Entrepreneuriat & croissance

Votre micro-entreprise a fait ses preuves : les clients signent, le chiffre d'affaires grimpe, et la question revient à chaque déclaration Urssaf. Autoentrepreneur ou SASU : faut-il rester dans le régime le plus simple de France, ou basculer en société pour payer moins, se protéger et préparer la suite ? Mal tranchée, cette décision coûte cher dans les deux sens : une SASU créée trop tôt alourdit la gestion pour rien, une micro conservée trop longtemps fait payer des cotisations sur un bénéfice que vous n'avez pas réalisé.
Ce guide vous donne les seuils légaux 2026, les signaux économiques qui justifient le changement, un cas chiffré pas à pas et la marche à suivre pour passer de l'un à l'autre sans rupture d'activité. Il s'adresse aux freelances tech, consultants et fondateurs qui testent un produit en solo avant de structurer une startup.
Chez DIGIFEC, cabinet d'expertise comptable dédié aux startups et entreprises innovantes, nous accompagnons très souvent cette bascule : elle est fréquemment la première étape vers une levée de fonds. Voici la méthode que nous appliquons avec nos clients.
La micro-entreprise n'est pas une forme juridique : c'est un régime fiscal et social simplifié appliqué à une entreprise individuelle. Vous calculez vos cotisations et votre impôt directement sur le chiffre d'affaires encaissé, sans tenir de comptabilité complète. La SASU, elle, est une société par actions simplifiée à associé unique : une personne morale distincte de vous, qui a son propre compte bancaire, son propre bénéfice et son propre impôt.
Cette différence de nature change tout le reste. En micro, ce que l'entreprise gagne est votre revenu personnel, imposé chez vous. En SASU, la société réalise un bénéfice soumis à l'impôt sur les sociétés, puis vous décidez de ce que vous en prélevez : un salaire de président, des dividendes, ou rien du tout si vous préférez réinvestir.
| Critère | Micro-entreprise | SASU |
|---|---|---|
| Patrimoine | Entrepreneur individuel : patrimoine professionnel distinct par défaut, sans personne morale | Société distincte de l'associé unique, responsabilité limitée aux apports |
| Base de calcul des charges | Chiffre d'affaires encaissé, sans déduction des frais réels | Bénéfice réel, après déduction de toutes les charges justifiées |
| Fiscalité | Impôt sur le revenu après abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 %), ou versement libératoire | Impôt sur les sociétés : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions), 25 % au-delà |
| Rémunération du dirigeant | Le bénéfice est le revenu, il n'y a pas de salaire | Salaire de président (assimilé salarié) et/ou dividendes |
| Plafond d'activité | 83 600 € (services) ou 203 100 € (vente) | Aucun |
| Ouverture du capital | Impossible | Entrée d'associés, BSPCE, BSA AIR, levée de fonds |
| Formalisme | Très léger : déclaration du CA, livre des recettes | Comptabilité d'engagement, comptes annuels, décisions de l'associé unique |
Pour une comparaison détaillée des formes juridiques adaptées à un projet innovant, consultez notre article SAS ou SASU pour lancer sa startup : avantages et inconvénients. Si vous hésitez encore avec l'EURL, notre comparatif EURL ou SASU pour lancer une activité en solo détaille les écarts de cotisations et de fiscalité.
Trois séries de seuils encadrent le régime micro. Les confondre est l'erreur la plus fréquente, car ils ne déclenchent pas les mêmes conséquences. Les chiffres ci-dessous sont ceux publiés par l'administration pour 2026 (plafonds micro sur Service Public Entreprendre et seuils de franchise en base de TVA).
| Activité | Plafond de CA micro | Franchise TVA (seuil de base / majoré) | Cotisations sociales (% du CA) |
|---|---|---|---|
| Vente de marchandises, hébergement | 203 100 € | 85 000 € / 93 500 € | 12,3 % |
| Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC) | 83 600 € | 37 500 € / 41 250 € | 21,2 % |
| Activité libérale non réglementée (BNC, SSI) | 83 600 € | 37 500 € / 41 250 € | 25,6 % |
| Activité libérale réglementée relevant de la Cipav | 83 600 € | 37 500 € / 41 250 € | 23,2 % |
Le plafond s'apprécie sur le chiffre d'affaires hors taxes. Point essentiel : un dépassement sur une seule année ne fait pas sortir du régime. Il faut dépasser le plafond deux années civiles consécutives. La sortie intervient alors automatiquement au 1er janvier de l'année qui suit la deuxième année de dépassement.
