Actualités comptables & fiscales

Le guide CIR 2025 publié par le ministère chargé de la recherche et la doctrine fiscale du BOFiP sont les deux textes que relira un contrôleur avant de valider, ou de remettre en cause, votre crédit d'impôt recherche. Or l'année 2025 a été une année de rupture : la loi de finances pour 2025 a modifié l'assiette en plein exercice, à compter du 15 février 2025, et l'administration a mis à jour ses commentaires le 13 août 2025. Une déclaration déposée en 2026 sur les dépenses 2025 doit donc appliquer deux jeux de règles sur la même année civile.
Ce guide est une lecture opérationnelle, pour le dirigeant et son CFO, de ce que disent réellement ces textes : quelles dépenses restent éligibles, comment documenter l'état de l'art et les verrous, quel dossier justificatif tenir prêt pour un contrôle et quelles échéances surveiller. Le calcul détaillé du crédit et ses nouveautés chiffrées sont traités dans un article dédié ; ici, l'objectif est de rendre votre CIR défendable.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable des startups et entreprises innovantes, nous voyons la même chose à chaque revue de dossier : le crédit est rarement perdu sur le taux ou le calcul, presque toujours sur la preuve. C'est donc par la doctrine que commence la sécurisation.
Trois niveaux de textes encadrent le crédit d'impôt recherche. Le premier est la loi : l'article 244 quater B du code général des impôts fixe le taux, l'assiette et les déductions, complété par les articles 49 septies F et suivants de l'annexe III pour les définitions. La version consolidée en vigueur au 1er janvier 2026 a été modifiée par la loi n° 2025-127 du 14 février 2025, puis par la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 : relisez toujours la rédaction consolidée plutôt qu'un résumé.
Le deuxième niveau est la doctrine administrative, publiée au BOFiP sous la référence BOI-BIC-RICI-10-10. C'est elle qui est opposable à l'administration : si vous appliquez une position publiée au BOFiP, elle ne peut pas vous la reprocher. La version en vigueur des principales sections (champ d'application, dépenses éligibles, obligations déclaratives et contrôle) date du 13 août 2025.
Le troisième niveau est le guide du CIR du ministère chargé de la recherche. Il n'a pas la valeur juridique du BOFiP, mais il traduit la façon dont les experts scientifiques du ministère apprécient un dossier. Ignorer leur grille de lecture, c'est prendre un risque inutile.
L'actualité BOFiP du 13 août 2025 commente les articles 55 à 58 de la loi de finances pour 2025. Pour une startup, quatre changements comptent vraiment. Ils s'appliquent aux dépenses exposées à compter du 15 février 2025, et non à l'exercice entier.
| Poste | Dépenses exposées jusqu'au 14 février 2025 | Dépenses exposées à compter du 15 février 2025 |
|---|---|---|
| Forfait de fonctionnement sur les dépenses de personnel | 43 % des salaires et charges des chercheurs et techniciens | 40 % des salaires et charges des chercheurs et techniciens |
| Forfait de fonctionnement sur les amortissements | 75 % des dotations | 75 % des dotations (inchangé) |
| Dispositif « jeunes docteurs » | Salaires retenus pour le double pendant deux ans après le premier CDI | Supprimé |
| Brevets et certificats d'obtention végétale (prise, maintenance, défense, amortissements) | Éligibles | Exclus de l'assiette |
| Veille technologique | Éligible | Exclue de l'assiette |
| Subventions publiques à déduire | Aides publiques liées aux opérations | Aides des personnes publiques et des organismes privés chargés d'une mission de service public |
| Taux du crédit d'impôt | 30 % jusqu'à 100 M€, 5 % au-delà | 30 % jusqu'à 100 M€, 5 % au-delà (inchangé) |
Deux précisions complètent ce tableau. La notion de subventions publiques à déduire est désormais définie : il s'agit des aides versées à raison des opérations éligibles par les personnes morales de droit public ou par les personnes de droit privé chargées d'une mission de service public. Par ailleurs, le crédit d'impôt innovation a été prorogé jusqu'au 31 décembre 2027, avec un taux de droit commun ramené de 30 % à 20 % : nous le détaillons dans notre article sur le crédit d'impôt innovation et son calcul.
Si votre plan de recrutement reposait sur des profils PhD, la suppression du doublement change l'arbitrage : notre analyse sur la façon de valoriser des docteurs dans le CIR après la fin du dispositif jeune docteur présente les leviers qui subsistent.
