en cas de départ, distinctes de l'exit tax sur vos actions de fondateur : faites-les analyser à part.
L'exit tax ne se gère pas l'été du déménagement. Les arbitrages utiles se prennent six à douze mois avant le départ, en lien avec votre feuille de route de levée de fonds et de sortie.
Plusieurs choix patrimoniaux influencent l'impôt calculé : le moment du départ par rapport à un tour de table (partir avant une levée qui multiplie la valeur par trois ne produit évidemment pas le même résultat qu'après), la donation de titres, ou la structuration via une holding. Une holding ne permet pas d'échapper à l'exit tax, puisque les titres détenus indirectement entrent dans le seuil et que les titres de la holding elle-même sont imposables, mais elle change la façon dont la plus-value future sera réalisée. Avant de créer une structure à l'étranger, lisez notre analyse sur la création d'une holding en Suisse, qui montre les limites de ce type de montage.
Enfin, préparez le scénario de cession lui-même : la manière dont votre plus-value de cession de titres sera calculée et imposée, en France et dans votre pays d'accueil, conditionne le coût final de votre expatriation.
L'exit tax ne doit pas dissuader un fondateur de s'expatrier : pour un départ dans l'Union européenne, avec des titres conservés et un suivi déclaratif rigoureux, elle reste une créance théorique qui disparaît après deux ou cinq ans. Elle devient en revanche coûteuse lorsque le départ est mal préparé : seuils mal appréciés, valorisation non défendue, destination sans sursis automatique, cession pendant le délai ou oubli d'une déclaration annuelle.
Le bon réflexe consiste à traiter l'expatriation comme une opération de structuration à part entière, au même titre qu'une levée de fonds. Pour cartographier vos titres, chiffrer l'exit tax et organiser votre suivi, l'équipe DIGIFEC vous accompagne dans la structuration financière de votre startup et de votre patrimoine de fondateur.
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Oui, l'exit tax est calculée quelle que soit la destination dès lors que vous remplissez les conditions de résidence et de seuils. En revanche, pour un départ vers un État membre de l'Union européenne, le sursis de paiement est automatique : vous déclarez les plus-values sans rien payer tant que vous conservez vos titres, puis l'impôt sur les plus-values latentes est dégrevé après 2 ans, ou 5 ans si vos titres valent plus de 2,57 M€.
Deux seuils alternatifs s'appliquent : détenir des titres représentant au moins 50 % des bénéfices sociaux d'une société, ou détenir des titres dont la valeur globale dépasse 800 000 € à la date du départ. La valeur s'apprécie sur l'ensemble des titres détenus directement ou indirectement par le foyer fiscal, y compris via une holding. Il faut en outre avoir été domicilié fiscalement en France au moins 6 ans sur les 10 dernières années.
L'impôt est calculé sur la plus-value latente, différence entre la valeur des titres au départ et leur prix d'acquisition. Au taux forfaitaire, il combine 12,8 % d'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux, de 18,6 % dans le cas général pour 2026, soit 31,4 %. Pour 3 M€ de titres souscrits 1 500 €, cela représente environ 941 500 €, le plus souvent placés en sursis de paiement.
La cession des titres met fin au sursis de paiement : l'impôt devient exigible. Il est toutefois recalculé si la plus-value réellement réalisée est inférieure à la plus-value latente constatée au départ, et l'impôt payé à l'étranger sur la même plus-value est imputable dans la limite de l'impôt français. Si la cession intervient après le délai de 2 ou 5 ans, l'impôt sur la plus-value latente a déjà été dégrevé.