Exemple : une consultante facture 90 000 € en 2025 puis 95 000 € en 2026. Elle reste micro-entrepreneuse en 2026, mais elle bascule au régime réel au 1er janvier 2027. Si son CA 2026 était retombé à 80 000 €, elle serait restée au régime micro. L'année de création, le plafond est proratisé selon le nombre de jours d'activité.
Si vous combinez vente et prestations de services, par exemple la vente de licences et des missions d'intégration, deux limites s'appliquent : le CA total ne doit pas dépasser 203 100 €, et la part services ne doit pas dépasser 83 600 €. Ce double test surprend souvent les éditeurs de logiciels qui démarrent en solo.
La franchise en base de TVA suit ses propres seuils, bien inférieurs aux plafonds micro pour les services. Le projet de seuil unique à 25 000 €, un temps prévu par la loi de finances 2025, a été abandonné : les seuils de 37 500 € et 85 000 € restent en vigueur en 2026.
Pour une activité de services, la franchise en base de TVA cesse au-delà de 37 500 € de CA sur l'année précédente, et dès le premier jour où le CA de l'année en cours dépasse 41 250 €. Vous pouvez donc rester micro-entrepreneur tout en facturant la TVA : ce n'est pas, à lui seul, une raison de créer une SASU, puisque la société sera elle aussi redevable de la TVA.
Le plafond légal est le signal le plus visible, mais rarement le plus pertinent. Dans notre pratique, la décision se joue sur cinq indicateurs, que vous pouvez évaluer en une heure avec vos relevés bancaires.
En micro, l'administration fiscale considère que vos frais représentent un pourcentage fixe du CA : 34 % pour les activités libérales (BNC), 50 % pour les prestations de services commerciales, 71 % pour la vente. Côté social, c'est encore plus net : les cotisations sont calculées sur le CA brut, sans aucune déduction. Si vous payez des licences logicielles, du matériel, un sous-traitant, des déplacements ou un espace de coworking pour une part significative de votre CA, vous cotisez sur un revenu que vous ne percevez pas.
En micro, tout le bénéfice est imposé chez vous dans l'année, même si vous le laissez sur le compte professionnel. En SASU, le bénéfice non distribué n'est soumis qu'à l'impôt sur les sociétés : 15 % sur les 42 500 premiers euros pour une société éligible au taux réduit, 25 % au-delà. C'est un levier majeur si vous préparez un recrutement, le développement d'un produit ou une phase de R&D.
Une entreprise individuelle n'a pas de capital : impossible d'y faire entrer un cofondateur, un business angel ou un fonds. Les BSPCE et les BSA AIR supposent une société par actions. Dès qu'une levée de fonds, même modeste, entre dans votre plan à douze mois, la SASU (qui deviendra SAS à l'arrivée du premier associé) n'est plus une option mais un prérequis.
Certains grands comptes et acheteurs publics référencent plus difficilement des micro-entrepreneurs, notamment pour des questions de dépendance économique ou de requalification en salariat. Une société rassure aussi les clients étrangers et les partenaires bancaires. Si vous perdez des appels d'offres à cause de votre statut, le signal est clair.
Si votre carnet de commandes annonce un dépassement durable, mieux vaut choisir votre structure que la subir. Sans démarche de votre part, la sortie du régime micro vous fait basculer au régime réel en entreprise individuelle, avec une comptabilité complète et des cotisations calculées sur le bénéfice, mais sans les avantages d'une société.
Léa est développeuse freelance en activité libérale non réglementée (BNC, affiliée à la sécurité sociale des indépendants). En 2026, elle prévoit 82 000 € de chiffre d'affaires, juste sous le plafond, et 18 000 € de charges réelles : poste de travail, abonnements cloud, outils de développement, et une mission sous-traitée à un designer. Elle hésite à passer en SASU et à se rémunérer uniquement en dividendes.
Les cotisations sociales s'élèvent à 25,6 % du CA, soit 82 000 × 25,6 % = 20 992 €. Les 18 000 € de charges sont bien payés, mais non déductibles. Il reste à Léa 82 000 − 18 000 − 20 992 = 43 008 € avant impôt sur le revenu.
Côté fiscal, l'abattement BNC de 34 % ramène son revenu imposable à 82 000 × 66 % = 54 120 €, intégré au barème progressif de son foyer. Son revenu imposable dépasse le montant réel de ce qu'elle perçoit, ce qui illustre le coût de l'abattement forfaitaire lorsque les frais réels sont élevés.