Le BOFiP (BOI-BIC-RICI-10-10-10-20) pose une règle simple : une opération doit relever d'au moins une des trois catégories, recherche fondamentale, recherche appliquée ou développement expérimental, et satisfaire aux cinq critères du Manuel de Frascati. Ces critères sont cumulatifs.
Le BOI-BIC-RICI-10-10-10-25 précise le critère décisif : une opération de R&D doit combiner un élément de nouveauté non négligeable avec la dissipation d'une incertitude scientifique ou technique. La solution ne doit pas apparaître évidente à une personne parfaitement au fait des connaissances et pratiques courantes du secteur. La pertinence commerciale d'un produit, ou le simple fait qu'il soit nouveau sur le marché, ne suffit pas.
Un sous-projet bute sur un problème sans solution connue en interne.
Analyse des connaissances accessibles au début des travaux : publications, brevets, conférences, solutions du marché.
Si une solution existe et est exploitable, c'est de l'ingénierie. Sinon, le verrou justifie une opération de R&D.
Hypothèses, démarche, travaux scientifiques et techniques, tests et validation.
La solution est appliquée au sous-projet, puis le produit est intégré, testé et validé hors R&D.
Frontière clé : seule l'étape 4 (et les travaux indispensables à sa réalisation) entre dans l'assiette. Un échec documenté reste éligible, car il accroît les connaissances.
La doctrine liste des activités connexes exclues, même lorsqu'elles s'inscrivent dans un projet innovant : études de marché et de coûts, études de faisabilité selon les techniques existantes, adaptation des produits aux normes, formation, collecte et diffusion d'informations, veille technologique. Sont aussi exclus la mise en fabrication, l'outillage et la production d'essai.
À l'inverse, dès qu'une opération est qualifiée de R&D, l'ensemble des travaux scientifiques et techniques indispensables à sa réalisation est éligible, même s'ils ne seraient pas de la R&D pris isolément. C'est un point souvent sous-exploité : les développements, tests et jeux d'essais nécessaires pour lever le verrou entrent dans le périmètre.
Pour les éditeurs de logiciels, la doctrine procède en deux temps : identifier les incertitudes et les opérations qui leur sont liées, puis rattacher à la R&D la conception, le développement et les tests indispensables à ces opérations, en explicitant ce lien dans la gestion du projet.
Le BOFiP rappelle que l'utilisation de systèmes existants pour une finalité nouvelle ne constitue pas en soi un progrès, et que l'acquisition d'une technologie existante (langage, framework, méthodologie de test) n'est pas de la R&D. Un produit innovant pour vos clients peut donc ne contenir aucune opération éligible.
L'état de l'art est la pièce maîtresse du dossier. Le BOFiP le définit comme l'état des connaissances scientifiques et techniques au début des travaux, et non comme une comparaison avec la concurrence ou le constat que votre produit n'existe pas encore. Il doit s'appuyer sur les sources accessibles, gratuites ou payantes, brevets compris. Dans le numérique, la doctrine cite expressément les conférences scientifiques sélectives comme source de l'état des connaissances.
La doctrine distingue aussi l'incertitude scientifique de la simple carence de compétences. Si une solution existe sur le marché ou dans la littérature, les travaux pour la reproduire ne sont pas de la R&D, même si votre équipe ne la maîtrise pas. L'état de l'art sert précisément à prouver que vous avez cherché, trouvé ce qui existait et constaté que cela ne suffisait pas.
Les indicateurs cités par le BOFiP renforcent la crédibilité sans être obligatoires : publications, encadrement de thèses CIFRE, collaborations avec des laboratoires publics, projets collaboratifs subventionnés, dépôts de logiciels ou enveloppes Soleau. Leur absence n'est pas rédhibitoire, leur présence n'est pas une preuve suffisante.
Les dépenses de personnel représentent l'essentiel de l'assiette d'une startup, et l'essentiel des redressements. Le BOFiP (BOI-BIC-RICI-10-10-20-20) retient les chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés aux opérations de R&D. Les chercheurs sont des scientifiques ou ingénieurs ; la qualité de scientifique est reconnue à partir d'un diplôme de niveau master, et un salarié non diplômé peut être assimilé ingénieur s'il a acquis cette qualification dans l'entreprise.
Stagiaires et apprentis peuvent être assimilés à des techniciens de recherche sous conditions, et les dirigeants peuvent être retenus s'ils participent effectivement et personnellement aux projets.