La société déduit les 18 000 € de charges et, par hypothèse, 3 000 € de frais propres à la société (expert-comptable, banque, assurance). Le bénéfice imposable atteint 82 000 − 18 000 − 3 000 = 61 000 €. L'IS se calcule par tranche : 42 500 × 15 % = 6 375 €, puis (61 000 − 42 500) × 25 % = 4 625 €, soit 11 000 € d'IS. Le bénéfice après impôt est de 50 000 €.
Si Léa distribue l'intégralité en dividendes, le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % s'applique (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, selon la fiche officielle sur la fiscalité des dividendes). Elle paie 15 700 € et conserve 34 300 € nets, impôt compris.
| Étape | Micro-entreprise (BNC) | SASU sans salaire (dividendes) |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires HT | 82 000 € | 82 000 € |
| Charges réelles (logiciels, matériel, sous-traitance) | 18 000 € payés, non déductibles | − 18 000 € |
| Honoraires comptables et frais de structure (hypothèse) | — | − 3 000 € |
| Cotisations sociales | − 20 992 € (25,6 % du CA) | 0 € (pas de rémunération) |
| Impôt sur les sociétés | — | − 11 000 € (6 375 € à 15 % + 4 625 € à 25 %) |
| Disponible avant impôt personnel | 43 008 € | 50 000 € de dividende brut |
| Fiscalité personnelle | IR au barème sur 54 120 € (82 000 € − 34 %) | PFU 31,4 % : − 15 700 € |
| Ce qui reste et ce qui est couvert | Net après IR selon foyer, retraite et maladie cotisées | 34 300 € net, aucune protection sociale acquise |
Le résultat surprend souvent : à ce niveau de CA, la SASU « 100 % dividendes » n'est pas un raccourci miracle. Les 20 992 € de cotisations micro financent une retraite de base, une couverture maladie et des indemnités journalières, alors que le président de SASU non rémunéré n'acquiert aucun droit social. La comparaison honnête doit porter sur le net après impôt personnel et sur le niveau de protection, pas seulement sur le montant des prélèvements.
La SASU devient nettement plus intéressante dans trois configurations : quand les charges réelles augmentent (plus elles dépassent l'abattement forfaitaire, plus l'écart se creuse), quand Léa laisse une partie du bénéfice dans la société pour financer un développement (elle ne supporte alors que 15 % d'IS sur cette part), et quand le CA dépasse le plafond micro. Dans la pratique, la solution optimale combine souvent un salaire de président et des dividendes.
Pour arbitrer précisément entre ces deux modes de rémunération, servez-vous de notre simulation SASU salaire ou dividendes pour le fondateur, qui détaille plusieurs scénarios chiffrés.
En micro-entreprise, vous êtes travailleur indépendant : cotisations proportionnelles au CA, payées chaque mois ou chaque trimestre, pas de cotisations si vous n'encaissez rien. En SASU, le président est assimilé salarié lorsqu'il est rémunéré : il relève du régime général de la sécurité sociale, avec un bulletin de paie, mais sans assurance chômage au titre de son mandat.
Les cotisations d'un assimilé salarié sont proportionnellement plus élevées que celles d'un indépendant, en contrepartie d'une meilleure couverture (prévoyance, retraite complémentaire). Surtout, elles ne sont dues que sur la rémunération effectivement versée. Vous pouvez donc moduler : aucune paie les premiers mois, puis un salaire calibré une fois le chiffre d'affaires sécurisé.
L'aide aux créateurs et repreneurs d'entreprise (ACRE) n'est pas accordée si vous en avez déjà bénéficié au cours des trois années précédentes. Si vous l'avez obtenue pour votre micro-entreprise récemment, ne la comptez pas dans votre prévisionnel SASU. Pour les dirigeants de société, l'ACRE doit désormais être demandée à l'Urssaf, et l'exonération partielle de 25 % ne joue que jusqu'à 36 045 € de revenu, avec une dégressivité jusqu'à 48 060 € (conditions détaillées de l’ACRE).
Une entreprise individuelle ne se « transforme » pas en société. La méthode consiste à créer une SASU, transférer l'activité, puis fermer la micro-entreprise, dans un ordre qui évite toute interruption de facturation.
Comparer micro, SASU salaire et SASU dividendes sur 12 à 24 mois, avec vos vraies charges.
Viser un démarrage en début d'année civile ou de trimestre pour simplifier les déclarations.