Pour un salarié affecté à temps partiel, sa rémunération est retenue au prorata du temps réellement et exclusivement consacré à la recherche. La doctrine est explicite : l'entreprise doit pouvoir l'établir avec précision et rigueur, « toute détermination forfaitaire étant exclue ». Le prorata se calcule en heures ou jours consacrés à la R&D rapportés au total travaillé, puis s'applique à la rémunération brute, congés payés inclus.
Concrètement, un CTO qui code la moitié de son temps sur un verrou et consacre le reste au recrutement et à l'avant-vente doit disposer d'un relevé de temps par projet, tenu au fil de l'eau.
Prenons une startup d'IA embarquée soumise à l'IS, qui clôture au 31 décembre 2025 et déclare son CIR en 2026. Le CIR se calcule par année civile. En 2025, elle a exposé 360 000 € de salaires et charges de chercheurs et techniciens, dont 45 000 € jusqu'au 14 février et 315 000 € ensuite. Elle a aussi 20 000 € de dotations aux amortissements sur des serveurs de calcul affectés à la recherche, 50 000 € de travaux confiés à un laboratoire agréé, une subvention publique de 30 000 € affectée au projet et 8 000 € de frais de dépôt de brevet engagés en juin.
Le calcul, pas à pas :
L'assiette nette atteint 360 000 + 20 000 + 19 350 + 126 000 + 15 000 + 50 000 − 30 000 = 540 350 €, soit un CIR de 162 105 € au taux de 30 %. Si l'entreprise avait appliqué 40 % à toute l'année, le forfait aurait été de 144 000 € au lieu de 145 350 € : l'écart, 1 350 € d'assiette et 405 € de crédit, est modeste mais montre l'intérêt d'une ventilation datée des salaires. À l'inverse, avoir laissé les 8 000 € de brevet dans la base aurait créé un risque de redressement sans contrepartie.
Le vrai sujet de ce dossier n'est pourtant pas le calcul, mais la preuve : relevés de temps des 360 000 € de salaires, agrément du laboratoire à la date des travaux, convention de subvention et état de l'art du projet. Pour la mécanique complète du calcul et les nouveautés de taux, reportez-vous à notre article sur le calcul du crédit d'impôt recherche en 2026.
Le BOFiP (BOI-BIC-RICI-10-10-60) indique que des agents du ministère chargé de la recherche peuvent vérifier la réalité de l'affectation des dépenses à la recherche, sur pièces ou sur place. L'entreprise dispose de 30 jours pour répondre, délai prorogeable. Surtout, si les justificatifs ne sont pas produits, l'affectation est réputée non justifiée. Le dossier doit donc exister avant la demande, pas être construit pendant.
| Bloc | Pièces attendues | Erreur fréquente |
|---|---|---|
| Dossier scientifique et technique | Contexte et objectifs, état de l'art daté et sourcé, verrous, hypothèses, travaux menés, résultats et échecs, indicateurs (publications, thèses, collaborations) | Dossier rédigé un an après, sans trace des travaux de l'époque |
| Personnel de recherche | Organigramme projet, diplômes ou justification de la qualification d'ingénieur, contrats, bulletins, DSN, relevés de temps par projet | Taux d'affectation forfaitaire (« 50 % du CTO ») sans relevé |
| Amortissements | Factures d'acquisition, tableau d'amortissement, preuve d'affectation à la recherche | Matériel partagé avec la production retenu à 100 % |
| Sous-traitance | Contrats, factures, preuve d'agrément du prestataire à la date des travaux, état des sous-traitants (2069-A-2-SD) | Prestataire non agréé ou agrément expiré |
| Déductions | Conventions de subventions et d'avances remboursables, factures de conseil liées au crédit d'impôt | Subvention Bpifrance ou régionale oubliée dans le calcul |
| Déclaratif | 2069-A-SD, 2069-RCI-SD, relevé de solde, échanges avec l'administration, rescrit éventuel | Formulaires archivés sans le détail de calcul |
Pour chaque projet, reprenez la démarche du BOFiP : contexte et objectifs, état de l'art, verrous identifiés, hypothèses et démarche, travaux réalisés avec les personnes impliquées, résultats obtenus ou échecs, puis indicateurs de recherche. Ajoutez une annexe financière qui relie chaque ligne de la 2069-A-SD aux projets décrits.
La déclaration 2069-A-SD est déposée, pour une société à l'IS, avec le relevé de solde, soit au plus tard le 15 du quatrième mois suivant la clôture. Le montant est ensuite reporté sur la 2069-RCI-SD. Au-delà de 10 M€ de dépenses, un état complémentaire 2069-A-1-SD est exigé ; la liste des sous-traitants figure sur le 2069-A-2-SD.
Le rescrit CIR prévu au 3° de l'article L. 80 B du LPF permet de faire valider l'éligibilité d'un programme de recherche avant de déclarer. La demande doit être déposée au moins six mois avant la date limite de dépôt de la déclaration spéciale ; le silence de l'administration pendant trois mois vaut accord tacite. Pour une société qui clôture au 31 décembre, la date limite d'une demande sur le CIR de l'année est le 15 novembre de cette même année. Les PME peuvent en outre faire valider un montant plancher de dépenses de l'année en cours.
Bascule des règles. Les dépenses exposées à partir de cette date suivent les nouvelles règles (40 %, fin des brevets, de la veille et du dispositif jeunes docteurs).
Déclaration du CIR 2025. La 2069-A-SD est déposée avec le relevé de solde d'IS de l'exercice 2025.
Date limite du rescrit CIR 2026. La demande doit précéder d'au moins six mois la date limite de dépôt de la déclaration du CIR 2026.
Déclaration du CIR 2026. Même échéance, calée sur le relevé de solde d'IS.
Fin du droit de reprise sur le CIR 2025. L'administration peut contrôler jusqu'à la fin de la troisième année suivant le dépôt de la déclaration.
À la mi-octobre 2026, la fenêtre du rescrit sur le CIR 2026 est donc presque refermée pour les sociétés calendaires. Notre article sur le rescrit et la comptabilisation du CIR détaille le contenu d'une demande recevable.
Le droit de reprise de l'administration court jusqu'à la fin de la troisième année suivant le dépôt de la déclaration spéciale. Un CIR 2025 déclaré en 2026 peut ainsi être contrôlé jusqu'au 31 décembre 2029. En cas de désaccord sur la partie scientifique, le comité consultatif du crédit d'impôt pour dépenses de recherche peut être saisi dans un délai de 30 jours.
Sur la sous-traitance, vérifiez la liste des organismes agréés avant de signer, et non au moment de déclarer ; notre article sur l'agrément CIR et ses conditions explique la démarche côté prestataire comme côté donneur d'ordre.
La sécurisation du CIR est un process continu, pas un exercice de fin d'année. Voici la checklist que nous recommandons aux CFO de startups.
La doctrine 2025 n'a pas changé la définition de la R&D, mais elle a resserré l'assiette en cours d'année et rappelé avec force que la preuve incombe à l'entreprise. Pour vos déclarations de 2026 et 2027, trois réflexes suffisent : ventiler les dépenses de 2025 autour du 15 février, tenir un état de l'art et des relevés de temps au fil de l'eau, et décider avant le 15 novembre des projets à soumettre en rescrit.
Vous voulez faire relire votre dossier avant un contrôle ou structurer votre process CIR dès maintenant ? Découvrez notre accompagnement en optimisation fiscale des entreprises innovantes (CIR, CII, JEI).
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Non. Le guide publié par le ministère chargé de la recherche est un document d'explication. La loi (article 244 quater B du CGI) et la doctrine publiée au BOFiP, opposable à l'administration, font foi. Le guide reste précieux car il reflète la grille de lecture des experts scientifiques qui examinent les dossiers techniques lors d'un contrôle. En cas de divergence, appuyez-vous sur le BOFiP.
Non. Les modifications de la loi de finances pour 2025 (forfait de fonctionnement à 40 %, fin du dispositif jeunes docteurs, exclusion des brevets et de la veille) s'appliquent aux dépenses exposées à compter du 15 février 2025. Les dépenses antérieures restent soumises aux anciennes règles. La déclaration du CIR 2025 doit donc ventiler les dépenses selon leur date.
L'état de l'art daté, associé à la description des verrous, est la pièce maîtresse de la partie scientifique. Côté financier, ce sont les relevés de temps du personnel de recherche : la doctrine exclut toute détermination forfaitaire. Sans justificatifs produits dans le délai de réponse de 30 jours, l'affectation des dépenses est réputée non justifiée.
La demande doit être déposée au moins six mois avant la date limite de dépôt de la déclaration spéciale 2069-A-SD. Pour une société à l'IS clôturant au 31 décembre 2026, qui déclare au plus tard le 15 mai 2027, la date limite est le 15 novembre 2026. Le silence de l'administration pendant trois mois vaut accord tacite.