Simple redémarrage, apport ou cession du fonds : selon ce que vaut votre activité.
Statuts, dépôt du capital, annonce légale, immatriculation sur le guichet unique.
Avenants, nouvelles coordonnées bancaires, nouveau numéro de TVA sur les factures.
Déclarer la cessation, le dernier chiffre d'affaires, et solder les cotisations.
Comparez au moins trois scénarios sur douze à vingt-quatre mois : rester micro, SASU avec salaire, SASU avec dividendes. Utilisez vos vraies charges, pas des moyennes. Choisissez ensuite une date de bascule : un démarrage au 1er janvier simplifie la dernière déclaration de revenus de la micro et l'exercice comptable de la société, mais une date en cours d'année reste tout à fait possible.
Trois options existent, selon la valeur de ce que vous transférez :
Attention à la propriété intellectuelle : si vous avez développé un logiciel ou une marque en micro, ils vous appartiennent personnellement. Un investisseur exigera qu'ils soient détenus par la société. Mieux vaut organiser leur transfert dès la création que lors de la due diligence.
Les étapes sont classiques : rédaction des statuts, dépôt des apports en numéraire sur un compte bloqué, publication d'une annonce légale, puis immatriculation sur le guichet unique des formalités des entreprises. Le capital est librement fixé par les statuts : dimensionnez-le pour couvrir vos premiers mois de charges et rassurer banques et clients. Notre guide création de SASU : étapes, coût et délais détaille chaque formalité, et notre guide juridique pour créer une start-up couvre les clauses à prévoir si une levée est en vue.
Prévenez vos clients par écrit, faites signer des avenants ou de nouveaux contrats au nom de la SASU, et communiquez le nouveau RIB. Mettez à jour vos mentions de facturation (dénomination, SIREN, numéro de TVA intracommunautaire). Transférez les abonnements, les noms de domaine et les comptes de plateformes. Gardez le compte de la micro ouvert quelques mois pour encaisser les dernières factures émises avant la bascule.
Déclarez la cessation d'activité sur le guichet unique. Déclarez ensuite à l'Urssaf le chiffre d'affaires encaissé jusqu'à la date de cessation, et intégrez-le dans votre déclaration de revenus de l'année. Vérifiez enfin la situation au regard de la TVA si vous en étiez redevable : une dernière déclaration doit solder la période.
La micro-entreprise reste le meilleur cadre pour tester une activité. Elle devient un frein lorsque vos charges réelles dépassent l'abattement, lorsque vous voulez réinvestir vos bénéfices, lorsqu'un associé ou un investisseur se profile, ou lorsque vous allez dépasser le plafond de 83 600 € (services) ou 203 100 € (vente) deux années de suite. Le passage en SASU se prépare : simulation, choix du mode de transfert, création de la société, bascule des contrats, puis fermeture de la micro.
Vous souhaitez chiffrer votre situation et sécuriser la bascule ? Découvrez notre accompagnement en structuration et croissance des entreprises digitales : nous modélisons vos scénarios et prenons en charge la création de votre SASU.
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Il n'existe pas de chiffre magique. Le plafond micro (83 600 € pour les services, 203 100 € pour la vente en 2026) fixe une limite légale, mais le bon moment dépend surtout de vos charges réelles, de votre besoin de protection sociale et de vos projets. Une activité avec beaucoup de frais, ou qui veut réinvestir ses bénéfices, a intérêt à passer en SASU bien avant le plafond.
Un dépassement sur une seule année ne fait pas perdre le régime. Si le plafond est dépassé deux années civiles consécutives, vous basculez au 1er janvier suivant vers le régime réel d'imposition et le régime social classique de l'entrepreneur individuel. Vous restez alors en entreprise individuelle : la création d'une SASU reste une décision distincte, que vous pouvez anticiper.
Juridiquement, on ne transforme pas une entreprise individuelle en société : on crée une SASU, puis on lui transfère l'activité. Trois voies existent : redémarrer simplement l'activité dans la société en fermant la micro, apporter le fonds individuel au capital, ou le céder à la SASU. Pour la plupart des prestataires de services sans actif significatif, le redémarrage avec reprise des contrats clients est la solution la plus simple.
C'est possible si les deux structures exercent des activités réellement distinctes, avec des clients et une facturation séparés. En revanche, conserver la micro pour la même activité, en répartissant le CA pour rester sous le plafond, expose à une requalification. Dans la grande majorité des cas, la micro est fermée lorsque la SASU démarre.